Le pari était osé pour un si grand théâtre que le Palais Royal. Pas de têtes d’affiche, hormis l’auteur et metteur en scène, Alexis Michalik et la création de Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand. Sur le plateau, une troupe composée de douze comédiennes et comédiens, dont les noms et les talents sont reconnus par la profession. Francis Nanni et Sébastien Azzopardi, les deux directeurs de ce lieu prestigieux, se sont lancés dans l’aventure, bousculant ainsi les us et coutumes du théâtre privé. Ils peuvent se targuer d’avoir dépassé les records de La Cage aux folles, qui avait fait les beaux jours du théâtre.
Un bel objet théâtral…

On se souvient de ce jour de première. C’était un jeudi de septembre, le mois de la rentrée des classes mais aussi des théâtres. La nouvelle création de « l’enfant terrible des tréteaux », Edmond, était l’événement attendu. Ce soir-là, comme il l’a rappelé en ce soir de 2000e, le top avait été lancé trop tôt, semant un petit vent de panique sur le plateau. Dans la salle, personne n’avait rien remarqué. Le tourbillon de cette première scène avait saisi le public, le prenant par la main, pour ne plus le lâcher jusqu’au salut final.
Guillaume Santou (Edmond Rostand), Valérie Voght (Sarah Bernhardt), Pierre Forest (Coquelin), Kevin Garnichat (Léo- Christian), Stéphanie Gaillol (Jeanne l’habilleuse), Christine Bonnard (la comédienne Jacqueline), Pierre Bénézit et Christian Mulot (les producteurs corses), Nicolas Lumbreras (Feydeau et le régisseur), Anna Mihalcea (Mme Rostand), Régis Vallée (Coquelin fils et Courteline), le regretté Jean-Michel Martial (Honoré) avaient rondement mené le spectacle, dans un parfait esprit de troupe. Le treizième, la mascotte Flaco, le beau lévrier du régisseur du Palais Royal, fera son apparition lors de la générale de presse. Il regardait, impérial, le public s’installant pendant qu’autour de lui ses camarades de jeu s’affairaient.
... qui a séduit dès le début

En ce soir de première, il y avait peu d’invités présents dans la salle, que des payants, comme on dit dans le métier. Un public fidèle à Alexis Michalik. Pourtant à l’époque, l’artiste ne possède à son compteur que La mégère à peu près apprivoisée, R & J (Roméo et Juliette), Le porteur d’histoire et Le cercle des illusionnistes. Mais il est déjà le chouchou d’un auditoire qui, grâce à lui, a retrouvé le goût du théâtre.
Avec Edmond, qui rend hommage à la plus grande œuvre du XIXe siècle, dont les plus grandes répliques sont connues de tous, c’est tout le théâtre qui est à la fête. Et les spectateurs se sont levés d’un bond pour applaudir. L’équipe pouvait souffler. C’était gagné. Une critique unanime, cinq Molières, un film, des longues tournées sans quitter le Palais Royal. Grâce à une double distribution, dix ans plus tard le succès est toujours là.
Sacré Edmond, comme son Cyrano, il est indémodable
Ce samedi 17 janvier 2026, il y avait du monde devant le théâtre : les spectateurs qui sortaient du spectacle de Jean-Philippe Daguerre, Du charbon dans les veines, et ceux d’Edmond, qui attendaient patiemment. On peut saluer l’efficacité des ouvreuses et ouvreurs pour leur efficacité à faire circuler plus de sept cents personnes se croisant dans une belle fluidité. Cela faisait dix ans que je n’avais pas revu le spectacle. Flaco n’est plus des nôtres mais son souvenir plane sur la salle.
Dès les premiers instants, j’ai retrouvé les mêmes émotions. Le spectacle n’a pas pris une ride. Les nouveaux acteurs Benjamin Wangermée (Edmond Rostand), Jacques Bourgaux (Coquelin), Fannie Outeiro (Mme Rostand), Sonia Bendhaou (Jeanne l’habilleuse), Thibault Truffert (Feydeau et le régisseur), Ary Gabison (Feydeau Coqueline fils), Augustin Ruhabura (Honoré) ont brillamment croisé le fer avec les anciens Kevin Garnichat, Valérie Voght, Christine Bonnard, Pierre Bénézit et Christian Mulot.
C’est la fête

Il y avait une vraie ferveur dans la salle. Si beaucoup découvraient le spectacle, d’autres comme l’adorable Céleste, huit ans, fille d’une des producteurs, était fière de pouvoir clamer qu’elle l’avait vu quatre fois. À la fin du spectacle, Alexis Michalik est monté sur la scène, sous les acclamations de la foule pour préciser que cette 2000e était la représentation de 16h15 et que ce soir, c’est en réalité la 2001e !
Dans un très beau discours plein d’émotion, il a retracé ces dix années de bonheur, remercié les nombreux artistes qui se sont partagés les rôles, les équipes techniques et administratives et les spectateurs. Il a évoqué les disparus, salué les naissances, s’est amusé que cette année la fille de Christian Mulot passera son bac français avec Edmond au programme… L’écran est tombé et un très beau court métrage a fait défiler ces dix années, puis tous les comédiens et comédiennes qui ont composé les diverses distributions sont montés sur la scène pour la photo de famille. Champagne !
Edmond d’Alexis Michalik
Théâtre du Palais-Royal
Spectacle créé en 2016
Reprise du 21 août 2025 au 3 mai 2026
Durée 1h50
Mise en scène d’Alexis Michalik assisté d’Aïda Asgharzadeh
Avec à la création Pierre Bénézit, Christine Bonnard, Stéphanie Caillol, Pierre Forest, Kevin Garnichat, Nicolas Lumbreras, Jean-Michel Martial, Anna Mihalcea, Christian Mulot, Guillaume Sentou, Régis Vallée et Valérie Vogt, et pour les reprises avec en alternance Adrien Melin, Alice Allwright, Arthur Mazet, Ary Gabison, Augustin Ruhabura, Benjamin Wangermée, Catherine Arondel, Charline Paul, Christian Mulot, Christine Bonnard, Christophe Canard, Cyril Descours, Éric Mariotto, Eriq Ebouaney, Fabienne Galula, Fannie Outeiro, Franck Vincent, Gall Gaspard, Héloïse Janjaud, Jacques Bourgaux, Jeanne Guittet, Jean-Philippe Renaud, Julien Rouquette, Juliette Lamboley, Lionel Erdogan, Nathan Dunglas, Nora Giret, Pierre Bénézit, Pierre Besson, Raphaële Volkoff, Sandra Dorset, Sonia Bendhaou, Thibault Truffert, Tristan Schotte, Valérie Baurens, Vincent Viotti, Valérie Vogt, Yann Papin, Iona Cartier.
Scénographie de Juliette Azzopardi
Lumières d’Arnaud Jung
Costumes de Marion Rebmann
Musique Romain Trouillet
Combats chorégraphiés par François Rostain