Il est, parfois, des images qui ne s’oublient pas, comme cette silhouette inquiétante que l’on croit percevoir à travers le clair-obscur de la petite salle du théâtre de l’Étoile du Nord. La créature s’avance. Le fantôme est en fait un immense drap, posé sur le corps de la danseuse et chorégraphe Jeanne Alechinsky.
Au plateau, les musiciens Jacques Salamaka et Julie Appéré recréent à l’aide de platines des bruits de ville la nuit, tandis que la jeune femme exécute de lents mouvements qui rappellent un pantin désarticulé. Corps mécanique, presque (dé)possédé. C’est tout le propos de ce délicat solo de danse qui explore le corps féminin… Et la manière dont celui est sans cesse privé de lui-même.
L’hystérie, l’accouchement ?
Les références semblent parfois visibles à l’œil nu. L’hystérie, l’accouchement ? Une certitude : ces drôles de mouvements empêchés, parfois graciles ou plein de colères, nous crient l’aliénation des femmes. Comme lorsque la danseuse tourne sans fin autour d’une chaise, s’y assoit et se relève, mais ne parvient pas à s’en éloigner avant de ramper au sol, empêchée encore.
Le cheminement se fera tout de même, comme une lente libération qui opère devant nos yeux. Cette belle éclosion est accompagnée d’une somptueuse bande-son qui, curieusement, achève d’ancrer les images au fond de la rétine jusqu’à ce que le fantôme réapparaisse, affranchi.
Ghosts de Jeanne Alechinsky
Création à L’Étoile du Nord
Les 23 et 24 septembre 2025
Durée 50mn.
Chorégraphie, danse et scénographie : Jeanne Alechinsky
Création musicale et musique au plateau : Julie Appéré et Jacques Salamaka
Création lumière : Renaud Lagier
Régie lumière : Jyotiss Calvez
Machiniste : Clara Cos
Costumes : Sarah Dupont
Regard extérieur : Corinne Hadjadj