© Christophe Raynaud de Lage

Au Théâtre de Sartrouville, les maux de l’école subissent l’effet Boule de neige

Avec humour, Baptiste Amann et Odile Grosset-Grange auscultent l’emballement médiatique qui suit un fait divers survenu dans une école. Un spectacle stimulant, même s’il empile tant de thématiques qu’il peine parfois à faire émerger une ligne claire.
2 décembre 2025
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Un drame est survenu dans une école. Qui sont les responsables ? Les enfants, rendus fébriles par les écrans et la pression des réseaux sociaux ? Les algorithmes, prompts à distiller de la désinformation – les fameuses « fake news  » – et à hystériser un débat public déjà fragile ? Peut-être la classe politique et médiatique, toujours prête à s’emparer d’un fait divers avant même qu’un responsable soit désigné ?

© Christophe Raynaud de Lage

Sous son titre, Boule de neige, le spectacle concentre une myriade de questions aux résonances très concrètes. Difficile de ne pas y entendre l’écho de situations bien réelles, tant l’écriture de Baptiste Amann se nourrit du climat actuel.

Une matière dense

Face à un public scolaire d’une dizaine d’années en moyenne, une conteuse plante le décor. Il neige, des flocons tombent sur scène, et l’on remonte progressivement le fil des jours qui ont suivi le drame. Boule de neige avance par strates, comme un oignon qu’on épluche : l’après-coup d’abord, puis, pas à pas, le cœur de l’événement.

D’emblée, la matière semble lourde pour un seul spectacle. Alternant tantôt entre le drame et le vaudeville, la mise en scène d’Odile Grosset-Grange, sublimée par les très belles lumières d’Erwan Tassel, n’aide pas toujours à y voir clair. Dans la première saynète, trois professeurs devisent sur les maux de l’école qui auraient rendu possible ce fait divers – on sait seulement qu’un élève a été blessé à l’arme blanche.

Ils évoquent les difficultés grandissantes de l’institution à accueillir des élèves eux-mêmes chahutés à la maison, la montée des extrémismes en ligne, la violence entre enfants, les jeux dangereux qui circulent sur les réseaux… Un inventaire à la Prévert, qui dit déjà la surcharge.

Petite musique décliniste
© Christophe Raynaud de Lage

Dans les actes suivants – le deux et le trois – , trois parents puis les trois enfants impliqués livrent à leur tour leur version des faits. Les adultes, qu’ils soient professeurs ou parents, semblent dépassés par une époque dont le tempo s’emballe. Époque qui fabriquerait, selon eux, une violence nouvelle. Les enfants, eux, se débattent avec ces contradictions, pris dans un monde qu’ils subissent plus qu’ils ne l’appréhendent.

Malgré cette densité, l’écriture trouve des respirations. Grâce à l’humour du comédien François Chary (qu’on avait vu au printemps dans l’excellent Seigneur des porcheries), qui offre un peu de légèreté à une pièce sous tension – ce qui n’est pas du luxe, pour une pièce destinée à un jeune public. Ses deux partenaires de jeu, Lucile Dirand et Katell Jan, se débattent avec une partition plus âpre, plus frontale, qui ne leur laisse pas toujours l’espace nécessaire pour déployer pleinement leur talent.

Malgré les rires – fort bienvenus -, une fois l’enquête dénouée, Boule de neige laisse flottantes plusieurs questions. Parmi elles, une interrogation qui traverse tout le spectacle : et si, au-delà des réseaux sociaux ou de la dégradation du débat public, cette petite musique décliniste qui imprègne le récit n’était pas, elle aussi, une forme de signe des temps ?


Boule de neige, de Baptiste Amann
Théâtre de Sartrouville-Yvelines CDN
Du 27 novembre au 1er décembre 2025
Durée 1h10.

Tournée
9 et 10 décembre au Théâtre d’Angoulême.
15 et 16 décembre à l’Archipel – Fouesnant.
18 et 19 décembre à La maison du Théâtre – Brest.
21 au 30 janvier 2026 à La Comédie de Béthune – CDN.
12 et 13 mars 2026 à La Coursive – SN de La Rochelle.
31 mars 2026 à L’Agora – Billière.
2 et 3 avril 2026 au Théâtre municipal Ducourneau – Agen.

Avec François Chary, Lucile Dirand, Katell Jan.
Texte Baptiste Amann.
Mise en scène Odile Grosset-Grange.
Assistant à la mise en scène Carles Romero-Vidal.
Scénographie Cerise Guyon.
Régie générale de création Farid Laroussi.
Création lumière et régie générale de tournée Erwan Tassel.
Son et musique Vincent Hulot.
Costumes Séverine Thiebault
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