Magali Genoud © A. Lamachère
© A. Lamachère

Magali Genoud : vibrante amoureuse de son art

A l’occasion de sa belle rentrée, avec d’un côté Orgueil & Préjugés au Théâtre Saint-Georges et de l’autre le très beau spectacle d’Aïda Asgharzadeh, Le Dernier Cèdre du Liban, la comédienne revient sur son parcours et sa passion du théâtre.
5 septembre 2025
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
Ma maman tenait à nous élever, ma petite sœur et moi, par l’art sous toutes ses formes et ce dès le plus jeune âge. Hautes comme trois pommes, nous étions sur les fauteuils rouges à attendre le lever de rideau. Je dirais que ma première émotion est ce souvenir palpable du bruissement du public. Je savais que j’allais goûter à ça toute ma vie. Et ma première claque théâtrale a été Le Tartuffe mis en scène par Jacques Weber.

Le dernier cèdre du Liban - Magali Genoud - Aïda Asgharzadeh © Rubens Hazon
Avec Azeddine Benamara et Maëlis Adalle dans Le dernier cèdre du Liban d’Aïda Asgharzadeh © Rubens Hazon

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
Un déclic fort et irrémédiable. A l’âge de 14 ans, je suivais les cours de théâtre de Patrick Coubia. Je récitais un monologue de Jean Tardieu, Il y avait foule au manoir, et soudain j’ai ressenti une évidence divine, je savais quel serait mon chemin. Je suis rentrée chez moi en courant, pour dire à mes parents : « Je sais ». Puis j’ai épousé le théâtre comme on entre en religion…


Pourquoi ce métier ? 

Adolescente, j’étais en proie à des émotions exacerbées voir handicapantes. Je manquais d’air. Ma petite sœur, quant à elle, suivait une formation militaire de danseuse classique. Je sentais que mon chemin avait un lien avec l’odeur de laque que je humais quand je l’accompagnais, mais la voie de la danse était donc déjà prise, et j’avais besoin de m’exprimer aussi par les mots. Ma maman, cette héroïne, a eu l’idée brillante de m’inscrire aux cours de théâtre de Patrick Coubia. Le théâtre s’est présenté à moi comme une perfection d’expression. Je m’y suis rencontrée et je continue de me rencontrer en permanence au gré des personnages que la vie m’offre.

Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé. Une anecdote marquante ?
A l’âge de 16 ans, j’ai participé pendant 1 an à un stage donné par Monsieur André Steiger. Il m’a permis de balbutier le rôle de Done Elvire dans Dom Juan sur les planches du Théâtre Antoine Riboud à Evian. Un jour, en arrivant au théâtre, je vois mon nom sur une porte de loge. Une loge rien qu’à moi. J’étais si fière…

Passions et inspirations
Orgueil et préjugés - McArthur - Boyé © Fabienne Rappeneau
Avec Emmanuelle Bougerol, Lucie Brunet, dans Orgueil et préjugés, mis en scène par Johanna Boyé © Fabienne Rappeneau

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
J’ai vraiment essayé de me plier à l’exercice mais il m’est impossible de graduer mes coups de cœur. En fermant les yeux, je peux citer des rôles intenses comme : Anna dans Le dernier cèdre du Liban (mise en scène Nikola Carton), Nina dans La mouette (mise en scène Jean Bellorini), Roxane dans Cyrano de Bergerac (mise en scène Anthony Magnier) et Thelma dans La chambre des merveilles (mise en scène Jean-Philippe Daguerre).

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
Je peux citer des équipes dingues comme le gang de la Compagnie Viva ou le girl’s band d’Orgueil & Préjugés ou presque (mise en scène Johanna Boyé).

Je peux citer des spectacles comme Le porteur d’histoire d’Alexis Michalik parce que c’était fou… Et Ivres (mise en scène Ambre Kahan) parce que j’y étais en robe de bal couverte de boue au milieu d’une patinoire. Et enfin je peux citer ma rencontre marquante avec Franck Berthier dont, petite, j’admirais le travail (Ankinéa Théâtre) et pour qui j’avais payé, avec mon argent de poche, une carte d’abonnée à l’Espace Maurice Novarina.

Où puisez-vous votre énergie créative ?
Dans mon enfance, dans mes vies antérieures, dans les épreuves, dans les petits plaisirs, dans mon éducation axée sur l’art, le sport et la discipline. En fait à chaque inspiration…

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Je défends le théâtre avec l’âme d’une mercenaire. Si je ne joue pas, je flétris. Jouer n’est pas un métier mais une nécessité pour moi qui me permet de vibrer, de flirter avec des zones d’inconfort et de pérenniser un art ancestral.

L’art et le corps
La chambre des merveilles © Frédérique Toulet
Avec Marie-Christine Letort dans La chambre des merveilles, adapté et mis en scène par Jean-Philippe Daguerre © Frédérique Toulet

Que représente la scène pour vous ?
Un refuge, une terre d’accueil où mon être peut s’exprimer librement en totale impudeur. Pour certains, c’est un lieu de dangers, pour moi un abri. L’odeur, l’esthétisme des théâtres, la beauté des textes majeurs, le vibratoire, tout participe à élever, apaiser ou interroger ce monde crotté.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Physiquement, je ressens un manque dès lors qu’une pause m’est imposée. Comme un sportif condamné à s’entraîner sous peine de douleurs. Et concernant le désir… Je pense que c’est clair… En permanence.

Rêves et projets

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Sans réfléchir, Eric Ruff, Jean-Pierre Jeunet, Meryl Streep, Tim Burton, Daniel Day-Lewis, Marina Hands, Alex Lutz, Thomas Jolly, Monica Budde, Cédric Chapuis, Dominique Blanc, Thierry Hancisse, Kenneth Branagh et Natacha Régnier. Et j’en oublie mille…

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Si vraiment tout était possible, je rêverais de :
– Jouer avec le Munstrum Théâtre sur la scène de la Comédie-Française.
– Incarner Titania dans Le songe d’une nuit d’été au Globe Théâtre.
– Tourner dans un film de cape et d’épée dans lequel je serais une femme de peu de mots mais toujours à cheval et avec une épée.
– Mettre en scène une adaptation musicale de La Folle de Chaillot pour la Cour d’honneur du Palais des Papes.
– Posséder un arrondissement entier de Paris. Il y aurait un théâtre par rue. J’y ferai jouer tous les metteurs en scène et artistes avec qui j’ai aimé créer. Le mot « bankable » serait banni. Il n’y aurait aucune tête d’affiche payée un pont d’or, uniquement des artisans doués.

Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
Une aquarelle de ma maman. N’importe laquelle, tant elle y est libre.


Le dernier cèdre du Liban d’Aïda Asgharzadeh
Théâtre de l’Œuvre
Du 11 septembre 2025 au 12 avril 2026
Durée 1h25

Orgueil et préjugés ou presqued’Isobel McArthur, librement inspiré du roman de Jane Austen
Spectacle créé en février 2025
Théâtre Saint-Georges
Reprise du 26 août au 28 décembre 2025
durée 1h30
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