Yvan Garouel © Georges Lambert
© Georges Lambert

Yvan Garouel : Un radical humaniste

Le comédien incarne Mr Nolan dans Le Cercle des poètes disparus, le rigide directeur du collège dépassé par les événements. Également metteur en scène, il s’est donné corps et âme à sa passion. Avec sa franchise coutumière, il revient sur son parcours.
13 septembre 2025
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
Les opérettes du Châtelet où l’on m’emmenait, enfant, dans les années 1960. Je dirais Luis Mariano dans La Belle Auberge du cheval blanc

Yvan Garouel - Le cercle des poète disparus © JMD Production
En Mr Nolan du Cercle des poète disparus © JMD Production

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
1789 d’Ariane Mnouchkine. C’est là qu’à l’âge de 12 ans, emprisonné dans une timidité maladive, je décide que, si je dois survivre, je serai comédien.

Pourquoi ce métier ?
Enfant, je voulais être une vedette de cinéma, dans un désir de reconnaissance. Apprenant ce métier, j’ai compris que je pouvais, grâce à lui, exprimer publiquement, à travers de soi-disant personnages, toutes ces émotions que je m’interdisais d’extérioriser dans la vie.

J’ai ensuite été poussé vers la mise scène pour une raison très pragmatique : je pouvais engager le comédien que j’étais et ainsi le faire travailler. Au fil de mes mises en scène, j’ai compris que je pouvais changer le monde, à ma modeste mesure. Je suis donc devenu missionnaire. Ce n’est que tardivement que j’ai compris que je pouvais exercer un « métier » sans faire aucune concession à mon « art ».

Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé ?
J’avais 9 ans. J’étais aux louveteaux. Je m’en souviens comme si c’était hier. Cet après-midi-là, il m’a fallu remplacer au pied levé pour le spectacle un enfant absent. On m’a mis une perruque sur la tête et j’ai improvisé haut la main mon premier rôle. Quel plaisir…

Passions et inspirations

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Il y en a plusieurs : 1789, j’en ai déjà parlé, Elvire Jouvet 40 avec l’extraordinaire Philippe Clévenot, Le Mahabharata de Peter Brook, mais aussi La Face cachée de la lune de Robert Lepage.

Yvan Garouel - Le cercle des poètes disparus © JMD Production
Le cercle des poètes disparus © JMD Production

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
Mon parcours est marqué par deux belles rencontres. D’abord Jean-Luc Jeener, un Amoureux du théâtre d’incarnation (ce n’est pas si fréquent) qui a pondu (pas tout le temps) dans son petit théâtre alternatif, quelques-uns des plus beaux bijoux de l’art théâtral qu’il m’ait été donné de voir. Et puis, il monte du Montherlant, plus qu’immense auteur, heureusement qu’il est là !

Ensuite l’équipe de la « Ligue d’Improvisation Française » originelle. Celle qui a illuminé les lundis soir du Bataclan pendant des années à la fin des années 1980 (1300 personnes dans la salle, 300 dans la rue qui ne pouvaient pas rentrer…). Ce fut un vivier de comédiens pour mes spectacles. Il est rare dans ce métier de rester amis, de continuer à se voir régulièrement au bout de 40 ans…

Où puisez-vous votre énergie créative ?
La norme, ce serait de rester allongé en attendant la mort. Donc, on se lève, et on crée. On se cultive, essayant de ne pas refaire ce qui a déjà été fait en croyant inventer quelque chose. On lutte contre le néant, contre la bêtise, contre le manque de talent triomphant. Et on travaille.

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Ceux qui me connaissent se moquent un peu de moi. Le « fou de théâtre… ». Je suis un peu radical. Le théâtre est tout, peut changer tout.

L’art et le corps
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La Louve, texte et mise en scène Daniel Colas, avec Béatrice Agenin © PhotoLot

Que représente la scène pour vous ?
C’est chez moi. Je suis 300 jours par an sur scène depuis 50 ans. Je suis plus souvent rentré sur scène que chez moi, dans mon appartement ! Un jour, sans doute, me faudra-t-il la quitter… Heureux Michel Bouquet…

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Physiquement, il y a un point, là, juste en dessous du sternum. C’est là que je situe la tension nécessaire à l’acte de jouer, une tension intérieure. Surtout pas dans les muscles, la tension physique et la nervosité sont les ennemis de notre art. Quand je ressens cette bonne tension, je sais que tout le reste va suivre, l’écoute, le lâcher-prise, la sensibilité, l’intelligence des situations, la cohérence psychologique, parfois la grâce, c’est-à-dire l’harmonie absolue de tout ceci avec des spectateurs en concordance, et là, c’est la magie.

Rêves et projets

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Je n’ai pas de nom précis en tête. Je fuis les imposteurs. J’aime le théâtre d’incarnation. Je suis mon metteur en scène préféré, alors j’aimerais encore beaucoup travailler sous ma direction, mais les projets sont si durs à monter…

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Vous avez bien dit « projet fou » ? Je voudrais me lever un matin et jouer du piano comme Erroll Garner, de la trompette comme Chet Baker, de la guitare comme Buddy Guy, de l’harmonica blues comme Jean-Jacques Milteau, écrire des pièces comme Lars Noren, des chansons comme Gérard Manset, les chanter comme Jacques Brel ou Mick Jagger, peindre comme Van Gogh, et filmer comme Terrence Malick ou Andreï Tarkovsky… C’est oublier que tout résulte du travail. Mais la vie n’était pas assez longue pour obtenir une expertise dans tous les domaines !

Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
J’eus aimé tout simplement que ce parcours fût une œuvre. Je l’ai tenté. J’ai monté trente pièces, sans concession. Il y a une patte. J’ai de l’admiration pour ceux dont on reconnaît qu’ils ont fait une œuvre, c’est-à-dire un parcours artistique personnel, cohérent, qui fait avancer le monde, même si tout n’est pas complètement réussi, un Godard, une Mnouchkine, un Brook, un Lepage, un Mouawad…


Le cercle des poètes disparus de Tom Schulman (d’après le film produit par Touchstone Picture écrit par Tom Schulman)
Théâtre Libre
Reprise du 10 septembre au 26 octobre 2025
Durée 1h30
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Adaptation française de Gérald Sibleyras
Mise en scène d’Olivier Solivérès
assisté de Pierre Mazarin
Avec à la création et en tournée Stéphane Freiss, Ethan Oliel, Hélie Thonnat, Audran Cattin, Maxence Seva, Pierre Delage, Maxime Huriguen, Yvan Garouel, Olivier Bouana

Pour la reprise avec en alternance Stéphane Freiss, Xavier Gallais, Olivier Bouana, Julien Despont, Yvan Garouel, Lancelot Jardin, Christophe Laubion, Octave Lemarchand, Victor Mons, Vincent Nemeth, Ethan Oliel, Maxence Seva, Basile Sommermeyer, Hélie Thonnat, Paul Vasseur, Antonin Dalvy, Gabriel Ecoffey-Zeller, Joseph Hartmann et Arthur Toullet.
Décors de Jean-Michel Adam
Lumières de Denis Koransky
Vidéos de Sébastien Mizermont
Costumes de Chouchane Abello-Tcharpachian
Musiques de Cyrille Giroux

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