Romain Daroles © India Lange

Romain Daroles, l’art de faire vibrer la langue

Lauréat du Prix de la Révélation théâtrale du Syndicat de la critique en 2020, le comédien poursuit son chemin entre fidélités et nouveaux horizons. Révélé par Phèdre !, qu’il joue depuis 2017, il est aujourd’hui à l’affiche de La Crise de Coline Serreau, mise en scène de Jean Liermier, en tournée notamment au Manège de Maubeuge et au Théâtre-Sénart.
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Sa voix juvénile, son léger accent du sud, sa silhouette longue et dégingandée, toujours un peu en décalage, dessinent une présence singulière. Né entre Armagnac et Gascogne, Romain Daroles a le charme lunaire des grands enfants. Il appartient à cette famille de comédiens capables de passer avec aisance d’une tirade racinienne déclamée avec dérision, à des rôles plus loufoques, comme ceux des Nuits enceintes de Guillaume Béguin.

La Crise de Coline Serreau, mise en scène par Jean Liermier © Carole Parodi
La Crise de Coline Serreau, mise en scène par Jean Liermier © Carole Parodi

Dans La Crise, qu’il reprend aujourd’hui au Manège de Maubeuge, il incarne Michou. Ce grand dadais irrésistible, SDF tendre et maladroit, croisé dans un bar, se révèle à la fois prolo attachant, philosophe de comptoir et chien fidèle. Romain Daroles en fait surgir un mélange de drôlerie et d’humanité brute qui donne au spectacle sa vibration contemporaine. « Je savais que le film était culte, mais je ne l’avais jamais vu en entier, raconte-t-il. J’avais seulement en mémoire le monologue de Maria PacômeJean (Liermier) m’a envoyé le texte et j’ai choisi d’entrer par là. Pour moi, il fonctionne presque mieux au théâtre qu’au cinéma. »

Le metteur en scène a d’ailleurs pris soin de ne pas reproduire le film à la lettre. Il a choisi de repartir d’encrer les scènes au présent, dans l’espace du plateau. « Certaines, explique le comédien, ont même été retravaillées pour faire ressortir la théâtralité de l’écriture de Coline Serreau, son rythme et sa vitalité. »

L’étincelle Phèdre !

Pourtant, rien ne le prédestinait à la scène. « Je viens dun parcours plutôt littéraire, confie-t-il. Prépa, université… j’étais parti pour une carrière de professeur. » Le théâtre amateur l’accompagne en parallèle, mais le véritable déclic survient lorsqu’il est admis à la Manufacture de Lausanne. « Jai passé plusieurs concours, comme beaucoup de mes camarades, mais cest le seul endroit où lon ma fait retravailler mes scènes dès le premier tour. Jai senti une mise au travail immédiate de lacteur. Et puis, on avait accès aux locaux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cette autonomie a créé une émulation incroyable. »

Phèdre ! d'après Jean Racine, mise en scène de François Gremaud © Christophe Raynaud de Lage
Phèdre ! d’après Jean Racine, mise en scène de François Gremaud © Christophe Raynaud de Lage

C’est là qu’il rencontre François Gremaud, son tout premier intervenant, qui devient vite un complice de route. Ensemble, ils imaginent Phèdre ! en 2017. « Au départ, c’était une commande scolaire. Très vite, on a compris qu’on avait une intimité à raconter avec Racine. Pour moi, ce rôle a été une façon d’assumer à la fois mon goût pour la transmission et mon humour. Depuis, c’est devenu un succès que l’on ne cesse de tourner. »

Rencontres déterminantes

Les années d’école sont aussi marquées par d’autres figures fortes. Jean-Michel Rabeux, dont il garde le souvenir d’un stage tourné vers le détail et la délicatesse, un véritable travail d’orfèvre sur le jeu. Robert Cantarella ensuite, avec qui il performe huit heures autour de Paul Léautaud. « C’était une traversée vertigineuse de ses entretiens radiophoniques, épuisante, mais très formatrice. »

À ces expériences de plateau s’ajoutent ses découvertes de spectateur. Philippe Quesne l’impressionne par ses mondes décalés et poétiques. Frank Castorf, à l’inverse, l’ouvre à un théâtre frontal et politique, qui prend le spectateur à bras-le-corps. Ces deux esthétiques, très différentes, élargissent son regard sur la scène.

De petits mondes singuliers
Vita Nova de Romain Daroles © Julien Gremaud
Vita Nova de Romain Daroles © Julien Gremaud

En parallèle de ses rôles, Romain Daroles invente ses propres objets scéniques. Vita Nova, une conférence en forme d’hommage à quelques-uns de ses héros littéraires, puis Ars Nova, fable post-apocalyptique, forme intime nourrie de sa passion pour la musique et l’opéra. « Lopéra, cest peut-être une passion encore plus forte que le théâtre, dit-il en souriant. Mais je ne me vois pas diriger de grosses équipes. Ce qui mintéresse, c’est d’inventer des petits mondes singuliers que lon offre au public. »

C’est au Théâtre de Carouge, où il a joué pendant plus de deux mois Phèdre !, qu’un soir Jean Liermier lui propose deux projets, La Crise ou un autre spectacle à totalement inventer. « Lidée dune pièce collective me tentait, mais au départ, je me voyais plutôt dans dautres personnages que Michou. Et puis, les répétitions ont été loccasion de débats nourris sur ce quon voulait dire aujourdhui avec ce texte. On a beaucoup parlé de certains aspects datés, de la manière de les aborder. Ces discussions faisaient partie intégrante du plaisir de répéter. »

Et demain

Entre deux tournées, Romain Daroles prépare déjà d’autres aventures avec La Filiale Fantôme, compagnie qu’il codirige avec Mathias Brossard et François-Xavier Rouyer. Leur prochaine étape sera une commande de Bonlieu, scène nationale d’Annecy. Modeste le petit pion, conte musical en forme de ciné-concert, brouille à nouveau les frontières entre théâtre, musique et cinéma. « Ce que j’aime, c’est créer des objets vivants, hybrides, qui mêlent les arts. Tant que je peux continuer à inventer, je suis heureux. »

Avec Phèdre ! et La Crise, entre tragédie revisitée et comédie sociale, Romain Daroles s’impose comme un funambule sensible. Il transforme la langue en matière vivante et se déploie tour à tour en conférencier facétieux, clown lunaire et créateur curieux. Sa présence fait vibrer le théâtre d’une énergie singulière, drôle et poétique.


La Crise d’après un scénario, des dialogues et un film de Coline Serreau
crée le 26 novembre 2024 au Théâtre de Carouge
durée 2h environ 

Tournée
2 & 3 octobre à La Luna, Manège de Maubeuge
9 octobre 2025 à l’Espace Jean Legendre de Compiègne
14 au 16 octobre 2025 au Théâtre-Sénart
5 et 6 novembre 2025 à L’EMC – Espace Marcel Carné Saint-Michel-sur-Orge
11 novembre 2025 au CO2, Bulle (Suisse)
14 et 15 novembre 2025 au Théâtre du Passage, Neuchâtel (Suisse)
25 et 26 novembre 2025 à la Coursive, La Rochelle

Dates passées
9 au 19 janvier 2025 au Théâtre Kléber-Méleau, Suisse
23 et 24 janvier 2025 à Equilibre-Nuithonie, Fribourg, suisse
29 et 30 janvier au Théâtre du Jura, Suisse

Mise en scène de Jean Liermier assisté de Katia Akselrod
Adaptation de Samuel Tasinaje
Avec Romain Daroles, Anna Pieri Zuercher et Camille Figuereo
en alternance, Nastassja Tanner et Charlotte Filou en alternance, Baptiste Gilliéron, Dominique Gubser, François Nadin, Simon Romang, Brigitte Rosset 
Scénographie et costumes de Rudy Sabounghi
Dessins de Louis Lavedan
Lumières de Jean-Philippe Roy
Univers sonore – Jean Faravel
Accessoires – Cam Ha Ly Chardonnens
Construction décor – Marc Borel, Tom Foutel, Christophe Reichel, Grégoire de Saint Sauveur
Peinture de Lola Sacier
Réalisation des costumes – Marion Schmid
Coiffures de Fadila Adli

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