L’estrade surélevée qui se devine dans la pénombre est encore nue quand Irene Tena s’en approche. Corps tendu dans son habit noir, elle ne tarde pas à l’habiter d’une chaise usée par le temps et les représentations. Comme les talons de ces chaussures, épuisés d’avoir trop claqué, que la jeune femme répare au marteau avec une certaine gravité. Sorti de terre, Albert Hernández la rejoint comme exhumant avec lui tout un pan du passé. À deux, ils s’apprêtent à convoquer le flamenco comme une pratique ancestrale depuis longtemps révolue, pour imaginer sur ses cendres un nouveau langage.
La révolution n’aura pas lieu
Un à un les symboles apparaissent, déterrés comme des reliques. Les deux anciens solistes du Ballet national espagnol ne peuvent en aucun cas renier ce qui les a construits. La tradition et l’apprentissage classique font nécessairement partie de leur vocabulaire chorégraphique. Soudain une posture, un geste, une pirouette vient le rappeler comme un souvenir. Pourtant, c’est leur liberté que cherchent Irene Tena et Albert Hernández. Conjuguant la rigueur acquise à la recherche instinctive, ils procèdent, dans NO, à la rencontre de deux univers.
Dans cette écriture qui est la leur, il y a effectivement quelque chose de l’ordre de l’étude. Contraints de s’émanciper de leur héritage, les deux corps y reviennent par vagues, comme pour mieux chercher à s’en éloigner. Mais dans un rythme indécis, les images ainsi créées tirent essentiellement vers l’attendu, manquant la révolution annoncée notamment par la présence de Derek V. Bulcke, venu jouer en direct un mix de nappes électro et d’enregistrements aux accents de flamenco. Malgré tout, NO reste d’une belle douceur pour le couple formé par les deux interprètes, lié de toute évidence par une alchimie qui pourrait faire des miracles.
NO d’Irene Tena et Albert Hernández
Création 2025 – Centro Danza Matadero Madrid
Vu à la Cité européenne du Théâtre – Domaine d’O– Montpellier
Durée 1h10.
Mise en scène, chorégraphie et interprétation Irene Tena, Albert Hernández
Conseil artistique Marcos Morau
Musique originale et composition Manuel Urbina, Derek V. Bulcke
Musique en direct Derek V. Bulcke
Conseil artistique flamenco Marco Flores
Collaboration spéciale (voix) Gabriel de la Tomasa
Création sonore Carlos Parra.
Scénographie Paula González
Création lumière : Gabriela Bianchi
Création costumes : Santamarta
Image et audiovisuel : Abgonal, Jorge Rico, Derek V. Bulcke