Jacques Weber a été l’un des premiers à jouer la pièce d’Edmond Rostand lorsqu’elle est tombée dans le domaine public en 1983, dans la mise en scène de Jérôme Savary. Un rôle qui a marqué l’histoire autant que l’acteur. Il fut tout aussi un merveilleux de Guiche dans le film de Jean-Paul Rappeneau. Son approche de l’œuvre est presque viscérale. Le comédien connaît son sujet à merveille. Et il reste depuis l’un des plus beaux Cyrano du théâtre, un art auquel il déclare sa flamme. S’inspirant du spectacle créé en 2006, cette nouvelle version, plus intime, a gagné en puissance. Tels les meilleurs crus, il a été bonifié par vingt ans d’expérience de vie.
Sa plus belle histoire d’amour…

Cyrano n’est pas qu’un nez « qui le précède en tout lieu ». C’est un hâbleur, un bretteur, un poète, un amoureux malheureux, un soldat courageux, une grande âme. Il est un héros cher à nos cœurs. Ce personnage par sa diversité de caractère représente en lui-même tout ce qui constitue un comédien. Alors, dans ce condensé de la pièce, subtilement adapté par Christine Weber qui a conservé toutes les grandes tirades de la pièce, vont aussi surgir Lear, Alceste, Dalida et Barbara, des anecdotes d’une longue et belle carrière et des réflexions sur son métier d’acteur.
Un cabaret où les mots rayonnent
Sur le plateau, un banc, un réverbère et des pigeons, comme une image du vieux Paris. Si l’atmosphère est un brin nostalgique, esthétiquement elle fonctionne merveilleusement. En toile de fond, un écran, où sont projetées d’abord l’image d’un rideau de scène puis celles d’arbres passant les saisons, sous la lumière du jour et de la nuit. Celle d’un champ de bataille illustre la scène du siège d’Arras. Ce bel écrin sert à merveille la mise en scène de Christine Weber et José-Antonio Pereira. Les passages entre le texte de Rostand et les césures intimes du grand Jacques circulent aisément.
Pour ce spectacle, pas question d’être seul en scène, il fallait un partenaire pour renvoyer les répliques, relancer une attention de jeu, briser les silences. José-Antonio Pereira, qui fut un très bel Edgar dans la mise en scène du Roi Lear de Jean-Luc Revol, incarne le répétiteur. Celui qui aide le comédien à travailler son rôle. Complice essentiel, il sera, entre autres, Le Brey, la Duègne, Christian… Jacques Weber est tour à tour lui-même, laissant exploser son rire si particulier, et ce grand cabotin de Cyrano. Passant avec panache de l’émotion à la drôlerie, il nous touche, au cœur !
Cyrano, rêver, rire, passer, de Jacques et Christine Weber
Théâtre La Pépinière – Paris
Jusqu’au 28 juin 2026
Durée 1h20
Mise en scène de Christine Weber et José-Antonio Pereira
Avec Jacques Weberet José-Antonio Pereira
Adaptation de Cyrano d’Edmond Rostand – Christine Weber
Costumes – Michel Dussarat
Son – Bernard Vallery
Lumière – Thibault Vincent
Vidéo – Nathalie Cabrol assistée de Jérémy Secco
Scénographie – Emmanuelle Favre assistée de Pauline Stern.