La salle plonge dans l’obscurité. Le regard distingue à peine quelques colonnes dressées sur le plateau. D’une voix lointaine, juvénile, s’élève un chant traditionnel qui convoque le pays natal. Le voyage peut commencer. Sondos Belhassen et Héla Fattoumi évoquent d’abord les paysages de l’enfance, les rites et les souvenirs qui les habitent, avant de raconter leur rencontre en 1989. Dès lors, leurs parcours se croisent par intermittence jusqu’au désir, longtemps différé, de créer enfin ensemble.
Dans la pénombre, les deux artistes apparaissent d’abord dos à dos, telles un Janus contemporain. Soudées l’une à l’autre, elles pivotent lentement sur elles-mêmes et composent l’image de deux visages réunis en un seul corps. Les cheveux blancs bouclés, les silhouettes élancées et les costumes presque identiques, argent pour l’une, or pour l’autre, entretiennent le trouble. Elles en jouent bientôt avec malice en détournant la célèbre chanson des Demoiselles de Rochefort de Michel Legrand.
Côte à côte, rarement à l’unisson
Le spectacle déroule alors un dialogue où se mêlent confidences et gestes. Les deux femmes interrogent, puis miment leur rapport au corps, le temps qui passe, à l’âge et à la ménopause. Les objets deviennent les dépositaires d’une mémoire intime. Des bracelets rythment l’espace de leurs tintements tandis que des corsets colorés se métamorphosent en coiffes. Chaque image, souvent trop fugace, ouvre une nouvelle strate du récit.
Les tableaux se succèdent avec inventivité, mais demeurent souvent à l’état d’esquisse. Ils suggèrent davantage qu’ils ne développent leurs promesses. L’une des séquences les plus marquantes voit chacune revêtir un masque à l’effigie de l’autre, brouillant ainsi les identités et entretenant la confusion. Cette matière foisonnante laisse pourtant une impression d’inachèvement, comme si le spectacle cherchait encore son point d’équilibre.
Les deux interprètes investissent le plateau avec une présence indéniable et donnent corps à ces retrouvailles longtemps différées, mais leur dialogue reste encore fragile, comme retenu. Certains instants touchent juste, notamment le solo d’Héla Fattoumi et la voix grave, profonde, de Sondos Belhassen. Il manque encore ce souffle commun qui permettrait à cette conversation sensible de trouver toute son ampleur.
Envoyé spécial à Montpellier
TWAMA Paradise d’Héla Fattoumi
Agora – Studio Bagouet dans le cadre Montpellier Danse et de la Saison Méditerranée
26 au 28 juillet 2026
durée 50 min
Tournée
9 & 10 octobre 2026 à Viadanse, CCN de Belfort
21 novembre 2026 au NEUFNEUF Festival – Toulouse
21 janvier 2026 au Tangram – scène nationale – Évreux
6 & 7 février 2026 au Festival Everybody – en partenariat avec le Festival Faits d’hiver – Le Carreau du Temple – Paris
1er au 31 mars 2026 au ON MARCHE – Marrakech – Maroc
1er au 31 mars 2026 à l’Institut français de Tunis – Tunisie
16 mars 2026 à la Quinzaine de la Danse – La Filature – scène nationale – Mulhouse
Conception et chorégraphie de Héla Fattoumi
Avec Sondos Belhassen et Héla Fattoumi
Costumes et scénographie de Gwendoline Bouget
Conception musicale d’Éric Lamoureux
Morceaux utilisés – Ons (Aïchoucha) de Khalil EPI, The Key to the exit de Deena Abdelwahed, Les Jumelles d’Eykel Fattoumi…
Création lumière de Manon Bongeot
Direction technique et vidéo – Thierry Meyer
Régie son de Valentin Maugain
Documentation – Mariem Guellouz et Pauline Boivineau
Préparation vocale – Bettina Prigent



