Si loin si proche - Abdelwaheb Sefsaf © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Si loin si proche : Le magnifique conte d’un Nomade In France

Abdelwaheb Sefsaf, qui dirige depuis 2023 le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, reprend son magnifique spectacle autour de la question identitaire et de l’irréalisable retour aux sources.
9 novembre 2025
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C’est un jeudi après-midi, lors d’une matinée destinée aux scolaires, que nous avons assisté à Si loin si proche. Le public était formé par ce qui constitue notre société, à savoir un beau mélange de générations, de classes (scolaire et sociale) et d’origines. Les mots de ce formidable passeur d’histoires qu’est Abdelwaheb Sefsaf, portés par les musiques et chants du groupe Aligator, ont alors retenti dans toute leur puissance.

Un esthétisme brillant
Si loin si proche - Abdelwaheb Sefsaf © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

La scénographie de Saouad Sefsaf faite de stèles, dans une lumière crépusculaire, impressionne par sa beauté. Des mots sont écrits en arabe, un poème, Le Mort n°18 du poète Mahmoud Darwitch. Avec l’évocation de ce cimetière musulman, Abdelwaheb Sefsaf raconte le poids du passé et cette nécessité de ne pas oublier les ancêtres. C’est souvent dans leurs histoires que se forge la nôtre. Le premier chant nous parvient, « Nous sommes le destin, qui s’écrit par nos chairs blessées. »

Et le ton change. Les stèles deviennent alors des bouts de décors colorés, représentant l’intérieur d’un appartement. Des valises envahissent le plateau. La vie a pris le dessus, celle d’une famille fort nombreuse, dans laquelle Abdelwaheb Sefsaf occupe le huitième rang. Les souvenirs de son enfance sont délectables. On est dans du Pagnol patiné par du Fellag. Chez les Sefsaf, il y avait de l’ambiance.

La maison de ma mère

D’un côté, il y a le quotidien d’une mère poule et de ses poussins qui n’en manquent pas une pour la faire sortir de ses gonds. Et cette maman a la main leste pour que cela file droit, à la maison comme dehors. L’histoire du martinet, auquel on coupe les lanières, réveille chez certains des souvenirs communs. Ces petites anecdotes dessinent en réalité le portrait d’une mère courage, qui a tout fait pour que ses enfants se tracent un bel avenir dans ce pays qui n’était pas le sien.

La gloire de mon père
Si loin si proche - Abdelwaheb Sefsaf © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

De l’autre, il y a le père, Arezki. Comme bien de ses compatriotes, il a quitté l’Algérie pour venir travailler en France, qui avait besoin de bras. La crise de 1974 a changé la donne. Dans les années 1980, après une vingtaine d’années passées en France, l’État les a poussés à réfléchir à un éventuel retour au pays. C’est pour construire sa maison de l’autre côté de la Méditerranée, qu’Arezki travaille sans relâche. « La maison, c’est pas pour moi, c’est pour vous ». Mais, voilà, ce sont à ses enfants, nés et grandissant en France, à qui il s’adresse. Saura-t-il, ce « vous », trouver sa place dans cette maison, sur une terre un peu étrangère pour eux ?

Une tentative de retour manquée

Le grand frère tentera cet exil dans l’autre sens en s’installant à Alger. C’était presque gagné, lorsqu’il y trouve la femme de sa vie et se marie. Le périple de la famille en voiture, de la France à l’Algérie, est un petit chef-d’œuvre.

Cette histoire est celle de nombreuses familles maghrébines. Mais elle est aussi celle de toutes les migrations, avec cet espoir de rentrer un jour au pays. Comment faire quand on possède un pied dans une culture, celle de ses parents, et un autre dans celle du pays où l’on vit ? Comment se confronter à la réalité d’un pays qui n’est plus le sien ? Se sentir étranger partout ? Ou tout simplement différent, et d’en faire une force.

Une épopée fantastique

Abdelwaheb Sefsaf mène son récit aux multiples facettes avec une éloquence rare et un bagout extraordinaire. Accompagné par les musiciens Quentin Allemand et Malik Richeux, il le chante merveilleusement aussi. Et même si on regrette que les chansons ne soient pas surtitrées, le rythme de la musique et de la langue arabe nous emportent.


Si loin si proche, écriture et mise en scène Abdelwaheb Sefsaf
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, CDN
Du 5 au 14 novembre 2025.
Durée 1h15.

Tournée
18 décembre 2025 au Théâtre de Nîmes (30).
11 & 12 mars 2026 à la Scène Nationale de Bourg-en-Bresse (01).
17 & 18 mars 2026 au Théâtre des collines, Annecy (74).

Co-mise en scène Marion Guerrero
Musique Aligator (Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf) et Nestor Kéa.
Avec Abdelwaheb Sefsaf, les musiciens Quentin Allemand et Malik Richeux.
Direction musicale Georges Baux
Scénographie Souad Sefsaf
Lumière et vidéo Alexandre Juzdzewski
Régie son Pierrick Arnaud, Jérôme Rio.

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