Le monde d’après, c’est maintenant

Édito du 28/09/2026
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Subventions confisquées, salle débaptisée, pièce rayée de l’affiche. Depuis plusieurs mois, la menace qui planait sur la création a pris corps et semble s’intensifier. À Elne, le nouveau maire, sans étiquette mais classé à l’extrême droite par la préfecture, efface du cinéma municipal le nom de René Vautier. Communiste, résistant et anticolonialiste, l’auteur d’Avoir vingt ans dans les Aurès dérange par ses engagements. À Castres, avant l’été, la municipalité RN avait déjà déprogrammé Passeport d’Alexis Michalik.

À Marseille, un cap supplémentaire est franchi. Après une campagne de l’extrême droite contre Louisa Yousfi, invitée à lire son roman La Grande Méthode à Actoral, le Département des Bouches-du-Rhône retire du vote les 90 000 euros destinés au festival et exige des explications sur cette programmation avant de se prononcer. Le RN-UDR, qui réclamait le retrait de la subvention, salue une « victoire symbolique forte ». Le scénario est cousu de fil blanc et a de quoi inquiéter. Un artiste dérange, la pression politique monte et le financement public est aussitôt remis en cause, arbibtrairement. La censure, sans dire son nom, s’invite au cœur d’une saison à peine commencée.

Face à ces attaques et à la précarisation croissante du secteur, plus de six cents élus et responsables politiques se joignent à l’appel du Syndeac pour une concertation nationale sur le refinancement de la culture. Parmi les signataires, Xavier Bertrand, François Ruffin, Valérie Pécresse ou encore Marine Tondelier. Dans le même mouvement, le syndicat réclame un moratoire sur les coupes et 1 % du budget de l’État pour la culture. Pendant ce temps, le dégel annoncé cet été pour vingt-huit structures se fait toujours attendre. Ce mardi, la CGT-Spectacle et la CGT-Culture, soutenues par l’intersyndicale, appellent à la grève. Après des mois d’alertes, le secteur redescend dans la rue. Car au-delà des budgets rabotés, c’est aussi la liberté de créer et de programmer qui est au cœur d’une bataille devenue idéologique.

La semaine s’assombrit encore avec la disparition de deux artistes flamboyants. Le comédien, metteur en scène et dramaturge Arnaud Denis est mort à 43 ans. Formé auprès de Jean-Laurent Cochet, il aimait les grands textes, les fresques et les récits, portant haut le verbe de Molière, Oscar Wilde ou Choderlos de Laclos. Entier, parfois radical, il défendait un théâtre populaire ancré dans une certaine tradition, quitte à sembler parfois d’un autre temps. Depuis 2023, la pose d’une prothèse destinée à traiter une hernie l’avait plongé dans des douleurs chroniques devenues invalidantes. Il avait fait de son calvaire un combat public avant de choisir l’euthanasie en Belgique. « À présent, je rends les armes. C’est mon droit », écrivait-il, n’en déplaise à certains, quelques heures avant de mourir.

Deux jours plus tard, Marina Vlady s’est éteinte à 88 ans. Visage inoubliable de La Princesse de Clèves, actrice pour Marco Ferreri, Jean-Luc Godard ou Orson Welles, elle fut aussi une femme de théâtre. Elle avait joué Tchekhov au Théâtre de l’Atelier, Hamlet, Le Passage ou encore Vladimir Vissotsky ou le vol arrêté aux Bouffes du Nord. Deux générations, deux présences singulières disparaissent. Mais dans les théâtres, les servantes restent allumées. Tant qu’elles le seront, la scène continuera de vivre et de résister.

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