Donnez-moi un coupable - Gaëlle Lebert © Benoît Basset
© Benoît Basset

Donnez-moi un coupable au hasard : Ça secoue

Jouant avec la réalité et la fiction, explorant les thèmes des violences sexuelles et du système patriarcal, Gaëlle Lebert rappelle la puissance du théâtre, qui est le plus beau vecteur de la parole.
9 septembre 2025
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C’est au 3T – Théâtre du Troisième type à Saint-Denis, que nous avions découvert en janvier dernier la comédie « cash et féroce » de Gaëlle Lebert. Ce spectacle de facture originale, qui peut dérouter, avait besoin d’être resserré. C’est chose faite avec cette version peaufinée et accomplie de Donnez-moi un coupable au hasard. Le spectacle est pour quelques représentations exceptionnelles au Théâtre Lepic.

Derrière les chiffres, il y a une personne
Donnez-moi un coupable - Gaëlle Lebert © Eric Walter
© Eric Walter

En pénétrant dans la salle, les spectateurs découvrent sur la scène les comédiennes et comédiens en train de se préparer. Dans le fond, la metteuse en scène installée derrière une planche posée sur les fauteuils prévient : nous allons assister à une séance de travail d’un spectacle en cours de réalisation. Comme elle en est également l’autrice, elle interviendra pour dire les didascalies, régler les problèmes pouvant survenir… Sans être intrusive, Gaëlle Lebert incarne avec une belle sensibilité son propre rôle.

Lors d’une résidence d’actions culturelles et de recherche à Angoulême, la compagnie Vagu’Only a récolté des témoignages anonymes sur le thème des violences sexuelles et sexistes, qui ont donné matière à l’élaboration de leur spectacle. Celui-ci raconte des artistes en création, cherchant à faire résonner à travers une fiction toutes ces « histoires vraies » qui ne devraient jamais exister. Les chiffres sur les violences faites aux femmes et aux enfants sont scandaleusement effrayants. 

Un bel ensemble

Albertine (sublime Claire Chastel) est une héroïne d’aujourd’hui qui porte en elle la colère des femmes. Victime depuis son enfance, son histoire est celle d’une vengeance. Elle entraîne sa grande sœur (épatante Rama Grinberg) dans une sorte de « revenge movie » libérateur. Elles croisent en route des hommes et des femmes, des bourreaux, des gens qui ferment les yeux, des maladroits, des machistes, incarnés par les hommes de la troupe. Ces comédiens (l’émouvant Bruno Paviot, l’impayable Gwendal Anglade et le délicat Pierre Grammont) vont bousculer les choses, parfois refuser d’incarner un personnage, évoquer leurs propres souffrances, leurs souvenirs cachés.

Une mise en abîme remarquable

Ce va-et-vient, entre l’histoire qui est racontée et les réactions des artistes répétant, est judicieusement mis en place. L’humour, tel un révélateur, se glisse dans les échanges entre les acteurs de mauvaise foi. Gaëlle Lebert est douée. Son remarquable travail scénique est au service de son texte qui sonne comme un coup de poing. C’est aussi une belle déclaration d’amour au théâtre. Le monologue d’ouverture par Albertine, sur la nécessité de dire sur scène des mots qui peuvent déranger, est splendide. Le final, quant à lui, fait ressurgir la grande tradition théâtrale de la fureur, celle du théâtre antique. Bravo.


Donnez-moi un coupable au hasard, texte et mise en scène Gaëlle Lebert
Théâtre Lepic
Du 7 au 28 septembre 2025
Durée 1h15.

Avec Gwendal Anglade, Claire Chastel, Pierre Grammont, Rama Grinberg, Gaëlle Lebert, Bruno Paviot
Assistanat et collaboration artistique Rama Grinberg
Costumes de Chloé De Nombel
Lumières de Bruno Brinas
Musique de Bruno Feutelot et Paul Schenck
Son Jean-Louis Bardeau.

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