La scène est nue. Quatre pupitres trônent au centre. À jardin, un synthétiseur repose au sol. De l’arrière des gradins surgissent les quatre interprètes, qui se rassemblent autour de l’instrument. Leurs silhouettes, habillées de couleurs fluo et de dentelles aux accents 1980-1990, composent déjà un tableau qui se joue des époques, des esthétiques et des styles. L’un après l’autre, dans un rituel savamment orchestré, ils bloquent une touche du clavier avec un morceau de scotch. Une note continue se met à vibrer, profonde, diffuse. Puis une autre s’ajoute, jusqu’à former une sorte de litanie électro.
Quand le quatuor déraille

En s’emparant des codes du quatuor musical pour mieux les détourner, Alban Richard, le DJ Simo Cell et les interprètes transforment voix et corps en matière sonore. Tirées de chansons, de citations, mixées, hachées, les phrases se fragmentent. Des dialogues de sourds se croisent, et de ce chaos parfaitement orchestré naît un monde bigarré, où les textures se conjuguent, se chevauchent et dessinent un cocktail joyeux, inattendu, légèrement déstabilisant.
La partition orale est entièrement écrite, les motifs précis, mais chacun glisse son identité dans la moindre inflexion. Le cadre est rigoureux, la marge d’improvisation ténue mais bien réelle, et c’est dans cette contrainte que surgit une intensité rare. Une œuvre ciselée, à la précision presque vertigineuse.
Corps amplifiés, voix conductrices
Les corps se vrillent, résonnent avec les sons triturés et remixés en direct. Alban Richard poursuit ici son exploration du son, qu’il pousse encore plus loin. La voix finit par prendre le dessus sur le mouvement, qu’elle guide, aimante et ordonne. Le résultat est puissant, hypnotique, presque en apesanteur. Sur une ligne de crête proche de la transe, les quatre artistes – Chihiro Araki, Anthony Barreri, Zoé Lecorgne et Aure Wachter – habitent l’espace, le sculptent. Virtuoses, ils semblent se désarticuler, devenir cyborgs, perdre leur humanité avant de la laisser réapparaître, fragile, dans une dernière ritournelle presque a cappella.
Inclassable, Quartet offre à Alban Richard un adieu en forme de feu d’artifice, tendu entre son et mouvement.
Envoyé spécial à Caen
Quartet d’Alban Richard
La Comédie de Caen en partenariat avec le CCN de Caen
les 9 & 10 décembre 2025
Durée 1h
Tournée
22 & 23 janvier 2026 au Théâtre de Vanves, Scène conventionnée d’intérêt national Art et création pour la Danse, dans le cadre du Festival Faits d’Hiver
17 juin 2026 à la Cité musicale-Metz
Création et interprétation en collaboration avec Chihiro Araki, Anthony Barreri, Zoé Lecorgne, Aure Wachter
Musique de Simo Cell
Assistante chorégraphique – Daphné Mauger
Design sonore de Vanessa Court
Design Lumières Nicolas Bordes
Costumes de Fanny Brouste
Coach vocal et anglais – Deborah Lennie