Pour recevoir pleinement la proposition d’Arnaud Anckaert et de sa compagnie (Le Théâtre du Prisme), il faut accepter de se laisser emporter par le jeu haut et les mots forts de cette adaptation sous stéroïdes du classique de Shakespeare.
S’y autoriser sans bouder son plaisir, d’autant plus que, mine de rien, tout y est. Les Athéniens et leurs amours enchevêtrées, les elfes également, sous l’influence desquels Hermia finira par aimer Lysandre, qui l’aimera en retour. Hélène et Démétrius trouveront, eux aussi, leur élan réciproque.
Le songe d’une nuit d’été, par William Labiche

Ne pas se laisser avoir, donc, par les atavismes des uns et des autres, pour qui les classiques doivent le rester ou inversement, être brûlés par les flammes du contemporain. Car à bien y regarder, il n’est pas plus question ici de classicisme que de modernité. Il est simplement question de plaisir. Celui du spectateur à rire quand Arnaud Anckaert choisit de tirer les cordes de ce que Le songe contient en lui (et avec deux siècles d’avance) de boulevardier.
Parce que oui, si au XVIe siècle l’amant n’est pas encore dans le placard, il est ici derrière un arbre, dans la forêt ou dans ses rêves. Le plaisir d’entendre, aussi, la gouaille merveilleuse de Clémence Boissé (déjà vue chez Thomas Jolly, Julien Gosselin et Stanislas Nordey entre autres). Et enfin la joie de voir Pierre-François Doireau, dont l’intelligence du jeu et le sens du comique ne cesseront d’étonner ceux qui ne le connaissent pas encore.
Des rires et peu de poésie
Alors, du plaisir et puis s’en va ? C’est tout le problème. À user les fils de l’humour régressif et des situations burlesques, ceux de la poésie dont est aussi tissée la pièce se déchirent parfois. En l’occurrence, où sont les mots susurrés des amours troublés ?

La lumière gelée sur le sourire des elfes ? Les bruits de la nature endormie sous les rayons gris de la lune ? Il faut les traquer, sans assurance de les débusquer. En cause, peut-être, la scénographie du metteur en scène, dont la poétique s’avère trop franche pour ne pas devenir kitch. Un décor à l’image des lumières, signées Daniel Levy, dont la binarité ne permet pas toujours d’entrer dans les méandres du système amoureux.
Une traduction à l’essentiel
Autant de réserves qui doivent être considérées à travers le prisme de la nouvelle traduction du texte proposée par le romancier Clément Camar-Mercier. Brillante parce qu’excessive, joyeuse et vraie, celle-ci l’est d’autant plus qu’elle éloigne du texte toute possibilité de s’en emparer pour monter un « classique ». Une tentation à laquelle il est pourtant difficile de ne pas succomber quand il s’agit de Shakespeare. Au moins autant que celle de vouloir le dépoussiérer par la langue et un geste radical.
Non, rien de toute cela n’est possible avec cette traduction. Ne reste plus alors qu’une solution, paradoxalement loin d’être la plus courante : rendre Shakespeare au théâtre élisabéthain. Un art de l’adresse, du jeu avec et pour le public. Un théâtre vif, énergique et direct. Autant de qualificatifs qu’Arnaud Anckaert et sa troupe font leur, en passant malheureusement à côté d’une autre des caractéristiques de ce théâtre. Celle de savoir passer constamment du comique au poétique. Ou du rire aux larmes.
Envoyé spécial à Arras
Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare
Tandem – Scène nationale Arras douai au Arras Théâtre
Du 12 au 16 novembre 2025
Durée 2h
Tournée
18 au 20 novembre 2025 à La comédie de Picardie – Scène conventionnée d’Amiens
10 janvier 2026 au Mail, Scène culturelle de Soissons
Mise en scène et scénographie d’Arnaud Anckaert
Traduction et adaptation de Clément Camar-Mercier
Avec Clémence Boissé, Maxime Crescini, Pierre-François Doireau, Maxime Guyon, Pauline Jambet, Marion Lambert, Juliette Launey
Création lumières de Daniel Levy, création costumes d’Alexandra Charles création musique de Maxence Vandevelde en collaborartion avec Martin Hennart et création Masques de Jean Ritz
Aide au mouvement – Frédéric Arsenault
Conseil scénographique – Charlotte Villermet
Décoration de Johanne Huysman
Collaboration artistique – Didier Cousin