On peut dire qu’en ce début du XXIe siècle, le genre humain en a gros sur le cœur… Surtout les femmes qui, depuis des lustres, plient sous le poids du patriarcat. Quant aux hommes, ils ne vont pas si bien. Certains d’entre eux ont perdu leurs repères et les autres tentent de retrouver un cap. Sans aucun doute, il y a et il y aura encore, un avant et un après MeToo. Le vivre ensemble, ça s’apprend, et surtout, ça se construit à plusieurs.
Rire du désastre

L’autrice se projette dans un futur pas si lointain, dans un service de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. « Depuis que les femmes parlent et qu’on les écoute, de nouvelles pathologies » ont surgi. Médecins et scientifiques, totalement désorientés, cherchent le bon remède. À la tête de ce nouveau service, on trouve Rose Spillerman (épatante Manon Kneusé), neuropsychiatre iconoclaste et son assistant zélé Mario (impayable Damien Sobieraff, qui joue avec une belle distanciation tous les rôles masculins). D’un côté, on y soigne les femmes, les blessées de la vie et des hommes. À l’étage du dessous, on s’occupe de ses derniers qui sont soit en colère après les premières ou qui ne savent plus comment ils doivent se comporter. « Kader a tranché, il vient de décider qu’une porte n’était pas sexuée, la courtoisie non plus ! »
Marguerite (exquise Rafaela Jirkovsky) débarque avec sa petite sœur devenue muette après une balade dans la nature. Il est clair qu’Iris (formidable Marieva Jaime-Cortez, avec ses airs à la Anouk Aimée), vient de subir un traumatisme. Mais lequel ? La clef est donnée à la fin et elle ouvre une très belle porte qui laisse entrer cette lueur d’espoir qui naît de l’art. L’arrivée des frangines va bien aérer ce service débordé par ses patients, les coupes budgétaires, les révoltes extérieures et le climat. On savoure les mots que l’autrice a placés sur les maux de notre société. Quel style ! Son humour fin se déguste avec gourmandise.
Chanter et danser sur les ruines
Ce spectacle est également un musical dans lequel, évidemment, les artistes dansent et chantent. Et cela ne tombe jamais comme un cheveu sur la soupe ! Il y a des emprunts au classique, avec le magnifique Passacaglia della vita de Stefano Landi, comme à la variété française. On apprécie particulièrement le refrain phare du spectacle, qui revient en leitmotiv : « Prends bien soin de toi, je prendrai soin de moi, prends bien soin de moi, je prendrai soin de toi ». Telle une cerise sur le gâteau, Nathalie Fillion a ajouté une mise en abîme pirandellienne et délectable, où l’autrice explique à son comédien qu’elle est maîtresse à bord, même si cela l’ennuie ! Et pour parfaire le tout, sa mise en scène est d’une belle intelligence. Portés par une troupe à l’unisson, les personnages et les idées circulent. Un gros coup de cœur !
Sur le cœur, texte et mise en scène de Nathalie Fillion
Spectacle vu au Festival Off Avignon – Théâtre du Train bleu en juillet 2024
Durée 1h20
Tournée 2025-2026
10 octobre 2025 à Le Carré Scène Nationale de Château Gontier
12 octobre 2025 au Théâtre Odéon de Nîmes
14 octobre 2025 à L’Atrium de Dax
16 octobre 2025 à l’ATP de l’Aude – Théâtre Na Loba de Carcassonne
5 au 7 novembre 2025 au TNN – Théâtre National de Nice
24 et 25 novembre 2025 au Grand Parquet – Théâtre Paris-Villette
19 décembre 2025 à L’Institut Mutualiste Montsouris à Paris
18 au 20 mars 2026 à la Scène Nationale de Toulon / Châteauvallon
Date passée
23 août 2024 au Festival La Mousson d’été – Pont-à-Mousson
Avec Marieva Jaime-Cortez, Rafaela Jirkovsky, Manon Kneusé, Damien Sobieraff
Chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq
Scénographie, costumes de Charlotte Villermet
Lumières de Denis Desanglois
Création sonore, régie son et vidéo Estelle Lembert
Vidéo de Dimitri Klockenbring
Assistante à la mise en scène Mélissa Irma