Il déboule sur la scène de poche du théâtre la Flèche, un peu tremblant dans son maillot de bain noir. « J’ai 9 ans et demi et je rentre à l’École de danse de l’Opéra national de Paris », lance-t-il tout fiérot. Taux de masse osseuse, longueur des tendons, poids, taille, sa silhouette est passée au crible par un membre du corps médical. Avec une économie de moyens, Hugo Collin parvient à nous embarquer très vite dans son univers et nous donne à voir ce petit garçon la tête pleine de rêves.
La mémoire prend corps

Dans son premier seul-en-scène, très autobiographique, le comédien mêle souvenirs personnels et anecdotes glanées au cours de ses années passées à l’école de danse située à Nanterre. La découverte de l’internat, le mot cassant de « bienvenue » de la directrice, les premiers exercices à la barre, les codes de cet établissement singulier où il découvre que les petits rats doivent exécuter une brève révérence dès qu’ils croisent un professeur ou un adulte dans les couloirs.
La mémoire prend corps. Tour à tour acteur et danseur, Hugo Collin fait remonter les souvenirs à la surface en campant tous les protagonistes avec un potentiel comique, mais aussi un vrai talent pour nous émouvoir. Il revisite, avec un léger décalage, tous ces mouvements répétés, ces sourires contraints, ce travail acharné, cette pression imposée à de jeunes enfants, ces douleurs qu’on apprend à taire.
La mise en scène de Veig Bassili reste volontairement dépouillée, mais elle se permet quelques variations sensibles. Un jeu de lumière plus froid accompagne les moments d’examen, tandis que certaines séquences de danse ouvrent des brèches dans ce cadre rigide. L’une des plus marquantes vient nous cueillir : après un passage très narratif, le texte s’interrompt, et le corps se lance dans une phrase chorégraphique plus libérée, comme si quelque chose échappait enfin à la discipline.
Des expériences qui dépassent le cadre de la danse classique

Si Billy mais pas Elliot touche aisément un public non initié, c’est parce qu’il ne repose pas sur une connaissance préalable de l’univers dépeint. Au contraire, Hugo Collin prend appui sur des situations très lisibles. Entrer dans une école d’excellence, vouloir bien faire, chercher sa place dans un groupe : ces expériences dépassent largement le cadre de la danse classique. Au-delà du vocabulaire technique, on comprend immédiatement ce qui se joue dans une scène d’évaluation ou dans la crainte face à une autorité. Nul besoin d’avoir été petit rat pour reconnaître ces mécanismes : la peur de décevoir, la comparaison avec les autres, l’envie d’être à la hauteur.
Pour un public familier de la danse, le spectacle trouve une résonance particulière, quasiment de l’ordre de l’intime. Non pas parce qu’il montre la danse comme un idéal, mais parce qu’il en restitue les réalités concrètes. Le spectacle ne cherche jamais à embellir ou à mythifier la discipline. Il montre aussi ce qui est plus rarement dit : la fatigue, la frustration, l’écart entre ce qu’on voudrait faire et ce qu’on arrive réellement à produire. En ce sens, il rejoint une expérience partagée, celle d’un art exigeant, où la progression est lente, parfois ingrate, mais profondément structurante. Et ce, malgré l’échec…
La preuve : après avoir quitté le monde artistique pendant quelques années, Hugo Collin a retrouvé le chemin des planches. Tant mieux pour nous, la scène est incontestablement faite pour lui.
Billy mais pas Elliot de Hugo Collin
Théâtre La Flèche – Paris
3 avril au 5 juin 2026. Reprise du 15 au 19 septembre 2026.
Durée 1h05.
Mise en scène de Veig Bassili
Assistant mise en scène – Victor Jacon
Avec Hugo Collin
Création lumières – Aron Olah et Marc Droumaguet
Musique – Tigre Productions