La scène se transforme en piste de cirque autour de laquelle sont disposées des cymbales, des piles d’assiettes, d’étranges tiges et un portant où sont accrochés quelques costumes. Au centre, une caisse claire. Dans les airs, une boule de démolition en céramique blanche mate semble guetter chaque mouvement. Julian Vogel entre avec décontraction, se change à vue, enfile ses habits de lumière. Le show peut commencer.
Baguettes en main, il s’installe sur un tabouret et frappe l’instrument. Le rythme démarre doucement puis s’emballe jusqu’à la frénésie. La vitesse et la virtuosité prennent le dessus. L’artiste suisse pousse toujours plus loin, jusqu’au bord du vertige.
Dévorer la piste

Jongleur, musicien et funambule à la fois, Julian Vogel dévore littéralement le plateau. Le rythme dans la peau, il enfourche un vélo qui se désarticule sous ses mouvements. À mesure qu’il tourne, la boule blanche suspendue au-dessus prend de la vitesse. Une course-poursuite s’amorce, jusqu’à la chute annoncée. À terre, mais jamais à l’arrêt, il se relève, se débat comme un beau diable aux cheveux peroxydés.
D’un numéro à l’autre, il change un élément de son costume de scène. Un pantalon argenté, un débardeur à paillettes, un short doré. Chaque costume est une manière de changer de peau, de se renouveler tout en gardant un seul objectif, faire le show.
Nouvelle pirouette. Il chausse ses rollers et file sur la piste pour un derby. Il attrape au vol et dépose des cymbales sur sa trajectoire, puis en tire des sons tout en slalomant entre elles. Le plateau devient une partition mouvante qu’il compose en direct.
Le risque comme matière première
Après avoir joué avec des diabolos en céramique dans China Series, Julian Vogel, avec la complicité de Ronan Muller, pousse, dans ce deuxième seul en scène, encore plus loin son hybridation des arts plastiques et de la performance. Il s’empare des codes du cirque pour les tordre à sa manière. Roulements de tambour, applaudissements enregistrés, loops de batterie. Il bâtit une performance hypnotique, joue avec la fragilité de la céramique, la conduit au bord de la casse. Le chaos se rapproche à vue d’œil.
Ciselée par les lumières de Noémie Hajosi, l’épreuve finale vire au numéro d’équilibriste fou. Courant contre-la-montre et la boule de démolition lancée à vive allure, il fait tournoyer l’une après l’autre cinq porcelaines chinoises sur de fines tiges. Il les relance sans cesse, sans laisser le temps au mouvement de mourir. La casse est inévitable. Il relance encore et encore, change d’assiettes dès que l’une s’écrase au sol dans un joyeux fracas. Un petit mécanisme vient prendre le relais de son intervention manuelle pour prolonger la rotation. Julian Vogel tente par tous les moyens de retarder la fin annoncée. Le public suit chaque assiette du regard et espère que la magie suffira à empêcher le désastre.
Un final explosif

Pourtant, les assiettes glissent et explosent en fragments blancs. L’effort devient lutte. L’artiste court partout et puise dans sa dernière énergie. Le chaos éclate enfin, ainsi que tout ce qui est friable. L et la scène se couvre de porcelaine brisée. L’épuisement s’installe dans le corps et le décor.
Julian Vogel signe une performance hors norme. Tout y reste tendu entre précision et catastrophe, maîtrise et folie. Ce cirque de céramique prend l’éphémère comme matériau et le transforme en beauté brute. On ressort avec le cœur battant, la sensation d’avoir vu un artiste flirter sans relâche avec la chute.
Céramic Circus de Julian Vogel
Spectacle créé le 2 octobre 2024 aux Subs de Lyon
Durée 55 min environ
Tournée
11 & 12 décembre 2025 au Sirque, pôle national cirque de Nexon
2 au 9 février 2026 au Cirque-Théâtre Elbeuf, dans le cadre du festival Spring
20 & 21 mars 2026 au Plus petit cirque du monde, Bagneux
6 au 9 mai 2026 à La Comédie de Genève
Dates passées
27 novembre au 6 décembre 2025 au Théâtre Silvia Monfort
Avec Julian Vogel
Écriture et mise en scène de Roman Müller & Julian Vogel
Création sonore de Julian Vogel
Mixing, mastering de Raphael Fluri
Construction de Julian Vogel & Vincent Loubert
Création lumière de Noémie Hajosi
Régie lumière – Noémie Hajosi, Clara Boulis Valence & Elena Kowlessur
Régie son – Patrick Chazal, Luis Da Sylva