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La solitude d’un acteur de peep show avant son entrée en scène : Une mise à nu introspective

À la Manufacture des Abbesses, Loris Freeman prête son corps aux mots de Paul Van Mulder. Dans la mise en scène épurée de Thierry Harcourt, derrière l'image offerte aux regard se révèle peu à peu la fragilité d'un homme face à la solitude et la déshumination du monde.
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Un fracas déchire le silence. Une musique électro chargée de beats sature la petite salle. Une porte claque, le noir se fait. Sous une lumière froide, quelques éléments suffisent à planter le décor sur le plateau nu. Un banc de fer à cour, à jardin un coin de loge qui, l’heure venue, se transformera en cabine de peep show. Un homme surgit, rageur, balance ses affaires. La colère est dans chacun de ses gestes. Rien ne va. Le temps qu’il fait, le monde qui grouille dehors, les gens qui ne prêtent plus attention aux autres.

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Pas un instant pour penser, juste celui de râler. Déjà, il faut travailler. Se dévêtir, ne garder qu’un boxer, enfiler un peignoir, se préparer au show et patienter jusqu’à ce que soit son tour. Ou plutôt son quart d’heure, qui revient avec la régularité d’une horloge. Dans quelques minutes, il ne sera plus qu’un objet de désir, une silhouette à reluquer, un corps livré à tous les fantasmes, des fesses rebondies, un sexe dont on attend qu’il se dresse sur commande. D’ici là, seul, il tourne en rond et se débat avec lui-même. Peu à peu, derrière cette intranquillité permanente et cette fureur qui gronde, toujours prête à déborder, les premières fissures apparaissent.

Un équilibre précaire

Des boulots, il en a connu. Beaucoup. Sans jamais tenir très longtemps. Celui-ci fait exception. Aussi étrange que cela puisse paraître, le peep-show lui apporte une stabilité qu’il n’avait jamais trouvée ailleurs. Pour le reste, tout demeure fragile. Les autres le dérangent autant qu’il les cherche. Une fois pourtant, il a cru à l’amour. Mais lorsque la relation s’est resserrée, que la vie à deux a commencé à prendre des allures d’enfermement, il est parti. Du jour au lendemain, sans un bruit, sans une explication, sans même un mot. Depuis, la solitude lui convient autant qu’elle lui pèse. Reste ce corps devenu outil de travail, qu’il entretient, façonne, expose chaque soir et dont il finit par ne plus savoir tout à fait s’il lui appartient encore.

Car derrière l’image, il voudrait simplement être vu, considéré. Pas seulement regardé, détaillé, désiré ou consommé comme une bout de viande sur un étal. Entre deux passages, le passé revient par bribes et, avec lui, les questions qui le hantent. Le poids de l’existence, les blessures, les choix qui l’ont conduit jusque-là. Quant à l’avenir, il semble se réduire à pas grand chose. Tenir, rester là, préserver ce travail coûte que coûte comme un dernier lien avec la réalité et la société. Peu à peu, la nudité n’est plus seulement physique. Elle gagne l’intime et révèle un homme qui, derrière le corps exposé, ne sait plus très bien où aller.

La grâce des interstices
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Le texte de Paul Van Mulder dépasse les murs du peep-show. À travers cet homme dont le corps est devenu une marchandise se dessine un monde d’œillères où
 l’autre n’existe pas. Loris Freeman engage dans ce rôle quelque chose de très personnel, que Thierry Harcourt choisit de laisser respirer. Sa mise en scène va à l’essentiel. Du vide, une lumière froide souvet, parfois ciselée, quelques éléments et un espace qui semble se resserrer autour du comédien. Rien ne détourne l’attention de cette présence ni des mots qui peu à peu la révèlent.

Le comédien joue tout en retenue, laissant sa propre vulnérabilité affleurer. Dans les éclats de rage, la tension devient plus palpable, mais il force alors le trait, comme si l’intensité devait passer par la puissance. Il touche davantage dans les creux, les silences, les gestes suspendus. Lorsqu’il bouge, se tord, se replie ou demeure là, presque nu, une fragilité plus profonde se révèle jusqu’au trouble. S’y devine sans doute la mémoire de son passé de danseur, d’un corps qui a connu la blessure. Les coups encaissés, les abandons, la tristesse sourde passent sans qu’il soit besoin de les nommer. Tout se lit sur son visage. C’est dans ces interstices, lorsque le jeu renonce à vouloir dire pour laisser advenir, que l’interprète bouleverse le plus.


La solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène de Paul Van Mulder
La manufacture des Abbesses
du 26 août au 10 octobre 2026
durée 1h10

Mise en scène de Thierry Harcourt assisté de Paloma Duchesne
Avec Loris Freeman
Musique originale d’Anne-Sophie Marien-Freeman & Jérémy Raux

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