Dans ce spectacle, point de borborygmes comme dans les excellents Bigre ou Les gros patinent bien, mais une parole qui court vite et bien, abordant les questionnements de l’existence et de l’avenir. Cette Foutue Bergerie, à la dramaturgie impeccable, est l’une des œuvres les plus abouties de Pierre Guillois.
Les rats des champs

C’est une tragédie qui s’est abattue sur cette famille d’agriculteurs. Le plus jeune de leur fils, atteint d’une malformation suite à l’utilisation de pesticide, vient de se suicider (exceptionnel Simon Jacquard). Son fantôme hante sa mère. Cette femme brisée, qui n’a jamais trouvé sa place à la ferme, s’est enfermée dans sa chambre, fumant clope sur clope malgré « ses allergies » (bouleversante Cristiana Reali). Comme pour se racheter et libérer sa conscience, le père (épatant Marc Bodnar) accepte les sollicitations d’une pigiste aux dents longues (formidable Anna Fournier). Celle-ci mène l’enquête sur les dérives du groupe chimique responsable du micro-pénis de son fils.
Face aux rats des villes
Encerclée par les lotissements et « une barre de quatre étages », la bergerie de la famille est installée aux croisements de deux mondes. D’un côté la ruralité à laquelle le père s’accroche et, de l’autre, l’urbanisation et l’appel de la cité auquel son fils aîné aspire (étonnant Kévin Perrot). Lui aussi est traumatisé. Non par le suicide de son frère, mais plutôt par le « handicap invisible » de celui-ci.
Pour prouver à tous, et surtout à lui-même, qu’il en a une plus grande que la normale, il baise à tout va sa petite amie (délicieuse Mathilde Le Borgne). Un gamin passe par là, par ennui. Avec son survêtement rouge au logo de marque et sa sacoche autour du cou, il est l’archétype de la banlieue et des bêtises. Jamel (impayable Yanis Chikhaoui), engagé comme stagiaire à la ferme, va trouver auprès du père et des travaux des champs, un sens à son existence.
Auprès de La Fontaine

Et pendant que les humains se dépatouillent avec leurs problèmes, les animaux causent. La bergerie est en émoi. L’environnement change et les brebis, en mal de bélier, craignent pour leur peau. Comme les moutons du Génie des Alpages de F’murr, ces bestioles portent des noms amusants. La cheffe de file au foutu caractère est Massachussetts, incarnée avec brio par Cristiana Reali. Ses camarades de jeu ne sont pas en reste. N’étant d’accord sur presque rien, un seul cri les réunit, celui des gallinacés qui leurs cassent les oreilles. Comme échappée des cabarets du Birgit ensemble, guitare à la main, ne craignant pas d’y laisser des plumes, Anna Fournier est impayable en volaille de cette basse-cour.
Du foin à foison
La scénographie très visuelle est une des marques de fabrique de Pierre Guillois. Chaque lieu, qu’il soit dedans ou dehors, est très nettement installé, voire bien rangé comme le foin dans la grange. Les bottes dudit foin sont parsemées sur le sol ou érigées en murs. À l’aide d’une belle machinerie, l’âme volante du petit suicidé survole la chambre de la mère. La mise en scène, aux sillons bien tracés et nourrie par la qualité de jeu des interprètes, est remarquable. Dosant humour et poésie, la récolte est là, c’est du bon Pierre Guillois.
Foutue Bergerie de Pierre Guillois
Création le 30 septembre 2025 au Théâtre de Cornouaille
Spectacle vu Théâtre du Jeu de Paume, Les Théâtres Aix-en-Provence
Du 3 au 7 février 2026
durée 1h40 environ.
Tournée
10 et 11 février 2026 à Châteauvallon-Liberté, scène nationale
24 et 25 février 2026 à l’Espace des Arts, Chalon-sur-Saône
4 au 8 mars 2026 au TAP – Théâtre Auditorium de Poitiers
11 au 22 mars 2026 au Théâtre du Rond-Point, Paris
9 au 10 avril 2026 aux Quinconces & L’espal, Scène nationale du Mans.
Dates passées
28 novembre 2025 à l’Onde, centre d’art de Vélizy-Villacoublay
21 au 24 janvier 2026 au Théâtre de l’Odéon, Les théâtres Marseille.
Mise en scène de Pierre Guillois assisté de Lorraine Kerlo Aurégan
Avec Cristiana Reali, Marc Bodnar, Anna Fournier, Mathilde Le Borgne, Simon Jacquard, Kevin Perrot et Yanis Chikhaoui
Scénographie de Camille Riquier
Costumes d’Axel Aust, assisté de Camille Pénager
Lumières de Jérémie Papin
Création sonore de Loïc Le Cadre
Arrangement musical de Grégoire Letouvet
Confection du cadavre de mouton – Judith Dubois
Coordinatrice d’intimité – Stéphanie Chêne
Direction technique – Colin Plancher
Construction du décor Ateliers de la Maisondelaculture Bourges/Scène nationale
Régie générale et lumière – Xavier Carré-Laubigeau, en alternance avec Jérôme Pérez-Lopez, Régie plateau – Elvire Tapie, en alternance avec Grégoire Plancher et Lalita Savarit & Régie son – Loïc Le Cadre, en alternance avec Franck Berthoux
Assistanat à la direction technique – Emilie Poitaux et Eve Esquenet.