Le théâtre n’a rien d’une évidence dans son parcours. « Ce n’est pas du tout un milieu dont je viens », avoue-t-il. Jusqu’à vingt ans, Florian Onnéin n’a jamais vu de spectacle. Il grandit dans une famille ouvrière, sans pratique culturelle transmise. Après le bac, il s’oriente vers des études de littérature, puis d’histoire. C’est à l’université d’Aix-en-Provence qu’il découvre, presque par hasard, l’existence d’un théâtre universitaire et d’un pôle d’études consacré aux arts de la scène.

« Mon approche s’est faite par la pratique amateur », explique-t-il. D’abord en retrait, il observe les ateliers universitaires, laisse venir le désir. Puis il se décide et s’inscrit. « J’espère ainsi dépasser ma peur, ma timidité. » Dans le même mouvement, il franchit pour la première fois la porte des salles et découvre le théâtre depuis la place du spectateur.
Découvrir le théâtre comme spectateur
Cette découverte est immédiate et déterminante. Il se souvient précisément de certains spectacles vus à cette période, notamment ceux des tgSTAN, du Théâtre du radeau ou d’Emma Dante, qu’il qualifie de fondateurs. » Ça m’a vraiment bouleversé. Dans chacune de ces pièces, chacune à leur façon, j’observais avec beaucoup d’attention comment les acteurs et les actrices étaient mis en jeu » Peu après, il change de formation et s’inscrit en licence Théorie et pratique des arts de la scène. Il y rencontre Olivier Saccomano, alors professeur de philosophie et de théâtre, mais aussi Agnès Régolo et Marie Vayssière. Cette dernière joue un rôle important dans sa formation. « Sur la question du corps, de la matérialité du théâtre, d’un acteur comme outil pensant et agissant. »
Au même moment, il découvre le Festival d’Avignon. Il y voit beaucoup de spectacles, de façon presque boulimique. Il évoque notamment le Hamlet de Thomas Ostermeier dans la Cour d’honneur et Purgatorio de Romeo Castellucci. « Voir jusqu’où l’on pouvait aller dans la démesure », dit-il, sans chercher à analyser davantage ces expériences, mais en soulignant leur importance dans sa construction de spectateur.
La rencontre

C’est en voyant le spectacle Victoria, troisième et dernier volet du cycle Les Suppliantes, d’après un texte de Félix Jousseraud, qu’elle co-met en scène avec Olivier Saccomano. qu’il fait connaissance avec le travail de Nathalie Garraud. Le choc est immédiat. « J’ai eu une révélation et immédiatement eu envie de travailler avec eux », confie-t-il. Je me souviens avoir vu cette pièce trois fois, pour revenir voir les acteur.ices au travail, creuser leur sillon. Je me souviens particulièrement de Conchita Paz dans le rôle de Little Boy ; la voir jouer a été déterminant dans ma décision de devenir acteur, et maintenant j’ai la chance de travailler à ses côtés.
L’année suivante, alors qu’il est encore étudiant, il participe à une création universitaire autour de Têtes rondes et Têtes pointues de Bertolt Brecht, dirigée par la metteuse en scène. À l’issue de ce projet, elle lui propose, ainsi qu’à deux autres étudiants, de rejoindre un stage-audition au sein de la compagnie. Il intègre la troupe dans la foulée, en 2011.
Depuis, Florian Onnéin prend part à toutes les créations de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano. Quinze années de travail au long cours, qu’il ne pense pas en termes de fidélité mais de cheminement. « Quand on se met autour d’une table pour travailler, j’ai l’impression qu’on fait de l’histoire ensemble.
Les répétitions s’ouvrent toujours sans texte achevé. « Les pièces ne sont pas écrites quand on commence. » À la place, des lectures, des axes de recherche, des questions posées collectivement. Chaque projet se construit à partir de ce socle partagé, avant de trouver sa forme sur le plateau, dans un va-et-vient continu entre réflexion et jeu.
Un travail fondé sur la recherche

Chaque création s’appuie sur un champ d’étude précis. Il cite La Beauté du geste, autour du corps policier, des CRS et de l’institution judiciaire, Institut Ophélie sur la figure de la femme dans l’histoire de l’art, ou encore Monde nouveau, centré sur le monde ultra-contemporain et le néolibéralisme. À partir de ce socle, les répétitions s’organisent autour d’improvisations. « Nathalie nous donne des consignes, et c’est à nous de trouver une forme aux problèmes qu’on se pose. »
Il insiste sur la dimension collective du processus. « C’est le contraire du travail à la chaîne. » Tous les éléments avancent ensemble, le jeu, l’écriture, la technique, la scénographie, les costumes, le son. « Le corps est indissociable de la pensée », rappelle-t-il, reprenant une phrase souvent formulée par Nathalie Garraud. Le spectacle se construit dans un aller-retour constant entre recherche et pratique.
Pour la metteuse en scène, le travail ne s’arrête pas à la première, il commence. « La pièce n’est jamais finie. » Le regard du public modifie la perception du spectacle et peut faire ressurgir des éléments apparus en répétition. Il évoque, à propos de Monde Nouveau, des reprises de propositions issues d’improvisations anciennes, rappelées à l’occasion des représentations.
Faire corps dans Monde nouveau

Monde nouveau occupe une place particulière dans ce parcours. Florian Onnéin décrit une pièce très chorale, structurée par une partition collective découpée en segments partagés entre les sept interprètes. « Tous les textes sont quasiment des phrases découpées en deux, en trois, parfois en sept. » Après une interruption de plusieurs mois, la reprise demande une attention particulière. « Il faut se ré-assembler, faire corps tous ensemble. » Il souligne l’importance de la concentration collective. « S’il y en a un ou une qui est un peu ailleurs, ça peut contaminer les autres. » Une exigence qui fait de cette pièce un travail de groupe poussé à son extrême.
En parallèle de la scène, depuis près de neuf ans, le comédien est membre permanent du Théâtre des 13 Vents – CDN de Montpellier. Salarié avec trois autres acteurs et actrices associés, il participe pleinement à la vie du centre dramatique. Réunions, ateliers, actions avec les publics, laboratoires, chantiers documentaires. Une activité qui dépasse largement le cadre des spectacles.
La complicité du travail avec Conchita Paz, Lorie-Joy Ramanaïdou et Charly Totterwitz s’est forgée dans la durée. Tous trois font partie de la troupe permanente, avec laquelle Florian Onnéin partage le plateau et le travail au long cours. « On se connaît presque par cœur et en même temps, on arrive toujours à se surprendre. » Une fidélité qui nourrit le jeu et renouvelle sans cesse les rapports sur scène.
À l’école du collectif, l’expérience ENSATT
En parallèle, le comédien travaille actuellement avec les élèves de l’ENSATT, promotion 85, dont Nathalie Garraud et Olivier Saccomano sont les parrains, et à ce titre prépare avec eux le spectacle de sortie d’école, autour d’une création consacrée à l’œuvre et à la vie d’Antonio Gramsci. Le projet, d’une grande ampleur, réunit étudiants, techniciens et acteurs associés. « C’est un travail très exigeant, précise-t-il, avant d’ajouter j’apprends beaucoup à leur contact. »

Florian Onnéin n’a pas suivi de formation en école. « Je me suis formé avec cette équipe, cette troupe, en pratiquant, en regardant, en travaillant sur le temps long. J’ai conscience que c’est une histoire particulière. Jusqu’à maintenant je n’ai travaillé avec personne d’autre. C’est aussi un choix. C’est assez marrant en un sens, parce qu’au final je me sens tout de même proche du milieu de mes parents, duquel je pensais m’être échappé. Au milieu de mes camarades, je me sens comme un ouvrier du théâtre. Un ouvrier au sens noble, je veux dire à son juste sens. »
Son parcours se lit moins comme une trajectoire individuelle que comme une construction collective, patiente, fondée sur la recherche, le partage et la durée. Une aventure au long cours !
Monde nouveau de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano
Création le 30 juin 2025 au Théâtre des 13 vents dans le cadre du Printemps des Comédiens
Tournée
5 au 14 février 2026 au T2G Théâtre de Gennevilliers – Centre Dramatique National
13 mars 2026 au Manège Maubeuge – Scène nationale transfrontalière
17au 19 mars à La Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France
25 au 28 mars 2026 aux Célestins, Théâtre de Lyon
31 mars au 3 avril au Théâtre Joliette / Le ZEF – scène nationale de Marseille
14 avril 2026 au Cratère – Scène nationale Alès
16 avril 2025 au Théâtre Molière, Sète – scène nationale archipel de Thau
Dates passées
19 et 20 novembre 2025 à la Scène Nationale d’Albi-Tarn
25 et 26 novembre à L’empreinte – Scène nationale Brive-Tulle
11 et 12 décembre à Malakoff scène nationale – Théâtre 71
16 et 17 décembre 2025 aux Quinconces et L’Espal – Scène nationale Le Mans
mise en scène, dramaturgie, scénographie de Nathalie Garraud
texte et dramaturgie d’Olivier Saccomano
avec Florian Onnéin, Conchita Paz, Lorie-Joy Ramanaïdou, Charly Totterwitz (Troupe Associée au Théâtre des 13 vents) et Eléna Doratiotto, Mitsou Doudeau, Jules Puibaraud / Cédric Michel (en alternance)
costumes de Sarah Leterrier
lumières de Sarah Marcotte
collaboration scénographique et plateau – Marie Bonnemaison
création son de Serge Monségu et Pablo Da Silva
assistanat à la mise en scène – Romane Guillaume