Elle apparaît vêtue d’une robe de flamenco rose à traîne. Ses mouvements laissent entrevoir des bas et des talons rouges, tout comme les rubans piqués dans sa tresse. Dès les premières notes et les premières ondulations de châle, la scène s’embrase. La présence de María Moreno est magnétique.

Avec une grâce malicieusement assumée, elle tisse une relation complice avec les musiciens : la guitare de Raúl Cantizano, la voix de Miguel Lavi, et la palette sonore de Roberto Jaén faite de palmas, d’exclamations et de percussions corporelles. La danseuse semble littéralement habitée : sa danse, à la fois brute et maîtrisée, déferle avec une intensité saisissante sans jamais sacrifier la finesse ni la justesse.
Une lecture respectueuse, mais profondément personnelle
Dans Magnificat, la bailaora et chorégraphe originaire de Cadix qui a déjà un beau répertoire à son actif s’empare de la Visitation, l’un des plus célèbres épisodes de l’évangile de Luc, la rencontre entre la Vierge Marie et sa cousine Élisabeth, toutes deux enceintes, pour en proposer une lecture respectueuse mais profondément personnelle. Loin d’une simple illustration du récit sacré, elle en révèle l’essence : l’élan joyeux de deux femmes qui célèbrent la vie qu’elles portent en elles. Pour cela, elle s’appuie sur son langage le plus intime : un flamenco dense, affranchi de toute frontière.
Dans un décor festif constitué de chaises disparates, de guirlandes, de lanternes et des fleurs, la tension ne faiblit à aucun moment et trouve son point d’orgue avec l’entrée de Rosa Romero, actrice, chanteuse et performeuse venue de Cadix. Elle aimante le regard, dialogue avec le public. Ce qui se noue entre les deux femmes est magnifique (même quand on ne parle pas espagnol et que malheureusement les surtitres manquent encore un fois à l’appel). Leur pas de deux constitue l’un des plus beaux moments du spectacle. Une sororité dansante intense de complicité.
Entre puissance terrienne et légèreté presque ludique

Ce que ce quintet accomplit sur scène semble couler de source. Dans la dernière partie, Raúl Cantizano s’impose lui aussi comme une figure centrale. Bien plus qu’un accompagnateur, il devient un véritable troisième personnage. Son jeu, chargé d’émotion et d’audace, épouse pleinement l’esprit de la pièce. Après la rencontre entre les deux femmes, il s’avance casque romain sur la tête, corde en guise d’étole, guitare électrique en main, et donne un tour quasi rock à ce Magnificat survolté.
Le final prouve avec éclat que la vision de María Moreno revendique un part de risques et une profonde liberté. Son flamenco, loin de toute rigidité formelle, devient matière vivante, parfois explosive, parfois suspendue. Sa danse oscille entre puissance terrienne et légèreté presque ludique. En état de grâce, elle frappe le sol autant qu’elle s’en élève.
Envoyée spéciale à Nîmes
Magnificat de María Moreno
Création à la Biennale de flamenco de Madrid en juin 2025
Première en France le 16 janvier 2026 dans le cadre du festival de flamenco de Nîmes – Théâtre de Nîmes
Durée 1h10
Direction artistique et chorégraphie de María Moreno
Dramaturgie et assistante de direction artistique – Rosa Romero
Direction musicale de Raúl Cantizano
Avec María Moreno (danse), Rosa Romero (performance), Raúl Cantizano (guitare), Miguel Lavi (chant), Roberto Jaén (percussions et palmas).