Davide Rao © Shanez

Davide Rao, l’incandescence juvénile

Révélé à Lausanne en septembre dans Bovary Madame, la dernière création de Christophe Honoré, le jeune comédien fascine par sa présence magnétique, entre fragilité et intensité. Aux côtés de Ludivine Sagnier, il sera sur les planches du 12 au 22 novembre au Festival du Théâtre national de Bretagne.
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Brun ténébreux, regard sombre, silhouette musculeuse et allure de dandy romantique, Davide Rao capte la lumière sans l’accaparer, avec cette gravité douce qui fait basculer les émotions sans les forcer. Tout juste sorti de sa formation à l’Acting Line Studio, il est choisi, après une audition, pour jouer dans Bovary Madame, la nouvelle pièce de Christophe Honoré, adaptée du roman culte de Gustave Flaubert

Sur scène, il prête à Léon sa jeunesse et sa sincérité. Chez lui, la douceur n’exclut pas la force, et l’humilité cache une détermination tenace. « Je me sentais enfin dans un cadre où je pouvais vraiment m’exprimer », dit-il simplement. Le théâtre, arrivé tard, s’est imposé à lui comme une évidence vitale.

Des terrains de foot à la scène
© Laurent Champoussin

Avant de connaître la scène, Davide Rao vivait sur les pelouses. Jusqu’à dix-huit ans, il évolue dans le football semi-professionnel, absorbé par la discipline et la compétition. « J’ai arrêté assez brusquement, sans trop savoir ce que j’allais faire ensuite. » Un projet de cinéma réalisé pour le lycée change la donne. Il y découvre le jeu, la mise en scène, et surtout un espace pour respirer. « J’avais besoin d’un endroit où exprimer tout ce que je retenais. Quand j’ai commencé le théâtre, j’ai compris que j’étais enfin là où je devais être. »

Le déclic devient une passion, et la passion, un chemin. À vingt ans, il intègre l’Acting Line Studio à Lausanne, une école du soir, dont le dispositif, n’est pas sans rappeler les Cours Florent, où l’exigence se conjugue à la bienveillance. « J’ai eu de très bons profs, des gens qui m’ont appris que c’était un vrai métier. » Parmi eux, Ludovic Gossiaux, le directeur de l’école, et Damien Acoca, rencontré lors d’un stage. Ces deux figures, parmi tant d’autres, vont être décisives. « Chacun m’a transmis une manière de douter, de regarder, de travailler. »

Lecteur attentif, il se nourrit de Beckett, tout particulièrement d’En attendant Godot, de Camus et de son Étranger. Les livres de développement personnel viennent compléter son désir d’apprendre, de savoir et d’avance. « Je suis encore dans les basiques », glisse-t-il en riant. Mais cette légèreté apparente ne masque pas la profondeur, car il aborde chaque apprentissage avec la curiosité tranquille de ceux qui savent que rien n’est jamais acquis, que le métier de comédien exige des sacrifices et un travail acharné.

Le hasard selon Honoré
© Laurent Champoussin

C’est un concours de circonstances qui le conduit jusqu’à Christophe Honoré. « Un ami au chômage est tombé sur une annonce de casting, un peu par hasard, sur un site d’offres d’emploi », raconte-t-il. L’annonce semble écrite pour lui. Il arrive au casting dans la peau de Léon, silhouette tirée à quatre épingles, costume XIXᵉ et regard fiévreux. « Christophe pensait que je m’habillais toujours comme ça ! » plaisante-t-il. Le réalisateur s’amuse, mais lui confie qu’il préfère voir les comédiens tels qu’ils sont. « Ça m’a marqué. J’ai compris qu’il cherchait la vérité, pas le masque. »

Ce premier contact donne le ton : exigence et sincérité. « Je me souviens d’avoir fait semblant d’être à l’aise, mais j’étais tétanisé car entouré de comédiens expérimentés. » Il rit encore en évoquant sa voix tremblante lors de sa première prise de parole. Cette nervosité, il la transforme en énergie.

Le cirque dans la peau

Les répétitions, elles, sont un choc. « La première phase, c’était beaucoup d’improvisation. Il fallait être prêt à proposer, à se jeter à l’eau, sans texte auquel se raccrocher. J’ai été mis à nu dès le départ. » Le texte final n’arrive qu’un mois avant la première à Lausanne. « C’était très intense, il fallait apprendre, répéter, réécrire parfois. Mais j’ai tellement appris. »

Christophe Honoré demande aussi à chacun d’imaginer un numéro de cirque. Davide Rao choisit le cerceau aérien. « Je n’en avais jamais fait, mais j’ai un passé de sportif, et une amie qui pratique régulièrement le cerceau. Avec son aide, je me suis entraîné tout l’été. » Suspendu dans les airs, il ouvre le bal de Bovary Madame, dont la mise scène circassienne est fortement inspirée du Lola Montès de Max Ophuls. Il y incarne un Léon en apesanteur, corps tendu entre désir et vertige.

Sincérité et désir d’apprendre
© Laurent Champoussin

Depuis Lausanne, la tournée l’a mené de Clermont à Brest, et dans quelques jours, elle fera halte à Rennes. Elle se poursuivra jusqu’en avril et s’achèvera au Théâtre de la Ville. Au total, près de quatre-vingt-dix dates, un véritable marathon. « Je me sens de plus en plus à l’aise, et en même temps, j’essaie de ne pas m’installer. » Cette vigilance en dit long sur lui. C’est un jeune comédien habité par le doute autant que par la gratitude.

« J’ai l’impression de vivre en accéléré. Chaque jour, il se passe tellement de choses. Le public répond, les gens aiment le spectacle, et moi, je prends énormément de plaisir à jouer. » Dans sa voix, il n’y a pas de triomphe, seulement une lucidité calme. Il sait la chance qu’il a. « Je ne me rends peut-être pas encore compte de tout, mais je me sens très chanceux de vivre ça. »

La sincérité avant tout

Davide Rao avance sans plan de carrière, mais avec un désir ardent d’apprendre. Il parle souvent de “véracité”, un mot qui revient comme un fil rouge. Il cherche à rendre chaque scène plus juste, plus vivante, à explorer ce qu’il y a de plus profond. Sa sincérité, sa mesure et son humilité rappellent que la fougue n’a de sens que lorsqu’elle s’accompagne de conscience. Sur scène, suspendu dans son cerceau ou face à Emma-Ludivine Sagnier, il suffit d’un regard pour comprendre que ces premiers pas lui ouvrent les portes d’une belle carrière.


Bovary Madame d’après Gustave Flaubert
Création
Théâtre de Vidy – Lausanne
Du 17 septembre au 10 octobre 2025
Durée 2h20 environ
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Tournée
12 au 22 novembre 2025 au Théâtre national de Bretagne dans le cadre du Festival, Rennes (FR)
2 et 3 décembre 2025 à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle (FR)
9 et 10 décembre 2025 à la Scène nationale de l’Essonne (FR).
17 au 19 décembre 2025 à Bonlieu, Scène nationale, Annecy (FR)
7 au 15 janvier 2026 aux Célestins, Théâtre de Lyon (FR)
21 au 24 janvier 2026 au TANDEM, Scène nationale Arras-Douai, Douai (FR)
30 et 31 janvier 2026 au Quai, CDN Angers Pays de la Loire, Angers (FR).
6 au 11 février 2026 au Mixt – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes (FR)
26 et 27 février 2026 à la Scène nationale du Sud-Aquitain, Anglet (FR)
12 et 13 mars 2026 au Théâtre National de Nice, CDN Nice Côte d’Azur (FR)
20 mars au 16 avril 2026 au Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt, Paris (FR)
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Dates passées
15 au 18 octobre 2025 à La Comédie de Clermont-Ferrand (FR)
5 et 6 novembre 2025 au Quartz, Scène nationale, Brest (FR)

Texte et mise en scène de Christophe Honoré.
Avec Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Julien Honoré, Davide Rao, Stéphane Roger, Ludivine Sagnier, Marlène Saldana.
Et à l’écran Vincent Breton, Nathan Prieur, Emilia Diacon, Salomé Gaillard.
Collaboration à la mise en scène – Christèle Ortu.
Scénographie de Thibaut Fack
Lumière de Dominique Bruguière.
Costumière de Pascaline Chavanne.
Costumes Avec la participation de la maison Yohji Yamamoto
Son de Janyves Coïc
Collaboration à la vidéo de Jad Makki.
Assistanat lumière – Pierre-Nicolas Moulin, assistanat costumes – Zélie Henocq, assistanat dramaturgie
Paloma Arcos Mathon et Brian Aubert, assistanat création vidéo et réalisation – Lucas Duport.
Ateliers décor, costumes et accessoires du Théâtre Vidy-Lausanne.
Régie plateau – accessoires – Stéphane Devantéry, Luc Perrenoud (en alternance) et Ewan Guichard, Paulo Da Silva*
Régie lumière Pierre-Nicolas Moulin, Julie Nowotnik (en alternance) et Farid Boussad Deghou, Régie son
Janyves Coïc, Philippe de Rham* (en alternance), Régie vidéo – Nicolas Gerlier*, Stéphane Trani* (en alternance)
Habillage de Linda Krüttli*

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