La scène s’ouvre dans une pénombre épaisse. On distingue à peine trois présences immobiles. Carmen Angulo est la première à se rendre lisible. Le corps ancré dans le sol, les appuis larges, le bassin stable, elle bouge lentement, avec une économie extrême de mouvement. À ses côtés, Florencia Oz commence à vibrer. Chez elle, l’énergie émerge du haut du corps. Les bras dessinent d’amples trajectoires. Elle se déplace, contourne, frôle les limites du plateau. Elle semble tester l’espace, chercher une place sans jamais s’y fixer.

Puis, Paula Comitre apparaît dans notre champ de vision. Un instant, on se souvient du choc de sa découverte deux ans plus tôt dans cette même salle de poche nîmoise. La présence de cette danseuse est magnétique. Elle se déplace peu, mais tout se cristallise autour d’elle. Les gestes sont précis, nerveux, parfois interrompus de manière franche. Un bras s’élève et s’arrête brusquement. Le torse se contracte, se relâche, recommence.
Un final aux allures de fête païenne
Dans Parcas. La voz, el ojo, la carne, les trois danseuses ne dansent pas des pas codifiés ou narratifs au sens classique, mais des états du corps et de l’être. Elles sont connectées à la fois par cette corde visible, symbolisant le fil de la vie, qu’elles tissent chacune à son tour et par leur évidente complicité. Quand la belle voix de Rocío Luna surgit, elle modifie encore la circulation de l’énergie entre les trois femmes. Carmen Angulo ralentit encore dans une attitude plus méditative. La lenteur, le poids du geste et la gestion du souffle deviennent autant de façons d’habiter la scène.
Florencia Oz répond par des accélérations brèves, quelques débordements. Paula Comitre s’approprie le chant dans une tension entre intériorité et explosion, jusqu’à la rupture. Ensemble, elles incarnent la triade féminine – jeunesse, maturité, sagesse – dans une danse traversée d’une multitude d’histoires dont elles se font les messagères. À la première partie sombre et introspective succède un final exalté où telles trois nymphes, elles entreprennent de frapper le sol et l’air avec des brassées d’épis de blé. Cette célébration aux allures de fête païenne honore la force cyclique de la vie, et la puissance créatrice des femmes à travers les âges.
Envoyée spéciale à Nîmes
Parcas. La voz, el ojo, la carne de Paula Comitre, Florencia Oz et Carmen Angulo
Création les 2 et 3 septembre 2025 à Teatros del canal à Madrid dans le cadre de Canal Baila.
Première en France le 15 janvier 2026 dans le cadre du festival de flamenco de Nîmes – Théâtre de Nîmes
Durée 1h
Idée originale, mise en scène et chorégraphie de Paula Comitre, Florencia Oz et Carmen Angulo
Avec Paula Comitre, Carmen Angulo et Florencia Oz danse
Direction musicale d’Isidora O’Ryan
Création musicale d’Isidora O’Ryan, Pablo Martín Jones et Jesús Torres
Conception sonore pour une pièce Rafael Heredia Horimoto
Collaboration spéciale – Rocío Luna (chant)