Le dramaturge, metteur en scène et comédien franco-maroco-belge explore dans ses œuvres (Djihad, Géhenne, Eden et Les tribulations d’un musulman d’ici), l’identité, la foi et le vivre-ensemble. Dans Jérusalem, il aborde, avec une grande sensibilité, un sujet brûlant qui déchire. En plongeant dans la grande Histoire et celle plus personnelle de deux aïeuls, il remonte aux origines, la Shoah et le Nakba (l’exode palestinien) de 1948.
Comme dans un conte

L’auteur démarre son spectacle par une démonstration symbolique très forte. À Jérusalem Est, une maison est au centre d’un désaccord entre le propriétaire actuel et la descendance de l’ancienne propriétaire. Après avoir perdu son procès, Shahid doit rendre les clefs à Delphine Lachance et quitter les lieux. Il est né ici. Elle vient de Montréal. Dès les premiers échanges, la colère monte. Le jeune homme s’exclame : « Vous me chassez de la maison de mes ancêtres, vous faites disparaître mon histoire et vous appelez ça de la bienveillance ? ». À quoi Delphine rétorque : « Vous inversez la situation ! C’est vous qui êtes chez moi. Cette maison est dans notre famille depuis des décennies ! ». Le dialogue est mal engagé entre eux.
Ce jour-là, on annonce qu’une éclipse solaire et une tempête magnétique sont attendues. Ce procédé permet à l’auteur de faire surgir des limbes, les âmes de Ruth Dreyfus et d’Abou Quasim AlQodsi, qui prennent possession du corps de leurs héritiers. Parce qu’ils n’avaient jamais évoqué leur passé, ils se sont rendu compte que leurs petits-enfants n’avaient plus de mémoire. Celle qui permet de comprendre et de vivre en paix.
Salam – Shalom

Ruth va raconter son enfance en Pologne, le ghetto de Varsovie, le camp de Treblinka. Mais aussi l’après, la recherche d’une terre promise et ce qui l’a poussée à en repartir. AlQodsi se souvient quand tout le monde vivait en paix en Palestine peu importait la religion, les coutumes et comment tout cela, un jour a pris fin avec le partage de la terre qui a échoué et les guerres. « Mon peuple est devenu un peuple de réfugiés partout dans le monde… Et même ici, sur notre propre terre, nous sommes devenus des réfugiés. » Delphine et Shahid vont alors se regarder et se parler autrement.
Un bel ensemble
La mise en scène est à l’épure, une pièce vide où tout peut se reconstruire. Glissant avec une belle dextérité d’un personnage à l’autre, sans tomber dans la caricature, Ismaël Saidi et Fiona Lévy (en alternance avec Inès Weill-Rochant) font vibrer ce texte magnifique.
Ismaël Saidi ne juge pas, ne cherche pas à donner raison à l’un ou à l’autre, il expose les faits. Écrite en 2022, bien avant les terribles événements qui ont réveillé la haine, la pièce prend une résonance particulière. Et on se remémore l’immense émotion ressentie lors de la poignée de main entre Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat. L’espoir faisant vivre, on veut encore y croire.
Jérusalem, texte et mise en scène d’Ismaël Saidi
Théâtre des Mathurins – Studio
Du 17 septembre au 31 décembre 2025.
Durée 1h10.
Avec Inès Weill-Rochant (en alternance avec Fiona Lévy) et Ismaël Saidi
Lumière de Sébastien Roman
Création Sonore d’Alexandre Barthelemy.