© Sammi Landweer

Borda : La joyeuse émancipation collective de Lia Rodrigues

En ouverture de la 21e Biennale de la danse de Lyon, dans le cadre de la Saison Brésil-France 2025, la chorégraphe investissait la grande salle de la Maison de la Danse avec sa dernière création, une pièce aussi chorégraphique que plastique dans un élan d’espoir.
9 septembre 2025
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Il faut le temps de poser l’esthétique et de laisser l’imaginaire de chacun faire son propre travail. En guise de premier tableau, Lia Rodrigues ouvre Borda sur une image qui se dévoile lentement, délicatement. Au gré des lumières qui, de la pénombre aux pleins feux, structurent le plateau, une masse informe apparaît sous des lambeaux de tissus et de plastiques blanchâtres. D’abord immobile, des mouvements infimes lui donnent peu à peu vie. Sous cet amas anonyme, des visages, des corps, des individus finissent par émerger, par exister.

Au bord des mondes
© Sammi Landweer

Dès les premiers instants, la chorégraphe brésilienne affirme une recherche de la porosité. À travers des gestes tantôt glissés, étirés ou interrompus, elle se met en quête d’un changement constant. Dans son écriture, rien ne s’impose comme vérité absolue, tout au contraire laisse la porte ouverte à l’interprétation. Elle passe ainsi de l’abstraction à l’évidence, du collectif à l’individuel, du monochrome à la couleur. De la sorte, elle place sa pièce dans un équilibre permanent, comme menaçant à chaque instant de tomber d’un côté ou de l’autre, sans y succomber tout à fait.

À partir de ce balancement, Borda traverse une longue série de références qui tendent à dresser avant tout un certain portrait du Brésil. Tiraillés entre des images christiques figées dans une vision occidentale et l’éclatante expansivité de la danse comme héritage traditionnel, les interprètes composent, à partir du réel, les différentes faces d’un même visage. Toute morcelée soit-elle, la société dépeinte par Lia Rodrigues se renforce et s’alimente de ses propres disparités, à défaut de s’y fracasser.

Faire le point
© Sammi Landweer

À l’image de ce pays dont l’histoire contemporaine ne cesse de se réécrire, c’est le monde entier qui se dessine dans ce qu’il a de plus composite. Apparaissant parfois comme un conte post-humaniste, Borda semble tenter d’inventer un après, entre candeur, curiosité et optimisme. Prenant vie parmi les déchets d’un monde qui a peut-être disparu, les créatures mi-organiques mi-matérielles convoquent alors, sans la renier, une mémoire commune dont elles nourrissent leurs individualités à venir.

Se détachant de la masse dont ils sont issus, les neuf corps émergent progressivement jusqu’à s’en émanciper. Lia Rodrigues file la métaphore d’une société totalement dépendante des êtres qui la composent, et inversement. Mais ce sont bien les personnalités de ses interprètes qui finissent par s’imposer dans la lecture globale de la pièce. Isolés de la multitude indistincte, ils s’emparent de l’espace visuel et sonore, comme une joyeuse revendication du droit d’exister par soi-même. De l’infiniment grand jusqu’au minuscule, Borda opère comme une (re)mise au point… à méditer.


Borda de Lia Rodrigues
Maison de la danse Biennale de danse de Lyon
6 et 8 septembre 2025
durée 1h10

Tournée
12 au 17 septembre 2025 au
CentQuatre Festival d’Automne à Paris.
19 au 21 septembre 2025 à Chaillot – Théâtre national de la Danse – Festival d’Automne à Paris.
24 septembre 2025 à
L’Azimut – Festival d’Automne à Paris
27 et 28 septembre 2025 au
Festival Actoral, Marseille.
2 et 3 octobre 2025 à
La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche – Biennale de la Danse de Lyon.
6 et 7 octobre 2025 à
La Comédie de Clermont-Ferrand, scène nationale – Biennale de la Danse à Lyon.
12 janvier 2026 au Lieu unique, Nantes
4 au 6 février 2026 au
Théâtre Garonne, Toulouse

Compagnie Lia Rodrigues Companhia de Danças
Direction artistique Lia Rodrigues.
Interprètes Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Andrey da Silva, David Abreu, Raquel Alexandre, Daline Ribeiro, João Alves, Cayo Almeida, Vitor de Abreu.
Dramaturgie Silvia Soter
Collaboration artistique / regard extérieur Sammi Landweer.
Création lumières Nicolas Boudier
Bande sonore Miguel Bevilacqua.
Mixage et mastering Ronaldo Gonçalves
Équipe technique sur la tournée Nicolas Boudier, Magali Foubert et Baptistine Méral.
Costumes Lia Rodrigues Companhia de Danças
Couturière Antonia Jardilino de Paiva
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Remerciements Thérèse Barbanel, Corpo Rastreado, Inês Assumpção, Luiz Assumpção, Diana Nassif, l’équipe du Centro de Artes da Maré, Jacques Segueilla. Dédié à Max Nassif Earp

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