Les feuilletons les plus rocambolesques sont parfois des histoires vraies. En 2019, le patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn, accusé de malversations financières, s’évade clandestinement du Japon à bord d’un jet privé. Pour ce faire, le grand patron se planque… dans la malle d’un musicien ! Il n’en fallait pas moins au facétieux Sacha Vilmar, dont le travail scénique s’est déjà porté sur des faits divers — notamment l’affaire Grégory dans Adieu mes chers cons, en 2022 —, pour imaginer une version théâtrale de cette course-poursuite. Avec un défi de taille : être à la hauteur du grotesque de l’événement.

Le metteur en scène, formé au conservatoire Gautier d’Épinal, a pour cela imaginé un univers aussi décalé que l’est le texte de cette pièce, signé Romane Nicolas. Ton volontairement potache, ambiance cartoonesque, une scène qui déborde de couleurs et de personnages. Thermos (Fanny Colnot, très bien) et son exubérante assistante Tailleurz (Sacha Vilmar, formidable) parlent un langage
réinventé, prétexte permanent à la comédie. Le verbe « faire » devient « foirer » ; le « passeport » un « pisseport », etc.
Les deux fuyards évoluent dans un formidable barnum tournant imaginé par le scénographe Emmanuel Charles, dans lequel la douane se change en prison en un éclair. Leurs poursuivants, mi-flics, mi-policiers, mi-juges (génial duo formé par Véronique Mangenot et Étienne Guillot), ont eux-mêmes des airs de Team Rocket. L’intrigue tient dans un mouchoir de poche et fait parfois du surplace. Mais quel univers étonnant !
Écorcher Thermos Grönn
Si ce vaudeville paranoïaque est délicieusement mauvais avec ses personnages, il aurait gagné à être plus acéré encore. À plusieurs reprises, le spectacle convoque les figures archiclassiques du maître et de l’esclave, tout en restant finalement trop indulgent avec le vil Thermos Grönn, qui s’en sort toujours… C’est l’exubérante assistante de Thermos, Tailleurz, qui s’impose finalement comme la plus risible du duo. Dommage de concentrer le rire sur les maladresses de l’employée, plutôt que sur celles du patron.
Fort heureusement, Sacha Vilmar et Romane Nicolas corrigent le tir dans une formidable scène de procès où — enfin ! —, la responsabilité de Thermos, et celle de l’État qui a rendu ses crimes possibles, sont pointées du doigt. Car, finalement, à quoi bon écrire tout un spectacle sur les dérives du capitalisme mondial, si l’on ne peut pas rire de la cupidité de ses grands patrons ?
Tous coupables sauf Thermos Grönn de Romane Nicolas
Théâtre de La Manufacture – CDN de Nancy
Du 2 au 5 décembre 2025
Durée : 1h15
Mise en scène de Sacha Vilma
Avec Fanny Colnot, Etienne Guillot, Véronique Mangenot, Sacha Vilmar et la voix de Fabrice Drouelle.
Assistanat et dramaturgie – Mathilde Segonds
Décors d’Emmanuel Charles.
Costumes d’Amélie Waille
Prothèses de Carole Allemand et Laurent Huet.
Maquillages et perruques de Catherine Saint-Sever.
Création lumières de Chloé Agag, création sonore de Manon Poirier.
Régie générale et plateau – Robin Mensch.
Construction du décor – Hannah Deutschle (Scénopolis à Strasbourg).
Doublure répétitions – Chad Colson.