20/03/24 DAX Israel Galvan danseur et chorégraphe espagnol de flamenco

La Edad de oro : La flamme sacrée d’Israel Galván

Au Théâtre du Rond-Point, dans le cadre d’un focus que lui consacre le Théâtre de la Ville, célébrant plus d’une décennie d’amitié, le danseur et chorégraphe de flamenco revient avec la pièce qui l’a révélé en France. Vingt ans plus tard, l’incandescence est intacte.
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Les talons frappent. Les bras et les mains, volubiles et habiles, dessinent dans les airs de magnifiques arabesques. Le corps se tend, vibre, se tord, et la scène s’enflamme. Unique, hypnotique, virtuose, Israel Galván transcende l’espace.

Assis à l’arrière-plan, mais tout aussi présents, María Marín au chant et Rafael Rodríguez à la guitare l’accompagnent. Ensemble, ils unissent leur souffle pour attiser la flamme flamenca. Ils électrisent l’air, font trembler le sol et suspendent le temps en un geste d’une rare maîtrise. Chaque pas de l’artiste espagnol semble jaillir du tréfonds de son être, de l’essence même de son art.

L’enfant terrible du flamenco
© Isabelle Louvier

On le dit rebelle et iconoclaste, fils indocile d’une lignée d’artistes. Le danseur et chorégraphe sévillan possède une connaissance si profonde du flamenco qu’il en joue avec aisance. Il en détourne les codes, les prend à rebours, les déconstruit pour mieux en révéler ce qu’il a de plus sacré, de plus mystique, de plus fiévreux.

Tantôt espiègle, tantôt grave, il se moque de son propre sérieux avant de s’abandonner, corps et âme, se libérant totalement des réflexes jusqu’au vertige maîtrisé de la transe du compás. Puissant, tendre, parfois drôle, il fait voler en éclats les certitudes d’un art qu’il aime trop pour le figer.

Créée en 2005, La Edad de Oro, “l’Âge d’or” du flamenco, s’impose rapidement comme une œuvre manifeste. Primée en Espagne, elle devient la pierre angulaire d’une carrière libre et ardente. Israel Galván, aujourd’hui quinquagénaire, y revient avec la même fièvre qu’à ses débuts, la même précision chirurgicale dans la frappe et la même joie d’enfant dans l’invention.

Un âge d’or réinventé

Sur scène, son costume, qui mélange les genres, dépasse les normes traditionnelles entre masculin et féminin. Les fleurs blanches dans ses cheveux ajoutent à cette ambiguïté. Il mêle les répertoires, traverse le temps, brouille les frontières et esquisse une grammaire nouvelle, celle d’un flamenco d’aujourd’hui, ludique, géométrique et sensuel. Chaque geste semble convoquer une mémoire ancienne pour la réinscrire dans la modernité

© isabelle Louvier

Les influences se croisent sans hiérarchie, entre danse classique, contemporaine et gestes du quotidien. Il y a du sacré dans cette liberté, une beauté brute dans cette épure. Sa danse devient percussion, son corps devient instrument. Le public retient son souffle et se laisse porter par la voix grave et puissante de María Marín et par la maîtrise virtuose de Rafael Rodríguez. Le trio, complice et complémentaire, brûle littéralement les planches avec une espièglerie jubilatoire. Chacun exhale son art pour mieux saisir l’instant, emporter le public ailleurs, jusqu’au bœuf final, salué par l’ovation d’une salle conquise.

Un Flamenco en perpétuel mouvement

Toujours en réflexion, jamais à l’arrêt, Israel Galván continue d’ouvrir la voie. Il invente une nouvelle orthographe, emmène le flamenco vers d’autres horizons. Son art incandescent n’appartient qu’à lui, un feu sacré qui n’est pas prêt de s’éteindre. Dans le cadre du focus que lui consacre le Théâtre de la Ville, il poursuit cette exploration de la forme et du geste avec d’autres créations. On peut ainsi découvrir son adaptation de Carmen, son duo avec Mohamed El Khatib, créé à Avignon en juillet dernier, une balade dansée dans le Séville de son enfance avec Sevillana Soltera en París, ainsi qu’une pièce tout public, Bailas Baby. Autant d’occasions de saisir l’étendue d’un artiste en perpétuel mouvement.


La Edad de Oro d’Israel Galván
Création 2005
Théâtre du Rond-Point dans le cadre d’un Focus du Théâtre de la Ville
du 15 au 18 octobre 2025
Durée 1h30 environ

Chorégraphie et danse Israel Galván
Chant de  María Marín
Guitare de Rafael Rodríguez
Son de Pedro León
Lumières de Benito Jiménez

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