En quoi consistent les travaux de rénovation en cours et où en est-on ?
Nathalie Pousset : Le projet de rénovation des Amandiers est ancien : il remonte à plus de quinze ans. Ce théâtre, inauguré en 1976, a été construit à une époque où de nombreux bâtiments culturels voyaient le jour rapidement, avec les techniques de l’époque. Ces architectures, magnifiques dans leur conception, ont souvent très mal vieilli. Dès la fin des années 2000, la nécessité d’une rénovation a été identifiée. Mais les financements ont pris du temps, car, en tant que Centre dramatique national, le théâtre dépend à la fois de l’État, de la Ville, du Département et de la Région… Une mécanique assez lourde pour parvenir à un accord commun.

Anne-Marie Peigné : Lorsque nous sommes arrivées, dans le sillage de Christophe Rauck, à la tête du théâtre en 2021, le processus était déjà lancé. Les premiers chantiers concernaient le désamiantage – plus complexe et plus long que prévu – puis le gros œuvre. La crise sanitaire a provoqué un premier arrêt, car une partie des livraisons a été interrompue. La guerre en Ukraine a ensuite entraîné des retards d’approvisionnement… Un enchaînement de facteurs tout au long de ces quatre années qui explique, cumulés, cette ouverture décalée. Aujourd’hui, nous sommes vraiment dans la dernière ligne droite.
Comment maintenir une activité quand le bâtiment principal reste fermé ?
Anne-Marie Peigné : En restant fidèle à ce qu’est un théâtre. C’est-à-dire un lieu de vie, habité, où le public et les artistes se croisent, où les spectacles se jouent. Dès qu’il est apparu évident que l’ouverture d’octobre ne serait pas possible, nous avons fait le choix, avec Christophe, de ne pas “geler” la saison. Nous avons tout de suite envisagé de réinvestir le Théâtre Éphémère, ce lieu de transition qui, depuis 2021, nous permet de maintenir l’activité théâtrale. Nous l’avons remis en état en un temps record. Il était devenu un espace de stockage : il a fallu tout vider, réaménager, repenser les lumières, le gradin, le bar, la librairie… L’idée était claire : que le public retrouve un lieu accueillant, vivant, prêt à vibrer.
Nathalie Pousset : C’était aussi une question de responsabilité envers les artistes. Les spectacles étaient programmés, les équipes mobilisées. Nous avons choisi de maintenir autant que possible la saison initiale. FaustX de Brett Bailey ouvrira bien la saison le 31 octobre, suivi de Superstructure d’après un de texte de Sonia Chiambretto, mis en scène par Hubert Colas, en partenariat avec le Festival d’Automne. De même pour À propos d’Elly des tg STAN, Suzanne : Une histoire du cirque d’Anna Tauber et Fragan Gehlker. Les dates ne changent pas, l’énergie non plus.
Ce report vous a-t-il amené à repenser la programmation ?

Anne-Marie Peigné : Il a surtout fallu la réarticuler, sans renoncer à rien. Des spectacles comme Barocco de Kirill Serebrennikov, NomA de la compagnie norvégienne Goksøyr & Martens, ainsi que La Tête dans les nuages, le projet artistique participatif lancé l’an passé avec le quartier Pablo Picasso, juste à côté, ont simplement trouvé d’autres places dans le calendrier. Notre volonté, c’est que tous les projets annoncés voient le jour. Nous gardons ce fil qui relie les artistes, le territoire et le public.
Nathalie Pousset : Et parfois, ces ajustements créent de belles trouvailles. Le Live Magazine, par exemple — ce “journal vivant” consacré à la Méditerranée et à l’Algérie — se jouera à la Maison de la Musique, à Nanterre. Ce déplacement donne un nouveau souffle à l’événement, qui résonnera avec les représentations de Superstructure. Rien n’est perdu, au contraire : le programme gagne en rebond et en circulation.
À quoi ressemblera la réouverture officielle de décembre ?
Anne-Marie Peigné : Ce sera une réouverture festive, mais différente de ce que nous avions imaginé avec des fanfares et les DJ sets initiaux en plus de spectacles dans les trois salles. Nous allons devoir réinventer la forme. Nous attendons la validation de nos partenaires institutionnels pour fixer la date exacte, autour de la mi-décembre. La création de Joël Pommerat, Les Petites filles modernes (titre provisoire), devrait inaugurer la grande salle. Et nous préparons une proposition de “visite-spectacle” imaginée par le jeune auteur Noham Selcer avec un duo de comédiens, qui raconteront avec humour et émotion l’histoire du théâtre à travers ses grandes figures.
Nathalie Pousset : Nous espérons un moment sensible, artistique, partagé. L’ouverture d’un théâtre n’est pas un geste administratif, c’est avant tout un acte collectif.
Vous évoquez souvent l’image d’un “théâtre-ruche”. Que recouvre-t-elle ?

Anne-Marie Peigné : C’est un mot que nous aimons beaucoup, car il décrit parfaitement ce que nous voulons construire. Une ruche, c’est un lieu d’activité continue, d’interactions, d’allers-retours. Dès la réouverture, toutes les salles seront occupées. Nous mettrons en place des résidences pour les jeunes artistes afin de les accompagner dès leurs premières créations. Nous voulons que les Amandiers redeviennent ce lieu de bouillonnement artistique.
Nathalie Pousset : Et cela passe aussi par une autre manière d’occuper le temps. Nous resterons ouverts pendant les vacances, y compris à Noël. Beaucoup de théâtres ferment à ces périodes, mais nous savons que le public de Nanterre — les familles, les jeunes — est là. Nous voulons aussi accueillir les visiteurs de passage, en leur proposant une offre artistique de qualité. Le théâtre doit être un espace disponible, accessible à tout moment.
Les Amandiers n’auront donc jamais cessé d’être vivants ?
Anne-Marie Peigné : C’est tout le sens de notre décision. Un théâtre qui attend d’être prêt pour exister n’est plus un théâtre. Il fallait que les artistes jouent, que le public revienne, que la vie circule. Même dans un espace transitoire, l’essentiel est là : la rencontre.
Nathalie Pousset : Les Amandiers ne sont pas “en pause”. Ils traversent une étape, mais continuent d’accueillir, de partager, de créer. C’est la plus belle manière de préparer leur renaissance.
Théâtre des Amandiers – Nanterre
FaustX de Brett Bailey
du 31 octobre au 2 novembre 2025
durée 1h30
Adaptation, mise en scène, scénographie et conception de Brett Bailey
Avec Darion Adams, Liezl de Kock, Iman Isaacs, Sophie Joans, Siphenathi Mayekiso & Toni Morkel
Collaboration à la scénographie – Tanya P. Johnson
Montage vidéo de Kirsti Cumming
Montage son de Simon Kohler
Voix allemand – Lionel Tomm
Coordonnation des costumes – Enrique de Villiers
Création lumière et régie technique – Nicolaas de Jongh
Régie générale – Fundiswa Mrali
Superstructure de Sonia Chiambretto
du 6 au 22 novembre 2025
Durée 1h50 avec entracte
Mise en scène, scénographie d’Hubert Colas
Avec Ahmed Fattat, Said Ghanem, Adil Mekki, Isabelle Mouchard, Perle Palombe, Nastassja Tanner & Manuel Vallade
Assistanat à la mise en scène – Lisa Kramarz & Salomé Michel
Assistanat à la scénographie – Andrea Baglione
Son de Frédéric Viénot
Vidéo de Pierre Nouvel
Lumières de Fabien Sanchez & Hubert Colas
Costumes de Fred Cambier
Régie générale de Nils Doucet
Régie vidéo d’Hugo Saugier