M’aider, c’est une performance chorégraphiée de quelques dizaines de minutes. Un temps court pour embrasser l’immensité du drame des naufragés de la Méditerranée et la beauté de celles et ceux qui tâchent de les sauver. Un projet d’autant plus ambitieux qu’il use pour cela de moyens humbles, à l’image des marins-sauveteurs de l’ONG SOS-Méditerranée dont il s’agit.
« Welcome aboard »
Sans pétrole, la pièce a toutefois des idées. Un simple projecteur à LED, d’abord, et une silhouette à contre-jour. Celle de Guillaume Hallier, qui entame une série de mouvements sur la scène gorgée de bleu. Celui de l’eau des sud comme celui des larmes de ceux qui y meurent. Des mouvements simples. Une main qui avance, puis qui s’éloigne, tourne et nous vise. A l’image de toutes les mains qui font l’histoire dont on nous parle. La main du bénévole qui sauve, de l’humain qui se noie. Et celle du meurtrier aussi, dernière chose que les victimes voient avant que la balle qui les tuera les atteigne sans qu’elles l’entendent. Comme celles tirées un jour d’août 2023 sur l’Ocean Viking et dont on entend le bruit dans les enceintes.
Un travail de création sonore d’Anouk Edmont d’une intelligence sensible, rendu possible par le travail documentaire de Jean-Baptiste Bonnet à bord. Tour à tour le bruit des balles, celui des sauveteurs, et le clapotis de l’eau sur la coque grinçante du navire. Les sons, la main puis la lumière, pour clore cette performance sous forme de trilogie des sens : l’ouïe, le toucher et la vue.
Au fond le soleil
Une lumière travaillée elle aussi avec humilité et délicatesse, comme le faisceau de la frontale du sauveteur, qui braque le public et fait de lui le naufragé d’un instant. Le bleu de l’eau et le noir de la nuit, que vient trancher une pointe de joie qui apparait soudain. L’orange du soleil qui se lève, et avec lui l’espoir évidemment, timide, mais qui grandit tout de même avant que les lumières ne s’éteignent.
Noir écran, ou presque. La frontale posée au sol, seule une minuscule lumière rouge subsiste et nargue le public. Elle est à la fois le sang versé et l’urgence qui court, comme le tic-tac d’une bombe ou le compteur sinistre des morts. 984 depuis 2026, vient nous dire Guillaume Hallier, lui-même sauveteur à bord de l’Ocean Viking. Bientôt mille, « et les autres, on ne sait pas ». Silence dans la salle.
Envoyé spécial à Rennes
M’aider de Fiona Houez
Création 2025
Vu au Festival Mythos – Rennes
Le 9 avril 2026
Durée 30mn.
Tournée
4 au 11 juillet 2026 à La Manufacture dans le cadre du Festival Off Avignon
Interprète : Guillaume Hallier
Réalisatrice sonore : Anouk Edmont
Création chorégraphique, mise en scène : Fiona Houez
Création lumière: Roméo Lasne