© Theofilos Tsimas

Taverna Miresia : Mario Banushi dans l’esthétique du deuil

Après avoir été révélé au dernier Festival d’Avignon, le jeune metteur en scène d’origine albanaise et installé en Grèce continue d’investir les scènes européennes. Invité à la Comédie de Genève, il y présente cette pièce conçue autour de la figure paternelle et de son absence.
12 mars 2026
Ecouter cet article

Une salle de bain défraîchie aux carreaux blancs usés par le temps s’ouvre face au public. Les murs latéraux, qui se rejoignent en fond de scène dans une perspective qui tend à fabriquer le vertige, encadrent l’espace. L’ameublement de la pièce est sommaire. Là une machine à laver qui attend d’être vidée, ici une douche au rideau fermé, un lavabo et son miroir, quelques seaux et des toilettes à la turque. Ceci mis à part, c’est la sensation de vide qui prime.

Écartant le rideau de la douche, Mario Banushi y apparaît nu tandis que l’eau ruisselle sur son corps. La scène est d’une quotidienneté déroutante. Sans événement spectaculaire ni précipitation, le metteur en scène se rince, attrape une serviette pour s’essuyer puis s’habille sous le regard des spectateurs. Au sol, comme abandonnée, l’enseigne d’une auberge commence à clignoter de sa lumière intense et froide. « Taverna Miresia – Mario, Bella, Anastasia », affiche-t-elle en lettres rouges sur fond blanc, surgie du passé familial. Le jeune homme s’en saisit et la brandit comme une pancarte éblouissante, plongeant la salle dans le premier tableau de son fantasme.

Un certain mysticisme
© Theofilos Tsimas

À la faveur de cet aveuglement, le plateau s’est légèrement transformé à l’insu du public. Une partie du sol s’est ouverte sur une tombe à la terre encore fraîche, entourée d’une poignée de pleureuses vêtues de noir. Le procédé de l’illusion par l’éclipse visuelle est légèrement désuet, d’autant que Mario Banushi récidivera à plusieurs reprises au fil de la pièce, mais la scène sur laquelle il ouvre impose ainsi un certain mysticisme. Une sensation presque religieuse renforcée par la voix claire et puissante de Savina Yannatou, en réponse à la composition musicale de Jeph Vanger.

Et pour cause, l’écriture scénique que développe l’artiste albanais se nourrit avant tout de la partition technique qui l’accompagne. Chaque tableau est conçu dans une approche globale qui s’articule autour de la scénographie à la fois naturaliste et fantasmagorique de Sotiris Melanos. À l’atmosphère sonore s’ajoutent alors les lumières très précises d’Eliza Alexandropoulou, composant autour du deuil une série d’images qui semblent échapper toujours un peu plus au réel.

Les visages du deuil

Après avoir dédié ses précédents spectacles à sa mère et sa belle-mère, Mario Banushi convoque au plateau tout un dialogue entre sa famille et l’absence soudaine de ce père. Jamais vraiment acteur de sa pièce, le metteur en scène l’observe pourtant sans cesse. Tantôt spectateur, tantôt peintre ou sculpteur des âmes au plateau, sa présence plane autour de ses interprètes avec le regard candide de celui qui cherche des réponses ou des issues. Acceptation, nouveau souffle, rivalité ou vengeance, chaque tableau dresse son propre portrait, son propre rapport au disparu, au gré d’un imaginaire qui se nourrit peu à peu des angoisses ou des projections d’une réalité aliénée par la perte.

Au-delà de la construction de l’image pour elle-même – qui révèle par instants une belle maîtrise technique –, Taverna Miresia peine toutefois à transcender son esthétique. Les présences au plateau invitent à la contemplation de surface sans vraiment faire advenir le sublime ou la profondeur des corps. La pièce se reçoit alors davantage comme un simple enchaînement de tableaux vivants. Reste que l’intention et le geste dénotent une approche manifestement sensible de la part de Mario Banushi.

Envoyé spécial à Genève

Taverna Miresia – Mario, Bella, Anastasia de Mario Banushi
Création au Festival d’Athènes Épidaure le 18 juillet 2023
Vu à la
Comédie de Genève
Du 11 au 13 mars 2026
Durée 1h10.

Avec Mario Banushi, Katerina Kristo, Eftychia Stefanou, Savina Yannatou, Chryssi Vidalaki
Mise en scène de Mario Banushi
Scénographie et costumes – Sotiris Melanos
Composition musicale – Jeph Vanger
Lumière – Eliza Alexandropoulou
Aide à la dramaturgie – Aspasia-Maria Alexiou
Improvisation vocale – Savina Yannatou
Direction technique – Giorgos Antonopoulos
Assistanat à la direction – Sofia Antoniou
Assistanat costumes – Vassiana Skopetea
Conception des éclairages en tournée – Marietta Pavlaki
Régie son – Kostas Chaidos

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.