Nathalie Mann © Olivier Allard

Nathalie Mann : La scène est sa raison d’être

Intense et passionnée, la comédienne incarne Robespierre face à Danton dans la pièce d’Hugues Leforestier, présentée pour la première fois en 2021 au Festival Off Avignon, et actuellement au Théâtre des Gémeaux Parisiens. L’occasion de revenir sur son parcours.
5 octobre 2025
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
Mes parents ne nous emmenaient pas au théâtre, donc pas de grande émotion théâtrale petite ! Ah si ! Ils nous avaient emmenées, ma petite sœur Sandrine et moi, au fameux cabaret Chez Patachou pour nous remercier d’avoir collé mille enveloppes pour un envoi professionnel. Je devais avoir sept ans.

Nathalie Mann - Hugues Leforestier - Danton et Robespierre ©
Avec Hugues Leforestier, dans Danton et Robespierre – Les racines de la liberté © Francis Grosjean

Le premier vrai spectacle vivant auquel j’ai assisté à Paris fut Bunny’s Bar, écrit et joué par Josiane Balasko, avec l’adorable Christine Dejoux. Michel Blanc faisait partie de la distribution. Les dialogues étaient très drôles, et tous trois jouaient formidablement bien.

J’accompagnais un comédien qui m’a ensuite emmenée, après la pièce, prendre un verre avec ses amis de la troupe. Josiane Balasko n’était pas encore connue, mais j’ai tout de suite eu pour elle une immense admiration. J’étais bluffée par son potentiel, que je sentais immense.

Puis il y eut Marianne Sergent, si drôle, si irrévérencieuse elle aussi… Toujours des tempéraments, des électrons libres. Ce sont elles qui m’ont inspirée.

Quest-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
À seize ans, c’était décidé : je voulais jouer, je serai comédienne ! C’était comme un rêve flou, irréel. Je n’y connaissais rien, je ne connaissais personne dans ce milieu, mais j’avais cette certitude au fond de moi. Bien qu’ayant toujours beaucoup lu, je n’avais aucune culture théâtrale, hormis l’émission Au théâtre ce soir. Jacqueline Maillan ou Maria Pacôme furent mes premières héroïnes de théâtre.

J’ai profité des vacances de février pour quitter le lycée, la maison, la famille. Elle était si peu conventionnelle que mon départ n’inquiéta personne. J’ai pris la route pour Paris, sans un sou, sans savoir où dormir. J’ai passé quatre ans à faire des petits boulots à droite et à gauche, avant d’avoir enfin assez d’argent pour me payer des cours de comédie…

Nathalie Mann - Mon pays est un théâtre - DR
Dans Mon pays est un théâtre d’Anne Voisin (Bruxelles / 1989) © DR, coll. privée

Pourquoi ce métier ?
Après quelques expériences théâtrales en marge de ma carrière à la télévision et au cinéma, la création de notre compagnie en 2011 a été un formidable déclencheur : un instrument de liberté. Depuis, je n’ai plus quitté la scène.

Votre tout premier spectacle ?
J’ai commencé par l’image. Ma première pièce professionnelle s’appelait Mon pays est un théâtre, à Bruxelles, au Théâtre Henri Ronse. C’est en me voyant à la télévision que la metteuse en scène et autrice m’a proposé le rôle. Mon physique de grande blonde à la voix grave et décalée, un peu androgyne, correspondait exactement à ce qu’elle cherchait. Pas d’audition : elle voulait que ce soit moi, point final.

La troupe, composée d’artistes belges très professionnels, m’a accueillie chaleureusement. Ils me racontaient mille anecdotes de scène, les trous de mémoire, les monstres sacrés… On riait beaucoup. Je tenais le rôle principal : une fille élevée comme un garçon pour pouvoir gouverner ! Un sacré défi pour débuter. Décidément, ce thème me poursuivra toujours…Moi qui voulais tout jouer, tout être, tout vivre — j’ai adoré ça.

Passions et inspirations

Votre plus grand coup de cœur scénique ?

C’est difficile de choisir… Il y a l’extraordinaire  Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad. La générosité et la poésie folle de Simon Abkarian (dans son magnifique Électre des bas-fonds). J’ai adoré 4 211 km. un spectacle merveilleux qui coche toutes les cases pour moi : une histoire poignante, inspirée du réel, qui saisit, émeut, fait rire aux larmes l’instant d’après. Une autrice-metteuse en scène, Aïla Navidi, qui a tous les talents et qui rafle tout aux Molières. Cela m’a rappelé Mélody Mouret avec Ses crapauds fous. Ou, avant elles, un Michalik ! J’aime les outsiders, celles et ceux qu’on n’attend pas… ou qu’on n’attend plus !

Nathalie Mann - La grande nouvelle - Philippe Adrien © DR, coll. privée
Avec Patrick Parroux dan La grande nouvelle de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien © DR, coll. privée

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
Thierry Harcourt qui a mis en scène La Papesse Américaine, premier spectacle produit par ma compagnie. Après une expérience douloureuse, il m’a redonné confiance avec beaucoup d’amour et de douceur.

Et puis Philippe Adrien qui m’a engagée à la suite d’un stage à La Tempête pour La Grande Nouvelle. Ses rires, ses enthousiasmes, sa joie sauvage… C’était un grand monsieur. Je lui dois ma nomination aux Molières en révélation féminine pour le rôle d’Aline qu’il m’a offert. Tendresses éternelles.

Où puisez-vous votre énergie créative ?
Dans la joie et le bonheur de jouer, de partager. Depuis l’enfance, je suis habitée par ce que ma mère appelait « une joie sauvage ». C’est exactement cela.

Enfants, nous avions peu de jouets, mais je n’ai jamais envié les autres. J’avais déjà ma capacité de jeu intérieure : faire rire, émouvoir, être bouleversée à mon tour… et rire encore avec les autres. Cela valait toutes les Barbies et tous les garages du monde !

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Je ne peux pas imaginer ne plus être sur scène. Même si je devais tout perdre, je crois que je continuerais à jouer d’une façon ou d’une autre. J’ai vendu sur des marchés : parfois, tout est théâtre !

Et j’ai la chance de jouer avec le père de mes enfants, Hugues Leforestier, sur des textes passionnants dont il est l’auteur. Quatre spectacles déjà ! Travailler ensemble depuis dix ans nous a encore rapprochés. Un vrai cadeau de la vie.

L’art et le corps

Que représente la scène pour vous ?
Un lieu de rencontre avec soi-même et avec les autres. Un terrain de jeu sans limites, et surtout, le rapport au public ! Cette relation d’amour immense, notamment avec les spectateurs et spectatrices d’Avignon que je retrouve souvent en tournée, crée des liens très forts.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Je dis toujours que je suis une actrice organique. Je m’imprègne du texte jusqu’à ce qu’il devienne une seconde peau. Il me travaille de l’intérieur, et soudain, ça surgit.
J’adore être surprise par ce qui arrive, par ce que je ressens. Cela passe parfois par un geste, parfois par une émotion qui me submerge et que je dois ensuite canaliser — ce fut particulièrement le cas avec Robespierre.
Le plaisir du jeu est primordial pour moi. Il me traverse tout entière, corps et esprit réunis. Je reste émerveillée de faire ce métier.


Rêves et projets
Nathalie Mann - La Papesse Américaine © BM Palazon
Dans La Papesse Américaine d’après Esther Vilar, mis en scène par Thierry Harcourt (2011) © BM Palazon

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?

Oh là là, tant ! Meryl Streep, Al Pacino (fabuleux Richard III), les esprits fous comme Thomas Jolly, les poètes comme Simon Abkarian, les belles âmes comme Ladislas Chollat ou Jean-Philippe Daguerre, les sensibles comme Charlotte Matzneff, les guerrières comme Léna Bréban… Et bien d’autres encore !

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Jouer au moins une fois à la Comédie-Française, aux côtés de  Marina Hands pour le plaisir de naviguer sur ce paquebot génial où tout semble possible. Monter La Papesse américaine avec Thierry dans la cour du Palais des Papes.

Faire jouer ensemble les gardien·nes de prison et les détenu·es, pour que les écrous s’ouvrent et les esprits s’évadent. Offrir à tous les enfants du monde la chance de monter sur scène, de s’exprimer, d’être entendus. Et puis, participer à un spectacle géant, magique, universel, qui change profondément les humains et réenchante le monde. Un spectacle de lumière.

Si votre parcours était une œuvre dart, laquelle serait-elle ?
Une peinture de Marc Chagall, pour la joie, les couleurs et la part de rêve. Ses œuvres touchent tout le monde. J’aimerais que mon parcours ressemble à cela. Et pour l’amour des chemins de traverse et des transgressions : Walk on the Wild Side de Lou Reed.


Danton et Robespierre – Les racines de la Liberté d’Hugues Leforestier
Théâtre des Gémeaux Parisien
Du 13 septembre 2025 au 3 janvier 2026
Durée 1h25.

Mise en scène de Morgane Lombard
Avec Nathalie Mann, Hugues Leforestier
Scénographie et costumes de Charlotte Villermet
Lumière de Maurice Fouilhe
Régisseur – Mehdi Benhafessa
Univers sonore Florent Lavallée.

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