Sur un plateau d’abord plongé dans la pénombre, une silhouette apparaît, immobile, perchée au sommet d’un plan incliné. Le décor est sobre, composé de deux surfaces géométriques. Lisbeth Gruwez quitte lentement ce promontoire. Son corps s’éveille parcouru de micro-impulsions électriques. Quelque chose est palpable dans ces gestes contenus. Comme une tension sourde, une attente. La tempête semble déjà là, en gestation.
La voie du contrôle

Créée avec le musicien Maarten Van Cauwenberghe, Tempest explore la colère comme une énergie ambivalente, à la fois destructrice et génératrice de transformation. Mais avant le déchaînement inévitable, l’explosion cathartique, Lisbeth Gruwez choisit la voie du contrôle. Formée à la pratique des arts martiaux en Thaïlande, notamment du tai-chi, elle s’en approprie les codes pour faire émerger une gestuelle précise, calligraphique, faite d’impacts et de trajectoires coupantes et millimétrées.
Le mouvement très ancré dans le sol progresse par vagues. Aux gestes lents succèdent des accélérations fulgurantes. Les bras lacèrent l’espace, les pieds martèlent le sol comme un boxeur. De profil, elle adopte souvent une position de garde comme si elle voulait tout à la fois se protéger d’agressions extérieures ou défier son adversaire. Ce jeu d’équilibre est au cœur de ce solo : une danse où puissance et discipline cohabitent dans un même flux.
Chercher la clarté dans le tumulte
Le son, lui, prend sa place comme un partenaire invisible. Aux tintements métalliques initiaux succèdent des nappes électro et des percussions profondes, créant une atmosphère tantôt hypnotique, tantôt volontairement inconfortable. La scénographie accompagne cette montée en intensité. La fumée envahit l’espace transformant le plateau en une sorte de nappe d’eau fumante dans lequel la danseuse évolue comme en lévitation.

De ce bâton de combat qu’elle plante en bord de plateau à ce long ruban rouge extirpé de sa poitrine, en passant par ce sable blanc répandu sur le sol, tout fait figure de symbole. La capacité de Lisbeth Gruwez à faire émerger une forme de récit sans narration explicite fascine. Par sa si belle qualité de présence, son corps devient vecteur d’une dramaturgie sensible.
La radicalité de la proposition, la répétition de certains motifs, l’ambiance de plus en plus oppressante peuvent aussi dérouter, mais c’est pourtant dans la conjonction de tous ces éléments que Tempest trouve sa force. Le chemin emprunté, habiter la colère plutôt que la libérer, l’affronter jusqu’à en révéler le calme latent, chercher la clarté dans le tumulte, relève d’une philosophie de vie qui trouve un écho particulier dans notre monde traversé de tempêtes.
Tempest de Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe
Le 20 mars 2026 au théâtre de Vanves dans le cadre de la 28e édition du festival Artdanthé du 10 mars au 3 avril 2026
Durée 50 mn
Tournée
27 et 28 juin 2026 au festival Montpellier Danse
Conception Voetvolk
Chorégraphie et performance Lisbeth Gruwez
Musique Maarten Van Cauwenberghe
Lumières Jan Maertens
Conception scénographique ruimtevaarders
Construction scénographique decoratelier KVS
Costumes Eli Verkeyn
Mentor en arts martiaux Rob Gemmeke
Collaboration artistique : Christine Herman
Remerciements Francesca Chiodi Latini & Koen Tachelet