Vos débuts
Votre premier souvenir d’art vivant ?
J’ai de nombreux « premiers souvenirs » artistiques marquants. Le plus fort, peut-être quand mon père a mis en scène Le Roi Lear dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, à Avignon, j’avais 9 ans. Le lieu, le spectacle, tout était si spectaculaire, si impressionnant. Ou quand il a interprété le rôle d’Hamlet. C’était un moment très puissant. J’étais fasciné par le texte, la mise en scène, l’interprétation. Hamlet n’a d’ailleurs jamais cessé de m’accompagner. J’ai fini par l’interpréter moi-même, il y a une quinzaine d’années, sous la direction de mon père. Les chiens ne font pas des chats.

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
Je suis tombé dans la marmite théâtrale tout petit. A l’occasion d’une des répétitions, auxquelles j’assistais, de Marie Tudor, que mettait en scène mon père, j’ai eu comme une sensation très forte que je voulais jouer et mettre en scène. Ce n’était pas une vision ou une révélation, mais une perception aiguë de cette nécessité impérieuse d’inventer, de créer, de partager et il m’a semblé évident que cela passerait par les planches.
Qu’est-ce qui vous a guidé vers cette spécialisation ?
J’aime rêver, réfléchir avec les autres. J’aime donner du sens et transmettre les plus belles répliques poétiques, les plus belles images et donner du bonheur, faire circuler de l’intelligence auprès d’un auditoire. J’ai toujours aimé aussi mener les projets, entraîner un groupe, prendre des risques pour tenter le chemin du rare et du beau.
Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé…
À l’âge de 10 ans, j’ai eu l’occasion de jouer sous la direction de Roger Planchon dans Athalie de Jean Racine. C’était au théâtre de l’Odéon, j’interprétai le rôle de Joas et je devais, à la fin du spectacle, poignarder Athalie au bout d’un promontoire qui fendait la foule des spectateurs. Et puis, le noir final se faisait. Les lumières se rallumaient et 900 spectateurs nous acclamaient. C’était un instant magique et terrible qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Passions et inspirations

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
J’ai été très marqué par les spectacles d’Ariane Mnouchkine, toujours grandioses, mais aussi par la compagnie de rue Royal de Luxe qui excelle dans les inventions les plus folles. J’ai aussi un souvenir impérissable du Ring de Wagner qu’avait mis en scène mon père au théâtre des Champs Élysées.
Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
De très nombreuses magnifiques rencontres ont jalonné mon parcours artistique. Antoine Vitez, Roger Planchon, Pierre Debauche (mon maître de théâtre), Gérard Gélas, Serge Barbuscia, qui ont tous été un peu pour moi des mentors, comme d’autres pères de théâtre. Mais la plus belle rencontre reste, sans aucun doute, celle de mon père.
Où puisez-vous votre énergie créative ?
Je puise mon énergie créative dans les textes que je lis, dans les spectacles que je découvre, dans certaines expositions, au cinéma, et dans cette volonté toujours renouvelée d’inventer, d’être comme un passeur d’histoires et de sens.
En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Je ne pourrai pas vivre sans apprendre de textes. Sans les avoir en moi, avec moi. Et les apprendre avec le cœur. C’est comme s’ils me constituaient et me permettaient d’être à la fois apaisé et dans une envie irrépressible de les découvrir et de les partager. J’ai également besoin de créer pour transcender la réalité, la bouleverser, la dépasser pour être sans doute encore plus au cœur du monde.
L’art et le corps

Que représente la scène pour vous ?
La scène est le lieu de tous les possibles. C’est un lieu de vie et de survie où le rapport du corps à l’espace et au temps est décalé, débordé par un regard, un son, une image. Sur la scène, la poésie, la tendresse, la violence sont exacerbées. Sur la scène, tout est prémédité. Si le théâtre est l’art de faire exprès, alors la scène est un écrin précieux où la parole échappe au quotidien et nous propulse 2000 ans en arrière, ou dans un palais du Moyen-Âge, ou dans une forêt magique auprès d’un roi ou d’une fée. Les planches deviennent alors la machine à rêver où chaque parole nous traverse, nous transforme pour devenir terre d’accueil de tous les possibles.
Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
J’aime être actif, inventer, échanger, partager, transmettre, donner du bonheur et permettre au sens d’éclore pour que l’intelligence circule et soit partagée par le plus grand nombre. C’est un besoin viscéral de tous les instants.
Rêves et projets
Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Il y a de nombreux artistes remarquables avec lesquels j’aimerais cheminer. Au théâtre, Ariane Mnouchkine, Joël Pommerat, Jean-François Sivadier. J’aime beaucoup également Franck Desmedt, Maxime d’Aboville, Nicolas Bouchaud, Marina Hands et Delphine Depardieu. Au cinéma, Xavier Dolan ou Cédric Klapisch.
Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
J’adorerais m’aventurer dans un opéra gigantesque, une fresque musicale et théâtrale hors du commun où tous les artifices, toutes les inventions seraient possibles. J’aimerais également repartir sur les chemins d’itinérance comme je l’ai fait à plusieurs reprises avec ma compagnie pour porter l’art dans les villages et aller auprès de ceux qui n’ont pas un accès facile au théâtre ou qui n’ont jamais vu de spectacle de leur vie.
Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
Une œuvre d’art pour raconter mon parcours : Hamlet de William Shakespeare.
Richard III de William Shakespeare
Théâtre des Gémeaux Parisiens
Du 9 septembre au 23 décembre 2025 (le mardi)
Durée 1h40.
Mise en scène et création lumières William Mesguich
Assistante à la mise en scène Estelle Andrea
Avec Oscar Clark, Xavier Clion, Madeline Fortumeau, Alain Guillo ou Xavier Girard, William Mesguich, Betty Pelissou, Nadège Perrier, Thibault Pinson ou Jean-Matthieu Hulin
Son Maxime Denis
Vidéo Alfredo Troisi
Costumes Alice Touvet
Perruques Maureen Baldassari.
Gauguin – Van Gogh de Cliff Paillé et David Haziot
Spectacle vu au Théâtre des Gémeaux Avignon au Festival Off en juillet 2025
Lucernaire
Du 3 septembre au 16 novembre 2025
Durée 1h15.
Mise en scène Cliff Paillé et Noémie Alzieu
Avec Alexandre Cattez et William Mesguich
Scénographie Cliff Paillé
Création lumières et sons Yannick Prévost
Costumes Maxence Rapetti
Décors Alain Villette.