C’est une rencontre qui se fait par hasard, en cinq secondes. Un jeune homme un peu perdu (Maxime Taffanel, convaincant) décide d’aller se balader en forêt. Sur le quai de la gare du RER, il découvre un enfant abandonné. Cette histoire, il la raconte en partant de la fin. Au commissariat où il a finalement ramené l’enfant, les policiers ont parlé d’un « heureux dénouement ».

Heureux, parce que l’enfant a été trouvé par une tierce personne. Ce faisant, il n’est pas tout à fait abandonné, nous explique le jeune homme. À voix haute, face au public, il imagine déjà la petite enfance du bébé après ce fameux dénouement. À l’école, ce dernier vivra sans doute chaque fête des mères dans la honte de l’absence. « Je me suis dit que la fête des mères a été inventée pour ça, dit-il d’une voix douce. Pour faire honte aux enfants comme toi, pour leur faire gonfler les yeux. »
Deux abandons
Seul au plateau, Maxime Taffanel se glisse, à la faveur de changements de costume, dans la peau de cette mère. Derrière son geste à elle, un autre abandon se cache pourtant : celui du père, évidemment. Lui n’inquiète pas les policiers. « Ils n’ont même pas mentionné la possibilité d’un père dans cette histoire », se remémore le comédien sur scène. Son abandon n’est pas questionné, celui de la mère fera les gros titres des journaux.
Très beau, ce texte de Catherine Benhamou, inspiré d’un fait divers survenu en région parisienne, articule assez finement la manière dont les normes de genre peuvent produire des drames. Il y a d’abord le petit copain qui pousse pour avoir un enfant dont il ne veut pas, puis la société qui veut croire à « l’instinct maternel », ce mythe selon lequel les femmes pourraient, seules et sans argent, élever correctement un enfant. Ce poids des normes sociétales fait écho à l’histoire du jeune homme du RER, qui a lui-même été malmené par son père.
Une mise en scène un peu sage

C’est l’une des réussites de ce spectacle : le propos, et le comédien – qui peuvent faire penser à l’écrivain Édouard Louis -, mettent en mots sans trop insister la somme des discours déjà produits — et, heureusement, de plus en plus répandus —, sur la masculinité toxique et ses effets délétères sur la société.
Malheureusement, c’est à l’endroit de la mise en scène que 5 secondes pèche un peu. Au plateau, Maxime Taffanel se tient trop longuement immobile, avant de tourner frénétiquement en rond, comme si la metteuse en scène Hélène Soulié n’était pas parvenue à trouver le bon endroit, ni le ton juste pour raconter cette histoire portée par un seul comédien. Quelques effets font parfois mouche – comme cette psy convoquée sur scène grâce à un simple manteau que le comédien enfile d’un seul bras -, mais ne suffisent pas offrir un souffle à ce spectacle qui, souvent, donne l’impression de faire du surplace.
5 secondes de Catherine Benhamou mis en scène par Hélène Soulier
Aux Plateaux Sauvages – Paris
Du 19 au 31 janvier 2026
Durée : 1h.
Tournée
20 février 2026 au Théâtre Jérôme Savary – Villeneuve-Les-Maguelone.
19 mai 2026 au Théâtre Charles Dullin – Grand Quévilly.
21 au 28 mai 2026 en itinérance aux Plateaux Sauvages – Paris.
Adaptation scénique & Mise en scène : Hélène Soulié.
Avec : Maxime Taffanel.
Texte : Catherine Benhamou.
Assistante mise en scène : Lenka Luptakova.
Scénographie : Hélène Soulié & Emmanuelle Debeusscher.
Lumières : Juliette Besançon.
Création son et dispositif sonore : Jean-Christophe Sirven.
Costume : Pétronille Salomé.
Construction décor et marionnette : Emmanuelle Debeuscher.
Regard marionnette : Morgane Peters.
Régie générale : Marion Koechin, Louise Brinon.