La situation de départ d’Ailleurs / Après est assez classique. C’est le mois d’août, Paris est désert, la chaleur à son paroxysme. Deux voisins se retrouvent sur le banc en bas de leur immeuble. Lui est un veuf bougon, ancien prof de philosophie, la solitude est son lot. Elle est une adorable trentenaire, fraîchement célibataire, spontanée et un brin loufoque. Cet érudit aime laisser traîner des livres sur le banc. Cette fois-ci, c’est Le traité du désespoir de Kierkegaard. Le message semble clair.
Conflit de générations
Le début de la pièce est un dialogue finement mené où les deux personnages vont jouter, se lançant des piques et des vérités. Comme il entend tout de ce qui se passe chez elle, l’ancien lui prodigue des conseils qui ressemblent à des leçons de morale. Il la trouve immature, incapable d’aller au bout d’une idée, de ne pas savoir prendre position. Si le ton condescendant du prof exaspère la jeune femme, elle va néanmoins lui proposer de l’accompagner à Kergolézec, au fin fond de la Bretagne. Ça tombe bien, il n’avait rien de mieux à faire.
Pour une trêve de rêve

À partir de là, Arnaud Bedouët, dans un style remarquable, nous entraîne dans une histoire totalement improbable, mais si adorable qu’on n’hésite pas une seconde à suivre ce périple à bord d’une vieille Talbot Samba décapotable, qui les lâche à quelques kilomètres de Paris. La Beauce est sans doute une belle région, mais surtout des champs à perte de vue. Durant les quelques jours nécessaires à la réparation de l’épave, ils vont se dévoiler, s’apprivoiser et surtout vivre une belle aventure, celle du temps à perdre.
Un charmant duo pour une belle partition
Semblant avoir retrouvé un père et lui une âme sœur, ils vivent pleinement ces instants qui les ont entraînés ailleurs. Mais ensuite, que va-t-il se passer ? La scène finale, totalement inattendue, nous ramène à la réalité de la vie. Mais cela fait tant de bien d’avoir cru en cette histoire menée avec grâce par ses interprètes. Philippe Magnan, que l’on n’a jamais vu aussi attendrissant, ne cesse de nous surprendre. Lou Chauvain, pétillante et malicieuse, est une révélation. Dans une belle complicité de jeu, ils se renvoient les répliques, s’écoutent, font résonner les silences d’intentions.
La mise en scène de Catherine Schaub (L’usage du monde, Un dernier rêve pour la route) permet de suivre cette épopée fantasmagorique. L’usage de cet immense banc, qui se transforme au fil des situations avec des projections vidéo, un rideau de tulle derrière lequel des objets apparaissent, donne l’impression de tourner les pages d’un livre d’images. Derrière la fable, la société apparaît avec ses lots de solitudes, de regrets, de rages et d’espoirs. C’est bouleversant.
Ailleurs / Après d’Arnaud Bedouët
Théâtre du Petit Montparnasse – Paris
Jusqu’au 21 décembre 2025
Durée 1h20.
Mise en scène Catherine Schaub
Avec Philippe Magnan et Lou Chauvain
Scénographie James Brandily
Costumes Julia Allègre
Lumières Michel Gueldry
Création sonore Aldo Gilbert
Assistant à la mise en scène Frédéric Baron.