Renaître
© Adrien Berthet

Renaître : Un récit d’emprise et de tennis qui tourne un peu court

Pour ce troisième spectacle issu de sa tétralogie, Laure Werckmann s’intéresse à la championne de tennis Marion Bartoli. Un récit intéressant, mais qui ne tient pas ses promesses.
18 octobre 2025
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Comédienne, Laure Werckmann a joué tous types de rôles de femmes, des plus médiocres aux plus géniales. Avec une constante : celles qui sortaient de l’ordinaire finissaient toujours par mourir à la fin du spectacle, dans une sorte d’amer rappel à l’ordre patriarcal. Pour opposer un contre-modèle à ces sordides histoires de féminicides, l’actrice, devenue metteuse en scène, a imaginé une série de quatre spectacles, tous adaptés des mémoires de femmes extraordinaires : Nan Beauregard dans J’aime, Natasja Martin dans Croire aux fauves, Marceline Loridan-Ivens dans L’Amour après, et donc la sportive Marion Bartoli dans Renaître. Riche idée !

Hélas, point de renaissance dans ce troisième opus. L’ancienne tenniswoman (Lucile Delzenne, convaincante) surgit des abords d’un court de tennis, pas bien loin des spectateurs, eux-mêmes disposés à la place des joueurs dans un dispositif bi-frontal. « À la place » dans tous les sens du terme, puisque la championne de tennis raconte son histoire à la première personne et, au passage, l’envers du « rêve » sportif.

Histoire(s) d’emprise(s)
© Adrien Berthet

Car il n’est plus beaucoup question de rêve qui se réalise. En dépit d’une carrière jalonnée de succès, dont une victoire au tournoi de Wimbledon en 2013, et une reconversion en commentatrice sportive réussie, Marion Bartoli est fragile. La sportive a dédié toute sa vie au tennis. Que lui reste-t-il, après la retraite ? La réponse est là, évidente, sous-entendue : presque rien.

« J’ai remplacé mon addiction au tennis par D », élabore alors la sportive sur scène. Enfilant une robe de tulle et des talons compensés, elle explique se faire belle pour cet homme qui ne tient jamais compte de ses « non », insiste pour la raccompagner chez elle le soir, et la sature de mots d’ « amour » par SMS. Parallèlement, la presse people vante la vie de rêve du néo-couple. Cette vie-là est forcément géniale. C’est sans compter l’emprise de D., qui enjoint Marion — entre autres injonctions misogynes — à perdre du poids. La championne maigrit, jusqu’à atteindre les 41 kilos, le tout sous les applaudissements d’un entourage qui la trouve « plus féminine » ainsi.

Les femmes extraordinaires finissent mal
© Adrien Berthet

Au-delà de l’emprise, Renaître met en évidence avec beaucoup d’intelligence les signes avant-coureurs, qui faisaient de Marion Bartoli une proie idéale. Parmi eux son envie acharnée de bien faire et de plaire aux autres, son absence de « colonne vertébrale » (« sans le tennis, qui est Marion ? », s’interroge-t-elle), et son inexpérience en matière de relations sociales et amoureuses, après avoir passé toute sa vie aux côtés de son père, sur un court de tennis.

En dépit d’une mise en scène sommaire, Laure Werckmann parvient à capter l’attention du spectateur. Cela doit beaucoup à la performance énergique de Lucile Delzenne, qui varie les registres avec talent. Dommage, dès lors, que le récit s’achève si abruptement sur l’enfance de la tenniswoman. Le spectacle nous promettait une renaissance. On quitte pourtant la salle sans même savoir si la narratrice a survécu à son anorexie. Comme si la loi tacite selon laquelle, au théâtre, les femmes extraordinaires finissent mal, continuait d’opérer.


Renaître de Laure Werckmann d’après Marion Bartoli
Espace 110 dans le cadre des Scènes d’automne en Alsace
Les 10 et 11 octobre 2025
Durée 1h.

Adaptation et mise en scène : Laure Werckmann
Jeu : Lucile Delzenne
Costumes : Pauline Kieffer
Scénographie : Angéline Croissant, Laure Werckmann
Régie générale : Cyrille Siffer / Création sonore : Valérie Bajcsa
Régie de tournée : Cyrille Siffer ou Valérie Bajcsa
Chef de choeur : Claire Bruchlen / Chorale : L’Ill au choeur
Administration de production : Alexandra Puillandre et Côté Zen

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