Sur scène, elles se déplacent, oscillant entre pesanteur et légèreté. À l’unisson, leurs corps se plient, se soutiennent, chutent puis se redressent, nouant un dialogue silencieux entre la puissance et la vulnérabilité qui émanent d’elles. On les dirait sœurs ou cousines, discrètement reliées par un fil invisible.
Porter, tenir, tomber, se relever, les trois danseuses en robes blanches en dentelles se jettent avec fougue dans ce polyptyque. Nourrie de l’héritage guadeloupéen de Jade Lada, Potomitan explore la figure de la « femme‑pilier », celle qui soutient sa famille, sa communauté. Point d’ancrage, axe central, héroïne fédératrice. Un personnage inspiré par la grand-mère de la chorégraphe.
Un écrin de sororité
Au fil de la pièce, ce trio, tour à tour femmes puissantes ou poupées désarticulées, donne à voir ce qui est souvent tu : les émotions, les luttes silencieuses, les violences subies et intériorisées, la révolte sourde, l’indocilité étouffée. Chaque geste raconte l’histoire d’une mémoire féminine, celle des grand‑mères et des mères qui, souvent dans l’ombre, transmettent un héritage fait de renoncements et d’obstacles, mais aussi d’obstination et de courage. Au cordeau, à la fois itérative et jalonnée de fulgurances, la chorégraphie est traversée de gestes puisés dans le quotidien, de gestes ancestraux intériorisés.
Dans cette atmosphère électronique-acoustique traversée de voix, de souffles et paroles étouffées, une transformation a lieu. Comme une émancipation progressive de ces corps féminins délestés de cette charge. Une joie explose, contagieuse et bienfaisante. Potomitan ne se limite pas à la performance corporelle. La pièce explore également les relations humaines et intergénérationnelles.
La scène devient un écrin de sororité, où la solidarité et le soutien mutuel s’incarnent sous nos yeux. Le spectacle prend alors une dimension plus grande qu’un hommage personnel. Il se mue en une invitation universelle à réfléchir à ce que nous portons, toutes et tous, et à la manière dont nous soutenons celles et ceux qui nous entourent. Que signifie vraiment tenir debout pour les autres ?
Rassembler des trajectoires de vie féminine
En préambule de la représentation, on a pu découvrir Après la vague, court-métrage réalisé par la documentariste Sarah Bellanger. Il revient sur le Cercle de Femmes havrais, projet né en résonance avec la création de Potomitan. La chorégraphe crée un espace d’écoute et de libération destiné à des femmes issues de différents milieux culturels et sociaux. « Rassembler des trajectoires de vie féminine autour d’un même cercle intime et protecteur » conduit à ce magnifique exemple de la danse comme outil de reconnexion à soi. Progressivement, on découvre cinq femmes peu habituées à la pratique artistique se réapproprier leurs corps et dégager une puissance émouvante. Comme en écho à celle du trio de la pièce de Jade Lada.
Envoyée spéciale au Havre
Potomitan de Jade Lada (Cie Skanda)
Les 28 et 29 novembre 2025 dans le cadre du festival Plein Phare au CCN du Havre Normandie
Durée 45 mn
Tournée
06 janvier 2026 au Théâtre Jardin de Verre à Cholet
23 janvier 2026 au Festival Trajectoires / La Danse en Fabrique (journée professionnelle) MIXT à Nantes
21 mars 2026 au Théâtre du Rond Point à Valréas
17 mai 2026 au Festival Cluny Danse
Chorégraphie Jade Lada
Danseuses Chloé Moynet, Laura Morin, Jade Lada
Création sonore Rodrigue Dubois & Jenny Galvao
Création lumière Flora Gautier
Conception costumes Ahmet Fall (Saint Louis du Sénégal)
Directrice de production et diffusion Lucie Mariotto