Dans un espace délimité, à jardin par des panneaux gris métal, à cour par une cage de verre et au fond par un miroir fumé, Emmanuel Eggermont donne à attendre autant qu’à voir les aspirations d’une jeunesse en quête de repères dans un monde troublé. Fidèle à son minimalisme, il esquisse des gestes, des bribes de pas qui interrogent et déroutent. Rien de linéaire, mais des pistes à explorer, des chemins à peine tracés.
Apparitions et disparitions

D’abord, le silence. Puis quelques notes électro résonnent dans un espace vide. Le temps demeure suspendu. Surgit alors une silhouette longiligne, tout de noir vêtue, cagoulée, qui traverse l’espace. Les gestes, tout juste soulignés, sont d’une précision implacable. Les bras fendent l’air, les mains virevoltent, dessinent des signes avant de s’évanouir. Accroupi ou debout, le danseur déplace les dalles grises posées au sol, module et modifie son terrain de jeu, puis disparaît comme il est venu. Toute la pièce repose sur ce mouvement d’apparition-disparition, sur l’alternance du vide et de l’habité.
En cela, le spectacle se pose en contrepoint radical à F*ckin future, la pièce de Marco da Silva Ferreira. Là où celui-ci exaltait la puissance du groupe et l’énergie explosive, Eggermont choisit le silence, le retrait, la fragmentation.
Portrait sensible d’une génération
Né d’une succession de rencontres avec des jeunes croisés à Lyon comme ailleurs, le spectacle ne cherche pas à composer un tableau éclaté mais à rassembler une mosaïque de traces – poèmes, images, films, graffitis. Assemblés en un ensemble volontairement hétéroclite, ces fragments esquissent le portrait en creux d’une génération et offrent une cartographie sensible et poétique des 18-25 ans d’aujourd’hui. Le résultat, à la fois visuel et chorégraphique, joue de l’entrelacement des images, des sons et du corps de l’artiste qui sert de vecteur.
Avec la complicité de Julien Lépreux (musique, en collaboration avec Leisurely T) et de Paolo Morvan (scénographie), Emmanuel Eggermont magnétise l’espace dès qu’il se met en mouvement. Sa gestuelle, précise et hypnotique, confère une aura poétique à ce patchwork parfois trop cérébral. Car si le projet, ambitieux et généreux, veut faire entendre la voix de la jeunesse, on reste parfois à distance, happé par un propos philosophique qui prend le pas sur la physicalité.
Visage souvent dans la pénombre, Emmanuel Eggermont ne cherche pas à s’imposer, mais à mettre en lumière l’élan artistique d’une jeunesse face à son futur hostile. Et si c’était dans cet espoir d’une beauté toujours renouvelée que résidait, comme le croit le chorégraphe, la possibilité de sauver encore le monde ?
Open my chest and place our tomorrows inside d’Emmanuel Eggermont
Performance dansée pour 1 interprète avec la participation d’une artiste invitée, de deux musiciens et d’un scénographe – 2025
Théâtre du Point du Jour en partenariat avec la Biennale de la Danse
Les 19 et 20 octobre 2025
Durée 1h
Tournée
13 et 14 octobre 2025 à La Comédie de Clermont, Clermont-Ferrand, dans le cadre de La Biennale de la Danse
Concept, chorégraphie et interprétation – Emmanuel Eggermont
Collaboration artistique – Jihyé Jung
Musique originale de Julien Lepreux x Leisurely T Dispositif Scénographique de Paolo Morvan x Emmanuel Eggermont
Artiste invitée – Noémie Defossez
Lumière de Paolo Morvan