Temps fort Musset - Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée - Éric Vigner © JM Ducasse
Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée © JM Ducasse

Temps fort Musset : Éric Vigner secoue l’enfant terrible du romantisme

Au Théâtre 14, dans un parti pris esthétique et dramaturgique parfois déroutant mais marquant, Éric Vigner, metteur en scène et directeur artistique du Centre de Recherche et de Création Théâtrale de Pau, présente Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.
27 novembre 2025
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Pour ce temps fort, Éric Vigner a choisi deux pièces attachées au genre dramatique qu’affectionnait Alfred de Musset, le proverbe. Joués dans les salons, les spectateurs devaient deviner le proverbe qui avait servi au canevas de la pièce. Il ne faut jurer de rien rappelle qu’il ne faut jamais être trop sûr de soi, puisque tout peut changer. Et pour Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, qu’il faut prendre un parti et se déterminer d’une manière ou d’une autre.

Deux périodes, un même combat
Temps fort Musset - Il ne faut jurer de rien - Éric Vigner © Gwendal Le Flem
Il ne faut jurer de rien © Gwendal Le Flem

Écrites l’une en 1836 et l’autre en 1845, elles ont été toutes les deux jouées la première fois en 1848. Si toutes les deux ont en commun cette célébration de l’amour et du combat pour y parvenir, la première traite de la jeunesse et de ses certitudes mises à l’épreuve. La seconde remet en cause les rituels du jeu de la séduction. Dans ces deux pièces, tout comme dans On ne badine pas avec l’amour, qui les précédait, Musset, loin de tout romantisme, développe sa vision de l’inconstance du sentiment amoureux.

Une scénographie commune

Éric Vigner, qui a suivi, en parallèle de sa formation dramatique, des études d’art plastique, possède un bel univers esthétique. De la façon dont il aborde l’espace, le plateau vide, les panneaux mouvants, les mouvements des acteurs, les lumières rappelant l’ombre de Bob Wilson, se dégage la forte identité du metteur en scène. Les images produites sont aussi admirables qu’insolites.

Les costumes sont de toute beauté. Ils sont chatoyants et s’appuient sur une imagerie du XVIIe siècle pour Il ne faut jurer de rien (œuvre de Jatin Malik Couture), et plus sombres et shakespeariens pour Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée (ouvrage collectif de Claude Chestier, Pascale Robin, Fanny Broust). Le Comte apparaît déguisé en Hamlet et la Marquise semble sortie d’un spectacle d’Alfredo Arias.

La belle jeunesse
Temps fort Musset - Il ne faut jurer de rien - Éric Vigner © Gwendal Le Flem
Il ne faut jurer de rien © Gwendal Le Flem

Il ne faut jurer de rien a été créé en janvier 2025 au TNB de Rennes, avec les élèves de la 11e promotion de son école. Cela donne à ce travail la belle saveur d’y découvrir des artistes à l’avenir très prometteur.

Dans ce que l’on appelle des rôles de composition, Paolo Malassis (le négociant Van Buck) et Esther Lefranc (la Baronne de Menthes) nous ont charmés par leur puissance comique et la subtilité de leurs interprétations. Slamant la langue de Musset, Nathan Moreira donne au personnage du désinvolte Valentin des accents de rage touchants. En jeune fille, pas du tout modèle, portant encore les stigmates de l’enfance, l’épatante Esther Armengol est une adorable Cécile. Stéphane Delile (L’abbé) et Lucille Oscar Camus (divers rôles) sont parfaits.

Si le parti du jeu en distanciation peut parfois agacer, les interprètes enchantent par leur fraîcheur et cette gourmandise du plateau. À la scène finale, ils chantent magnifiquement L’heure exquise de La Veuve Joyeuse d’Offenbach, pour nous raconter que Valentin, malgré toutes ses manigances, aura toutes les chances de finir cocu.

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée
Temps fort Musset - Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée - Éric Vigner © JM Ducasse
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée © JM Ducasse

Créé en 2024, le spectacle est bien rodé. Cette pièce en un acte est une joute entre un comte et une marquise. Amoureux, il vient chez elle, comme tous les jours. Mais ce soir, il voudrait bien lui faire l’aveu de son amour. Elle le repousse, trouvant son discours bien trop banal. Dans ce dialogue savoureux, Musset badine avec la comédie.

En bon connaisseur de Roland Dubillard, Éric Vigner transpose le mouvement en théâtre de l’absurde. Cela surprend d’entendre Musset ainsi. Est-ce que cela marche ? Même si cela résonne parfois dans les propos de la Marquise, ce choix tirant trop sur le décalage, l’esprit de l’auteur disparaît. N’ayant pas peur de tirer le trait trop loin, Thibault de Montalembert et Christèle Tual incarnent néanmoins ces deux précieux ridicules avec beaucoup de talent.


Temps fort Musset
Théâtre 14 – Paris
Du 13 novembre au 20 décembre 2025.

Il ne faut jurer de rien, d’Alfred de Musset
Mise en scène Éric Vigner
Avec Esther Armengol, Lucille Oscar Camus, Stéphane Delile, Esther Lefranc, Paolo Malassis, Nathan Moreira
Collaboration artistique Jutta Johanna Weiss
Assistanat à la mise en scène Émilie Lacoste
Scénographie Éric Vigner
Maquillage-coiffures Anne Binois
Son John Kaced
Lumières Nicolas Bazoge
Costumes Jatin Malik Couture
Régie générale Michel Bertrand
Régie lumière Manon Pesquet.
Durée 1h30.

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, d’Alfred de Musset
Mise en scène Éric Vigner
Avec Christèle Tual et Thibault de Montalembert
Collaboration artistique Jutta Johanna Weiss
Assistanat à la mise en scène Émilie Lacoste
Scénographie Éric Vigner
Lumières Nicolas Bazoge
Son John Kaced
Costumes Claude Chestier, Pascale Robin, Fanny Brouste
Maquillage-coiffures Anne Binois.

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