Il y a Sophie, Montserrat, Anna, et tant d’autres. Les noms de celles qui se rêvaient chanteuses, présentés sur des cartons disposés au sol mais toutes incarnées par Jeanne Crousaud, brillante soprano et merveilleuse comédienne. Deux talents qui d’emblée résonnent sous les hauteurs de l’Opéra de Rennes, quand elle arrive sur scène pour chanter d’abord, avant d’enfiler son casque pour se faire caisse de résonance de la parole de ses sœurs de destin.

Des paroles en vrac qui, mises bout à bout, racontent ces vies de passion. D’abord les rêves d’enfance, puis les doutes, et enfin la réalité. Celle du métier qui casse parfois. Abime, quand les sopranos sont réduites par le regard étriqué de certains, qui ne voient leurs rôles qu’à travers le prisme de l’idiotie supposée de leurs personnages. Blesse, aussi, quand les interprètes qui sortent du lot par leur style, leur façon d’être ou leur sexualité, sont aussitôt écartées du circuit. Et fatigue enfin, beaucoup, alors que les mères doivent conjuguer nuits courtes et journées longues. Des vies sombres parfois, mais lumineuses tout de même. C’est ce que disent aussi les récits de la trentaine d’artistes lyriques, agencés intelligemment par Emmanuelle Hiron pour nourrir le propos et faire théâtre, pas seulement documentaire.
Chanter, ou comment toucher le sublime
Une lumière intérieure et symbolique qui tient non seulement à la satisfaction d’exercer, mais aussi à la force du chant. Parfois plus que la parole et les mots dont elle est faite, celui-ci caresse le beau et embrasse le sublime comme nul autre medium. C’est aussi ça, alors, la vie de soprano : une existence pleine de soubresauts, certains plus durs que les autres, mais au contact du beau. Ce n’est pas rien et c’est ce qu’indiquent sobrement les belles lumières de Didier Martin et la scénographie de David Gauchard.

Au plateau, sobre, une tache de couleur. Comme un arc en ciel qui navigue sur une mer noire. Sur son esquif multicolore, Jeanne Crousaud navigue une heure durant sur l’océan de ces vies qui tanguent, mais arrivent toujours à destination. Une tâche de vie qui la protège avant d’en sortir enfin pour se dévoiler, elle. Sur une autre tonalité, un autre jeu qui laisse voir l’éventail de la comédienne et le ventre de la femme. Reprenant les paroles de Händel, la soprano chante un instant le « cruel destin » d’Almirena dans Rinaldo. Un destin que le personnage « pleure » avant de « soupirer » une fois la liberté retrouvée. C’est d’ailleurs cela que semble nous dire le spectacle in fine. De la douleur peut-être, mais de celle qui « brise les liens qui entravent », comme le dit encore le compositeur.
Soprane de Jeanne Crousaud, David Gauchard et Emmanuelle Hiron
Opéra de Rennes dans le cadre du Festival Mythos
4 au 10 avril 2026
Durée 1h15.
Tournée
4 au 23 juillet 2026 au Théâtre du train bleu du Festival Off Avignon
5 et 6 novembre 2026 – L’Estive, Scène nationale de Foix et de l’Ariège
8 novembre 2026 – L’Archipel, Scène nationale de Perpignan
17 et 18 novembre 2026 – Le Cratère, Scène nationale d’Alès
2, 3 et 4 décembre 2026 – MA, Scène nationale de Montbéliard
6 décembre 2026 – Théâtre Molière – Sète, Scène nationale Archipel de Tau
5, 6 et 7 janvier 2027 – Théâtre de Saint Quentin en Yvelines, Scène nationale
9 janvier 2027 – Théâtre de Saint Lô
20 avril 2027 – Le Parvis, Scène nationale de Tarbes-Pyrénées
Une création de Jeanne Crousaud, David Gauchard et Emmanuelle Hiron
Mise en scène et scénographie de David Gauchard
Écriture et direction d’actrice – Emmanuelle Hiron
Interprétation et chant – Jeanne Crousaud
Collaboration artistique – Eva Taulois et Fabien Teigné
Lumières – Didier Martin
Son – Mikael Plunian