Hautes perchées
© Christophe Raynaud de Lage

Dans Hautes perchées, Maurin Ollès scrute la drogue à la loupe

À travers le destin de quatre personnages, le metteur en scène dézingue la politique répressive menée contre l'usage de drogues. Un spectacle érudit, qui perd parfois en finesse à force de marteler son message.
22 janvier 2026
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Du prêtre de l’Église aux politiciens des gouvernements, en passant par les juges du tribunal, tous condamnent sans nuance la consommation de drogue. C’est ce que pourra constater Marie-Fleur (la formidable Mélissa Zehner), ex-enfant de chœur devenue addicte quinze ans plus tard. Au début de cette épopée signée Maurin Ollès, la fringante jeune femme est condamnée à six mois de prison ferme après avoir agressé un policier dans un bar alors qu’elle était sous l’emprise de la drogue. Une fois passée la peine, viendra la réinsertion, et Marie-Fleur aura tout loisir de découvrir les joyeusetés administratives qui accompagnent un passage en prison : aménagement de peine, surveillance administrative, assignation partielle à résidence et, le plus important, l’obligation de soin.

© Christophe Raynaud de Lage

C’est ce passage obligé qui mettra la jeune femme sur la route de Doriane (Émilie Incerti-Formentini), assistante sociale et militante favorable à la dépénalisation de la drogue. Cette dernière dirige le CAARUD, un acronyme désignant les centres d’addictologie. Viendra aussi Astrid (Mathilde-Edith Mennetrier), thésarde qui s’intéresse aux relations entre drogue et musique dans le monde de la nuit, elle-même dans une relation qui bat de l’aile avec Mona (Clara Bonnet), juge d’application des peines investie et alcoolique.

Un spectacle très documenté

La présence de tout ce petit monde permet au metteur en scène Maurin Ollès, qui s’était intéressé dans un précédent spectacle à la question de l’autisme, de dérouler un propos très documenté sur la manière dont l’usage de drogue est réprimée en France. À grands coups de discours enflammés, les personnages, presque tous militants, exposent tour à tour les raisons de cette consommation, parmi lesquelles la précarité, évidemment. La répression apparaît d’autant plus injuste que les plus faibles subissent un système judiciaire et sanitaire largement sous-financés. Alors, les pouvoirs publics font le choix de criminaliser les personnes dépendantes, plutôt que de les aider à s’en sortir. En témoignent les scandales autour des mal nommées « salles de shoots », stigmatisées dans le spectacle par un journaliste peu renseigné sur le sujet.

© Christophe Raynaud de Lage

Si le propos est intéressant et espacé de respirations musicales bienvenues, l’écriture de Maurin Ollès, découpée en saynètes parfois courtes, perd en finesse à force de marteler son message. Chaque scène est prétexte à un discours sur la drogue — sujet traité sous tout un tas d’angles —, quitte à faire perdre les personnages en réalité.

Pédagogie et intelligence

Ce goût du metteur en scène pour les discours se traduit bien souvent en longueurs inutiles : près de trois heures de spectacles, pour faire passer un discours pourtant affirmé dès les premières minutes du spectacle. Fort heureusement, les séquences chantées façon comédie musicale apportent bonne humeur à ce projet pédagogue, qui a le mérite de balayer avec intelligence bon nombre d’a priori sur les consommateurs et l’écosystème dans lequel ils évoluent.  


Hautes perchées de Maurin Ollès
Théâtre de Sartrouvilles et des Yvelines – CDN
Du 14 au 16 janvier 2026
Durée : 2h40.

Tournée
Les 28 et 29 janvier au NEST – CDN de Thionville
Du 10 au 14 mars à La Criée – CDN de Marseille
Du 2 au 5 juin à La Comédie – CDN de Reims

Distribution : Simon Avérous, Clara Bonnet, Émilie Incerti Formentini, Mathilde-Édith Mennetrier, Bedis Tir, Arnold Zeilig, Melissa Zehner.
Écriture : Maurin Ollès avec l’ensemble de l’équipe artistique.
Mise en scène : Maurin Ollès.
Collaboration artistique : Clara Bonnet.
Assistant mise en scène et dramaturgie : Hugo Titem Delaveau.
Dramaturgie : Simon Avérous, Clara Bonnet, Maurin Ollès.
Composition musicale : Bedis Tir, Arnold Zeilig, Simon Avérous.
Scénographie : Zoé Pautet.
Lumière : Bruno Marsol.
Costumes : Marnie Langlois.
Régie générale : Clémentine Pradier, Maureen Cleret.
Régie son : Mathieu Plantevin.
Regard scientifique : Marie Dos Santos.
Direction de production et diffusion : Elsa Hummel Zongo, Julie Lapalus
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