Valérie Alane © Nathalie Vergez
© Nathalie Vergez

Valérie Alane : Artiste incandescente au service du théâtre

Autrice, metteuse en scène et comédienne, cette enfant de la balle connaît bien le monde du théâtre. Mise en scène par Christophe Lidon, elle incarne avec une belle sensibilité la Reine Marguerite dans Le Roi se meurt de Ionesco. L’occasion de revenir sur son parcours.
8 novembre 2025
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
Ce qui me vient d’abord à l’esprit c’est la joie qu’était pour moi, petite, d’accompagner Annik, ma mère comédienne, au théâtre en matinée le dimanche. Je passais de sa loge à la salle, où je pouvais voir et revoir le même spectacle une dizaine de fois sans me lasser.

Le roi se meurt - Ionesco - Christophe Lidon © Barbara Buchmann
Entourée de Chloé Berthier, Thomas Cousseau, Armand Eloi, Vincent Lorimy et Nathalie Lucas dans Le roi se meurt de Ionesco, mis en scène par Christophe Lidon © Barbara Buchmann

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir cette voie ?
J’avais, au départ, décidé de ne pas la prendre, cette voie qu’avaient choisi ma mère et mon frère. Je voulais être archéologue ! Et puis ça n’a pas tenu longtemps. À 17 ans, après le Bac, j’ai commencé les cours de théâtre et, avec une amie de lycée, je me suis inscrite à la Fac de Nanterre en études théâtrales. Cela a élargi mon horizon et ça m’a passionnée. Le jeu bien sûr m’intéressait, mais aussi l’histoire du théâtre, les différentes esthétiques, l’écriture…

Qu’est-ce qui vous a guidée vers cette spécialisation ?
Je crois que c’est lorsque j’ai compris que j’avais envie d’aborder ce métier par différents angles, que je m’y suis vraiment sentie à ma place. Pas seulement comme interprète mais aussi en écrivant, en mettant en scène parfois, en initiant des projets avec la compagnie Scæna que nous avons créée avec Alvaro Bello (musicien et compositeur).

Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé ?
La comédienne Arlette Gilbert avait parlé de moi (en bonne marraine) à Claude Santelli qui cherchait quelqu’un pour remplacer Nathalie Filion dans Maison de poupée de Ibsen pour une version filmée du spectacle, au Théâtre de la Commune (dirigé, à l’époque, par Alfredo Arias). C’était vraiment un tout petit rôle mais qui m’aura permis de regarder travailler des comédiens formidables comme Arlette évidemment, Magali Renoire, Wladimir Yordanoff, Jean-Marc Bory, Claire Wauthion…

Passions et inspirations
L'installation de la peur © Barbara Buchmann Barabra
Entourée de Charlotte Adrien, Nicolas Gény, Edward Decesari et Vadim Sher, dans L’installation de la peur de Rui Zink, mis en scène par Alain Timar, 2022 © Barbara Buchmann

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Je vais plutôt me concentrer sur mes premiers coups de cœur (sinon ce serait trop long !) : Une année sans été écrit et mise en scène par Catherine Anne, Littoral de Wajdi Mouawad à sa création au Festival d’Avignon, et Aux hommes de bonne volonté de Jean-François Caron mise en scène par Anita Picchiarini.

Ces trois spectacles ont en commun des écritures et des langues très fortes qui ont beaucoup marqué la jeune comédienne que j’étais et qui m’ont peut-être donné l’envie d’écrire d’ailleurs. Sans me contredire, je peux dire que les spectacles de Philippe Genty m’ont beaucoup marqué aussi à cette époque-là ; sans mots mais avec des images si fortes. Et pour finir, j’ai des souvenirs merveilleux des « musicals » que mon frère Bernard était allé jouer (et chanter !) à Londres : Kiss me Kate, Bless the bride

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
J’ai fait plein de belles rencontres ! Ne pouvant pas parler de toutes, j’en citerai deux car elles m’ont ouvert de belles voies. Le comédien Pierre Val m’a, un jour, parlé de Jean-Michel Vier, avec qui il travaillait et qui cherchait une comédienne pour jouer Marie Stuart dans une adaptation de la pièce de Schiller, en version clown. J’ai donc passé l’audition et ça a été le début d’un long compagnonnage avec Pierre et la compagnie Liba, que Jean-Michel dirige avec Marie-Hélène Jamet. Nous avons fait ensemble cinq ou six spectacles.

Valérie Alane - Le Misanthrope © DR
Avec Anne-Charlotte Bory dans Le Misanthrope de Molière, mis en scène par Christophe Lidon, 2001 © DR, collection privée

Et puis je pense bien sûr à une comédienne amie, Anne-Charlotte Bory, qui m’a présenté Christophe Lidon, avec qui je collabore régulièrement depuis une vingtaine d’années comme assistante à la mise en scène au départ, puis comme comédienne, autrice… Il me fait aujourd’hui un très beau cadeau, le rôle de Marguerite dans Le Roi se meurt de Ionesco, que nous avons créé cet été au Théâtre des Gémeaux à Avignon, puis au CADO d’Orléans, et que nous avons la chance de reprendre au Théâtre des Gémeaux Parisiens.

Où puisez-vous votre énergie créative ?
Intérieurement c’est un peu mystérieux, je ne sais pas trop d’où ça vient ! Mais c’est alimenté bien sûr par le monde et la société qui m’entoure, ainsi que par d’autres artistes qui me touchent, par un livre, un tableau…

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
J’ai un peu l’impression d’être toujours en travail. Quand je ne suis pas sur un spectacle, j’ai toujours une idée, un sujet, un projet en tête auquel je rêve, qui pourra se réaliser ou pas. Mais disons que ce qui concourt à mon équilibre, c’est de ne pas cesser d’être en mouvement.

L’art et le corps

Que représente la scène pour vous ?
C’est le lieu où on travaille, où on cherche pour raconter une histoire avec les autres. C’est pour moi le lieu du collectif, de la troupe.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Comme un fil qui se tend entre la tête et le ventre !

Rêves et projets
Valérie Alane - En toute transparence © Stéphane Bluzat
Avec Francisca Alvarez, Alvaro Bello et Vadim Sher dans En Toute Transparence de la Cie Scæna, 2025 © Stéphane Bluzat

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Il y a plein d’artistes dont j’admire le travail, mais j’ai toujours du mal à me projeter dans l’avenir avec eux ou elles. Par pudeur ? Par superstition ? Je ne sais pas.

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Un théâtre total qui mêlerait théâtre, chant, danse et arts visuels et qu’on jouerait partout. Dans les théâtres mais aussi dans la ville, sur les places, par les villages…

Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
J’aimerais bien qu’il soit Le cavalier bleu de Vassily Kandinsky. Pour le bleu, pour l’élan. Mais pas pour le cheval, j’en ai peur ! Le tableau est encore figuratif mais il annonce l’abstraction. C’est le moment d’une transition, d’un bouleversement. Le cavalier bleu est aussi le nom d’un regroupement d’artistes que le peintre avait initié au début du XXe siècle. J’aime bien imaginer leurs réunions ! Kandinsky interrogeait sans cesse son art et cherchait à tisser des liens avec les autres arts, notamment la musique. Il a même publié de courtes pièces de théâtre, comme des tableaux écrits.


Le roi se meurt d’Eugène Ionesco
au Théâtre des Gémeaux Parisiens
Du 8 novembre 2025 au 6 février 2026
Durée 1h25.

Mise en scène et scénographie et Christophe Lidon
Avec Valérie Alane, Chloé Berthier, Thomas Cousseau, Armand Eloi, Vincent Lorimy, Nathalie Lucas
Lumières Cyril Manetta
Musiques Cyril Giroux
Vidéo Léonard
Assistante à la mise en scène Mia Koumpan

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