Orso et moi - Géraldine Martineau - Justine Heymann © Tuong-Vi Nguyen
Photo de répétition © Tuong-Vi Nguyen

Orso et moi : Une ode héroïque à la mère

Dans la petite salle du Théâtre national de La Colline, dirigé par Julie Deliquet, l’autrice et comédienne Géraldine Martineau, mise en scène poétiquement par Justine Heynemann, présente une autofiction d’une grande sensibilité. Remplie d’humour et de tendresse, elle s’ouvre sur l’universel en abordant la complexité et la beauté des premiers liens qui se tissent entre une mère et son enfant.
24 septembre 2026
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Pour reprendre la citation de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ». Il faut rappeler également qu’une femme ne naît pas mère, mais le devient, et que cela n’est pas une mince affaire. Cet apprentissage est constitué de plusieurs accouchements : la naissance de l’enfant, les bouleversements que cela opère, la relation à mettre en place avec ce petit être inconnu, avec son géniteur, sa propre mère, l’entourage et les injonctions sociales. En toute liberté, dans une vérité criante d’amour, Géraldine Martineau raconte comment elle a appris à devenir mère avec son fils Orso.

Lorsque l’enfant paraît
Orso et moi - Géraldine Martineau - Justine Heymann © Tuong-Vi Nguyen
Photo de répétitions © Tuong-Vi Nguyen

Géraldine a rencontré Jonathan et ils se sont plu. Très vite, parce qu’elle portait en elle ce désir depuis toujours, elle lui parle de faire un enfant. Il accepte. Neuf mois après, Orso arrive. Ce qui aurait dû être le plus beau jour de leur vie, se transforme vite en un cauchemar. L’accouchement se passe mal. L’enfant, manquant d’oxygène, frôle la mort ou le handicape et se retrouve en couveuse en soins intensifs. La mère, à bout de forces, s’évanouit sans faire la connaissance de son bébé.

Construire, déconstruire et reconstruire la vie

Ce mauvais départ, Géraldine le vit très mal. Alors que tout semble dû à une suite d’erreurs d’un milieu médical dépassé par le manque d’effectif, d’attention, de réaction, la jeune mère va porter le poids de la culpabilité. Orso est sauvé et la mère doit faire face à toutes les émotions qui traversent son corps et son esprit. Ayant peur de tout pour son fils au souffle court, et surtout de ne pas être à la hauteur de la tâche qui l’attend, Géraldine tombe dans une dépression post-partum. Son couple éclate. À seize mois, Orso se glisse dans cette vie double de la garde partagée. Inspirée certainement par Anne Sylvestre, Géraldine invite son petit flibustier à monter sur son bateau, « La Mama Pirata ! », et met les voiles vers l’aventure, celle de la vie.

« Je prends l’eau. Mais je tiens fermement la main de mon fils. »
Orso et moi - Géraldine Martineau - Justine Heymann © Tuong-Vi Nguyen
Photo de répétitions © Tuong-Vi Nguyen

La métaphore du bateau pour raconter ce qui aurait pu être un naufrage est formidable. Géraldine, sorcière comme les autres, ne craint pas d’exprimer les doutes qui l’ont assaillie, les maladresses qu’elle a accumulées. Face à la concurrence paternelle désinvolte, son rôle semble se résumer à l’autoritarisme. Elle craint sans cesse le désamour de son fils. Elle assume de s’être effacée en tant que femme devant l’enfant roi de son quotidien.

Orso, portant en lui une colère qui le dépasse, sait s’engouffrer dans ses failles, taper là où ça fait mal. Cette bataille, que la mère et le fils ont installée malgré eux, va durer cinq ans. Au bout de ces combats, il y a une victoire. Géraldine a surmonté sa tempête émotionnelle. Ce qui permet à Orso, petit gars pas comme les autres, de s’insérer pour de bon dans La Mama Pirata. Et c’est ensemble, dans un amour « inconditionnel, indestructible », qu’ils vont affronter l’existence.

Un conte imagé

Justine Heynemann (Olympe(s), Punk·e·s, Les culottées) a créé un écrin de toute beauté à cette confession intime, pour en faire une épopée onirique. La scénographie de Marie Hervé, composée de tulles blancs, fait référence au milieu hospitalier dans lequel Orso navigue malgré lui, à sa chambre d’enfant et à ce bateau imaginaire, dont les voiles se gonflent comme par magie. Géraldine Martineau peut alors faire circuler sa narration solide, nourrie par les incursions du jeune garçon, de son père, des médecins et autres que la comédienne incarne également. La présence sur scène du musicien Ulysse Chaffin, dont les notes et la silhouette accompagnent l’histoire, apporte une respiration scénique très forte. Tout comme la voix de la mère de Géraldine qui, par ses réflexions, souligne cette chaîne qui relie les femmes, même celles qui ne sont pas mère, dans une sororité incroyablement belle. C’est bouleversant.


Orso et moi, de Géraldine Martineau
La Colline, Théâtre National – Paris
Du 23 septembre au 17 octobre 2026
Durée 1h20.

Mise en scène Justine Heynemann
Avec Géraldine Martineau et Ulysse Chaffin
Scénographie et costumes Marie Hervé
Lumières Héléna Castelli
Création sonore Ulysse Chaffin
Chorégraphie Charlotte Avias
Assistanat à la mise en scène Jinane Dolbec.

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