Nichée au cœur de la Flandre occidentale, Courtrai séduit par sa douceur et son énergie discrète. Restaurants, musées, boutiques, Grand-Place et béguinage composent un décor à taille humaine où il fait bon flâner, à une demi-heure de Lille. C’est dans l’un de ses joyaux, l’Abby Kortrijk, que nasa4nasa installe sham3dan.
Dans cet écrin où l’ancien dialogue avec le contemporain, au bout d’un couloir aseptisé, une salle tout en longueur se déploie, immaculée, enclose de rideaux blancs. Un gradin et des coussins noirs au sol d’un côté, sept chandeliers clinquants de l’autre. Vestiges d’un autre temps ou promesses d’un renouveau ? Tout semble prêt pour un rituel d’un autre ordre plastique, chorégraphique, spirituel.
Swing from the chandelier

Le son s’élève, d’abord quelques claquements, puis un vrombissement obsédant imaginé par Ismail Hosny. Les sept danseur·ses avancent en file indienne, saisissent chacun un chandelier et le déposent sur leur tête. L’objet de décoration devient à la fois couronne, fardeau et talisman. Il incarne la lumière, mais aussi le poids du monde.
Une fois ainsi harnachés, les corps s’éveillent lentement, presque imperceptiblement. Chacun cherche sa pulsation, sa respiration, d’abord en dissonance, puis peu à peu les gestes s’unissent, se fondent, se synchronisent. Tout devient suspendu, millimétré. Le temps s’étire. Puis soudain, un bras, une main, jusqu’alors collés le long du corps, semblent s’animer. L’une des danseuses esquisse des volutes qui rappellent la danse du ventre. La vie reprend ses droits, l’espace d’un instant. Éphémère éclat, aussitôt les corps s’effondrent. Au moment où les individualités réapparaissent, la norme perd sa prépondérance. Tout s’interrompt, laissant l’avenir en suspens.
Avec sham3dan, Noura Seif Hassanein et Salma Abdel Salam revisitent la danse shamadan, cet art ancestral où l’on équilibre des candélabres sur la tête pour célébrer l’illumination. Elles en détournent la solennité pour interroger le poids du collectif, la tension entre fusion et effondrement. Sous une apparente lenteur, une insoumission gronde. Tout se joue dans le détail, dans ce minimalisme vibrant où s’exprime une révolte sourde et féminine.
Jam session chorégraphique

De l’autre côté de la Lys, au Budascoop, dirigée par Mathilde Villeneuve, Alma Söderberg entraîne le public dans une tout autre cérémonie. Infinétude – mot-valise inventé entre infini et étude – se vit comme un laboratoire du mouvement et du son. Six interprètes y improvisent une polyphonie vivante où le corps devient instrument et la scène, partition.
Tout commence par des frottements, des souffles, des bruits de bouche. Peu à peu, la pulsation s’organise. Les gestes répondent aux voix, les voix épousent les rythmes, le tout s’élève en une sorte de bœuf chorégraphique. Le flamenco s’y glisse par ses syncopes, le jazz par son goût du déséquilibre. La danse s’écrit à vue, au gré des vibrations partagées.
Infinétude n’a rien d’une pièce au sens classique et ne cherche pas l’innovation pour elle-même. Elle s’affirme plutôt comme une étude sensible où la raison et l’émotion se frôlent sans jamais se repousser. Chaque geste, chaque son nourrit la transe. L’ensemble respire comme une cérémonie contemporaine, à la fois communicative et hypnotique.
Dans cette écoute partagée, Alma Söderberg explore la liberté du corps pensant. Face à un monde saturé de discours et d’images, elle choisit le silence vibrant du mouvement, la justesse du souffle, la simplicité du lien.
Envoyé spécial à Courtrai
NEXT Festival
du 8 au 29 novembre 2025
sham3dan de nasa4nasa
11 & 12 novembre 2025 au Abby Muséum, Courtrai
Durée 30 min environ
Création, direction et chorégraphie de nasa4nasa
Créé en collaboration avec : Dalia El Abd, Hend El Balouty, Mona Gamil, Momen Nabil, Nagham Salah, Shaymaa Shoukry, Hanin Tarek
Musique d’Ismail Hosny
Stylisme d’Ahmed Sorour
Infinétude d’Alma Söderberg
11 & 12 novembre 2025
Budascoop, Courtrai
Tournée
2 au 4 décembre 2025 à l’Atelier de Paris/CDCN dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
Chorégraphie : Alma Söderberg
Durée 70 min environ
Avec et par Anja Müller, Roger Sala Reyner, Alen Nsambu, Eliott Marmouset, Anna Fitoussi, Alma Söderberg
Dramaturgie d’Igor Dobričić
Conception lumière et direction technique : Sandra Liscano
Costumes de Behnaz Aram
Scénographie de Pol Matthé