Il existe autant de voies pour se reconstruire que de raisons qui nous poussent à le faire. Avec cette pièce qu’elle écrit et met en scène, Marie Provence creuse dans l’un des maux les plus profonds de notre société moderne : celui du mal-être sur lequel, enfin, des mots peuvent être posés. En provoquant la rencontre de trois personnages, que rien ne relie en apparence, elle signe avec La Stupéfaction une fable encore timide sur la fragilité humaine.
Chronique contemporaine

Difficile de ne pas s’identifier au moins à l’une des trois figures qui habitent le plateau. Mathilde (Christelle Saez) fait littéralement le deuil d’une relation amoureuse régie par l’emprise et la toxicité. Fred (Leslie Granger) essaie tant bien que mal de surmonter son burn-out. Peter (Florent Cheippe), lui, réapprend à vivre après avoir réchappé d’un AVC. Réunis dans un lieu sans identité et probablement loin de tout, ils se retrouvent plongés dans une zone floue, là où seule la dramaturgie peut leur offrir un destin commun.
Avec une scénographie épurée qui sépare les espaces par la symbolique, Claudine Bertomeu propose un plateau à géographie variable. Intérieur et extérieur se confondent avec beaucoup de porosité. Dans l’imagination, la scène devient à la fois forêt, salle de classe ou bureau de consultant. À travers cette flexibilité, soutenue par les lumières pop et ombres portées de Sébian Falk, et par la création sonore de Sylvain Montagnon et Grégory Marongio, Marie Provence convoque la tragédie du quotidien comme une chronique contemporaine.
Le dur chemin de la reconstruction
Dans ce qui finit par ressembler à une thérapie de groupe en autonomie, l’autrice et metteuse en scène peine toutefois à dépasser l’anecdote. Les registres, qui oscillent entre l’intime et l’humour sans jamais se fixer, ont tendance à brouiller une lecture approfondie du propos. Et dans sa volonté de se tenir à l’écart des injonctions sociales au bonheur, l’artiste semble avoir opté pour une solution en autarcie. Sous son écriture, ce sont la parodie et le cliché qui semblent mener à la reconstruction.
Comme enfermés dans cette bulle hermétique et distante, les trois personnages atteignent difficilement l’universel. D’une saynète à l’autre, les relations qui les lient s’esquissent sans s’affirmer. La Stupéfaction devient alors une traversée personnelle pour chacun d’entre eux. L’interprétation, sur la retenue en ce soir de première, hésite à créer un lien avec la salle. Quelques extraits, soutenus par un jeu plus précis, parviennent tout de même à percer, révélant avec soulagement une belle et profonde fragilité humaine. À croire qu’au théâtre non plus, il n’existe pas de solution miracle à ces maux très contemporains.
La Stupéfaction de Marie Provence
Théâtre Joliette, en partenariat avec le Théâtre La Criée – Marseille
Du 4 au 8 novembre 2025
Durée 1h30.
Tournée
30, 31 janvier et 1er février 2026 au Théâtre du Balcon dans le cadre de Fest’hiver, Avignon.
Écriture & mise en scène : Marie Provence
Comédiens : Christelle Saez, Leslie Granger et Florent Cheippe
Dramaturge première période : Thomas Pondevie
Dramaturge seconde période : Pierre Chevallier
Assistante à la mise en scène : Florine Mullard
Création lumière : Sébian Falk
Scénographie : Claudine Bertomeu
Création sonore : Sylvain Montagnon et Grégory Marongio
Costumière plasticienne : Virginie Breger