Créé au Japon en juillet dernier dans le cadre d’une production internationale, Dance Marathon Express entraîne le public dans une folle embardée chorégraphique et poétique. Kaori Ito détourne le marathon de danse, né aux États-Unis pendant la Grande Dépression, et en fait le miroir d’une société où l’endurance, l’apparence et le dépassement de soi sont devenus des modes de vie.
Entre frénésie et introspection

Sur scène, huit interprètes traversent le temps à rebours, portés par une bande-son éclectique. Les rythmes pop acidulés succèdent au boogie-woogie d’après-guerre, I will always love you de Whitney Houston à un standard d’Édith Piaf interprété en japonais. Au fil des décennies, ils changent de vêtements à vue, leurs costumes se métamorphosant au rythme des époques qu’ils traversent. Chaque période réveille ainsi une image différente du Japon, oscillant entre ouverture aux influences extérieures et repli sur soi, entre modernité et solitude.
Sous la légèreté apparente de la fête, le spectacle interroge le mal-être de la jeunesse japonaise, et plus largement celui d’ici et d’ailleurs. Les toilettes, installées à cour, deviennent un espace de refuge pour les danseurs épuisés, mais aussi un lieu de refuge loin du regard des autres et un abri pour les marginaux où l’imaginaire peut renaître. Au cœur de cette retraite, caché dans la cuvette, un petit livre rouge intitulé Les Pieds nus de lumière de Kenji Miyazawa ouvre tout un champ des possibles, une rêverie vers un autre monde ancestral peuplé de légendes et de mythes.
Le conte comme réinvention du réel
Le conte prend alors le relais de la danse. En japonais, une voix raconte, pendant que les corps portent le récit. Deux frères avancent dans un paysage enneigé. La pauvreté condamne le plus jeune, que l’aîné doit conduire jusqu’à la montagne pour le livrer aux démons. Cette histoire, à la fois tendre et tragique, évoque la dureté d’une société où l’inutilité est une honte et l’exclusion une forme de disparition. Kaori Ito relie ici la mémoire collective du Japon à la question du sacrifice et de la résilience, ces forces souterraines qui façonnent encore son identité.

Peu à peu, la frénésie du marathon s’efface et la lenteur du conte s’impose. Le geste devient récit, la danse se fait mémoire. En mêlant hip-hop, danse classique et butô, Kaori Ito franchit les frontières esthétiques et culturelles, sans jamais figer le mouvement.
Foisonnante et généreuse, la pièce met en résonance culture japonaise et occidentale. Dance Marathon Express apparaît alors comme un voyage à rebours du siècle, où la danse devient un langage universel, à la fois intime et collectif.
Envoyé spécial à Strasbourg
Dance Marathon Express de Kaori Ito
Création 2025
TJP – CDN Strasbourg Grand Est
Du 3 au 11 octobre 2025
durée 1h10
Tournée
15 et 16 octobre 2025 au CDN de Normandie-Rouen, les Anges au plafond, Rouen
17 octobre 2025 au Théâtre de l’Arsenal, Val-de-reuil
Direction artistique et chorégraphique – Kaori Ito
avec Aokid, Noémie Ettlin, Yu Okamoto, Issue Park, Rinnosuke, Sato Yamada, Ema Yuasa, Léonore Zurflüh
Dramaturgie de Keishi Nagatsuka & Améla Alihodzic
Collaboration artistique – Adeline Fontaine
Assistance à la chorégraphie – Marvin Clech
Lumières de Maki Ueyama, Thibaut Schmitt & ArnO Veyrat
Son de Yuko Nishida & Eric Fabacher
Costumes d’Aya Kakino
Scénographie de Kaori Ito & Anthony Latuner
Traduction et création sous-titre – Ritsuko Kato
Construction d’Anthony Latuner
Coaching Drag Queen – Bibiy Gerodelle
Régisseur général – Mehdi Ameur