À son apparition, Bérengère Warluzel porte avec elle une image bien loin de celle attendue. Une lumière rouge qui dessine sa silhouette en fond de scène, un micro à la main pour amplifier sa voix, la comédienne n’en est pas encore tout à fait à interpréter le personnage de Maria Montessori. Ce qui l’anime pour l’heure, c’est l’histoire de Cronos dévorant ses enfants par crainte de se faire détrôner.
Que vient faire, dans cet espace à peine occupé par un landau et un bureau, cet écho à La Divine Comédie de Dante ? Il faudra, pour le comprendre, pousser plus loin la rencontre avec cette femme dont le nom a traversé les siècles. Pour son adaptation de l’œuvre de Montessori, la comédienne ne considère rien pour acquis, et certainement pas le peu de connaissance que nous en avons à travers une lecture dévoyée de son approche éducative.
Portrait de femme

Son récit est avant tout celui d’une femme qui, malgré les obstacles et les injonctions au renoncement, fut la première en Italie à être auréolée du titre de docteur. Féministe presque malgré elle, elle est toutefois mise à l’écart d’une grande partie des domaines de la médecine et se tourne vers la psychiatrie. C’est le point de départ d’une vie entière dédiée au développement des enfants, dans une approche pédagogique qui, à l’aube du XXe siècle, fait figure de véritable révolution.
Les enfants qui finiront par peupler la vie de Maria Montessori habitent progressivement le plateau. Suggérés par des manteaux, des tables ou des outils pédagogiques, ils constituent peu à peu l’une de ces salles de classes qu’abritent, dans son héritage direct, les Maisons des Enfants. Au milieu de ces présences, Bérengère Warluzel semble pourtant bien seule.
Carrière et liberté
Au fil des années vient bel et bien la reconnaissance de son travail. Sa parole et sa méthodologie traversent les frontières du monde. Mais quelque part plane toujours l’absence de son fils, né hors mariage, qu’elle a dû abandonner pour se conformer aux mœurs de la société italienne, avant de le retrouver des années plus tard. Elle bâtira alors avec lui une relation fusionnelle, tant dans l’intime que dans la sphère professionnelle.
Toujours est-il que cet épisode, qui lui aura donné l’habitude de s’habiller du noir du deuil sous sa blouse de médecin, est aussi l’expression de la liberté qui la caractérise. Cette indépendance est aussi celle qui permet à Maria Montessori de s’éloigner de Mussolini, lorsqu’elle comprend que celui-ci voit chez les enfants des adultes miniatures, des êtres que l’on peut modeler à l’envi sans jamais les considérer.
Une empreinte

Or c’est précisément contre cette pensée qu’elle a toujours travaillée. Pour elle, l’erreur est de croire que La Divine Comédie est hors de portée d’un enfant. Après tout, quel risque y a-t-il à leur jouer les vers de Dante, s’ils les réclament ensuite d’eux-mêmes ?
Comme Montessori laissait aux enfants le soin de s’emparer des outils qu’elle laissait à leur disposition, Bérengère Warluzel et Charles Berling parsèment cette pièce d’éléments qui composent peu à peu le portrait d’une femme sensible, dont l’empreinte a marqué durablement la psychologie de l’enfant à travers le monde.
Montessori d’après Maria Montessori
Chateauvallon-Liberté Scène nationale – Toulon
Du 12 au 20 novembre 2025
Durée 1h + rencontre
Tournée en construction
Mise en scène, décor et lumières : Charles Berling
Adaptation et interprétation : Bérengère Warluzel
Dramaturgie et collaboration artistique : Amélie Wendling
Création sonore et visuelle : Vincent Berenger