© Sandy Korzekwa

Amélie Casasole : « C’est impressionnant comme Nîmes vibre à l’espagnole »

À quelques jours du coup d’envoi de la 36e édition du Festival Flamenco, rencontre avec la directrice du Théâtre de Nîmes, épicentre de cet événement devenu incontournable entre tradition et modernité.
12 janvier 2026
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Vous dirigez le Théâtre de Nîmes depuis bientôt trois ans. Avec quel projet êtes-vous arrivée et comment se met-il en œuvre ?

Amélie Casasole : Le Théâtre de Nîmes est une scène conventionnée pour la danse contemporaine, c’est la seule en Occitanie. Il a un grand rôle dans le soutien à la création pour les chorégraphes, notamment de la région. C’est un aspect important du projet. Il y avait aussi une volonté de diversifier les publics. On parle toujours du rajeunissement, mais il ne s’agit pas d’exclure.

Ça passe par la programmation, qui est équilibrée entre des formes fédératrices et d’autres plus pointues. On a un taux de remplissage vraiment très important. On est peut-être même un peu victime de notre succès, parce que les spectacles se remplissent assez rapidement. Il y a eu aussi une ouverture sur le public familial, et on a développé un projet d’itinérance qui trouve écho au moment du Festival Flamenco. On ouvre davantage le projet sur la ville, dans la rue, les centres sociaux, les établissements scolaires, les villes et villages dans le sud du Gard… pour aller à la rencontre de tous les publics.

La 36e édition du Festival Flamenco approche. C’est un événement très ancré dans le paysage nîmois, comment vous en êtes-vous emparée ?
Nocturna de Rafaela Carrasco © Beatrix Molnar

Amélie Casasole : Au début, j’étais en observation, parce que c’est très spécifique, le flamenco, notamment à Nîmes. Et il fallait que le festival fasse écho au nouveau projet du théâtre : l’ouverture. On va beaucoup hors les murs. Il va y avoir un petit concert dans un centre social, des spectacles gratuits dans les autres lieux culturels, plusieurs spectacles dans la rue… Pour moi, la convivialité est aussi extrêmement importante. Depuis que je suis arrivée, les gens restent plus longtemps. On a travaillé sur ce qu’on offrait à manger, sur le dialogue qu’on peut avoir, sur la manière dont on décore le bar… Ces choses font partie de l’expérience de la sortie au théâtre. C’est ce qui fait que les gens ont envie de revenir. Pour le flamenco, c’est la même chose. Nîmes, c’est une ville de feria, donc on fait un partenariat avec une bodega à côté du théâtre. Ça paraît un petit détail, mais c’est ce qui fait que la ville s’empare du festival.

Au niveau de la programmation artistique, je me suis inscrite dans la continuité, comme je le fais pour la saison. Il y aura toujours un grand ballet, contemporain sans être forcément dans la déconstruction, qui peut plaire au plus grand public. Et puis, le soutien des jeunes artistes qui vont complètement révolutionner leur art. Cette année, on a par exemple La Chachi. Elle prend des éléments de flamenco, c’est son vocabulaire de base, mais elle va complètement déconstruire le flamenco traditionnel et l’intégrer à sa recherche artistique. Ça ne plaira peut-être pas aux traditionalistes, mais ce n’est pas grave. On est là pour montrer aussi ce qui se fait dans la création contemporaine. Notre rôle de soutien se positionne aussi à cet endroit-là.

On oppose souvent l’héritage de la tradition et la déconstruction du flamenco. C’est une rencontre que vous souhaitez provoquer ?
Ma del Mar Suárez “La Chachi” © Polsolee Esdansa 2024

Amélie Casasole : On a nos purs passionnés qui viennent à tous les spectacles. Et je me dis qu’il faut s’adresser toujours au plus grand nombre. Les personnes qui aiment la danse contemporaine viendront voir La Chachi, celles qui aiment le flamenco traditionnel viendront voir Nocturna de Rafaela Carrasco. L’idée, c’est de permettre au public de cheminer et qu’au bout de quelques années, il s’ouvre.

Vous avez cité La Chachi et Rafaela Carrasco. Quels sont les autres temps forts à venir sur cette édition ?

Amélie Casasole : On peut parler d’Ángeles Toledano. On parle beaucoup de Rosalía en ce moment. Je pense que les gens qui aiment Rosalía aimeront Ángeles. Elle est vraiment dans cette mouvance. Elle vient du flamenco, mais elle va vers de la pop et de l’électro. Ce spectacle a lieu à la salle de concert Paloma, c’est intergénérationnel et ça dépasse le flamenco. On aura Tomatito, qui est le guitariste emblématique de ces cinquante dernières années. Il a accompagné de grandes figures comme Elton John, Frank Sinatra, et bien sûr Camarón de la Isla. C’est un peu une légende, d’ailleurs le spectacle est archi complet. On a la danseuse María Moreno, le chanteur Miguel Poveda… Et on finira avec un très beau spectacle de danse, La Confluencia de Rafael Estévez et Valeriano Paños. Une pièce exclusivement masculine, très puissante, pour clôturer le festival.

Nîmes occupe une place internationale dans le paysage du flamenco. Comment l’expliquez-vous ?
Magnificat de María Moreno © Beatrix Molnar

Amélie Casasole : Le festival a été créé par un immigré espagnol, Pepe Linares, qui vit d’ailleurs toujours à Nîmes et qui parle toujours espagnol. Il a créé ce petit festival qui a tout de suite pris. On dit souvent que Nîmes est la ville la plus espagnole de France. Mais quand on y vient, on s’en rend vraiment compte. Beaucoup de gens parlent espagnol dans la rue. Et au moment des ferias et du Festival Flamenco, c’est impressionnant de voir comme cette ville vibre à l’espagnole.

Que ce soit la communauté gitane ou la communauté des artistes d’Espagne, quand ils viennent se produire à Nîmes, ils sont devant des connaisseurs. Ils sont un peu comme à la maison. Ce qui fait que beaucoup d’artistes de renom international maintenant, comme Israel Galván ou Rocío Molina, en sont là aussi parce que des villes comme Nîmes leur ont donné leur première chance sur des plateaux. Parce qu’on est là depuis longtemps et qu’on a soutenu, aidé des artistes qui cassaient les codes, qui avaient envie d’aller vers la création et qui avaient besoin d’une ouverture internationale. Ce rôle, on continue à le tenir, c’est ce qui fait que ce festival rayonne autant et à une place si particulière.

Que peut-on vous souhaiter, pour cette édition du Festival Flamenco comme pour la suite ?

Amélie Casasole : Quand il y a des difficultés économiques, on a tendance à assimiler la culture à du divertissement et à la remettre au second plan. C’est compréhensible comme première intention, mais la culture est essentielle. La culture, c’est de l’intellect, mais c’est aussi de l’émotion, c’est vivre des sensations collectivement. Ce qu’on peut nous souhaiter, c’est de remettre la culture dans la donne.


Festival Flamenco
Théâtre de Nîmes
Du 13 au 18 janvier 2026

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