© Louis Arene - Munstrum Théâtre

Les Prix du Syndicat de la Critique : 63e Palmarès

La 63e cérémonie des Prix de la Critique a eu lieu ce lundi 15 juin à l'Opéra-Comique à Paris. En voici le palmarès.
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À l’heure où s’ouvrent les derniers préparatifs des Festivals d’Avignon, le spectacle vivant aborde l’été dans un climat d’inquiétude. La baisse annoncée des moyens consacrés au FONPEPS – dispositif de soutien à l’emploi du plateau artistique de spectacles vivants diffusés dans des salles de petites jauges – (APAJ), après plusieurs saisons marquées par l’érosion des financements publics, fragilise un secteur qui peine déjà à maintenir ses équilibres. Derrière les arbitrages budgétaires se jouent des emplois, des créations, des tournées et la diversité même des œuvres offertes au public. Réduire les moyens de la culture n’est jamais une simple économie comptable. C’est amputer l’un des espaces où une société continue de se raconter, de se questionner et de se réinventer.

Pétrole d’après Pier Paolo Pasolini, adaptation et mise en scène de Sylvain Creuzevault © Jean-Louis Fernandez

Les Prix du Syndicat de la critique prennent cette année une résonance particulière. Leur palmarès dessine le portrait d’un théâtre qui regarde le monde en face et refuse les aveuglements de son temps. Le Grand Prix attribué à Pétrole, adapté par Sylvain Creuzevault à partir de l’œuvre testamentaire de Pier Paolo Pasolini, en est le symbole le plus éclatant. Dans cette plongée au cœur du pouvoir, de la corruption et des dérives autoritaires, résonnent les inquiétudes qui travaillent nos démocraties. Le poète italien dénonçait déjà un monde où l’argent, la violence et le fascisme finissent par tout contaminer. Que cette œuvre inachevée trouve aujourd’hui une telle actualité sur nos scènes dit quelque chose d’essentiel sur l’époque que nous traversons.

Cette attention aux secousses de l’Histoire traverse l’ensemble du palmarès. La Maison de Bernarda Alba, Prix Georges-Lerminier (Meilleur spectacle théâtral créé en province), permet à Thibaud Croisy de restituer toute la force du dernier chef-d’œuvre de Federico García Lorca.

Derrière ses murs où les désirs s’éteignent se dessinent les prémices du franquisme et des oppressions qui hantent encore nos sociétés. Eddy d’Aranjo, Prix de la meilleure création en langue française, convoque Œdipe Roi pour interroger l’inceste et les violences tues. Yes Daddy de Bashar Murkus et Khulood Basel, présenté dans le cadre du dernier Festival d’Avignon, consacré aux langues arabes, Prix du meilleur spectacle étranger, affirme quant à lui l’importance des voix palestiniennes dans le dialogue artistique contem porain, quoi qu’en dise certains édiles. Sharif Andoura, Prix du meilleur comédien, impressionne dans Pétrole par une présence rare et habitée. Suzanne de Baecque, meilleure comédienne, bouleverse dans Mémoire de fille en incarnant les mots d’Annie Ernaux avec une intensité remarquable. L’actrice, révélation en 2022, donne à entendre ce texte hautement féministe sur l’apprentissage douloureux de la sexualité. La mémoire est l’un des fils rouges de cette saison.

Ma maison est noire d’après les poèmes de Forough Farrokhzad, adaptation et mise e scène de Mina Kavani © Christophe Raynaud de Lage

Julie Deliquet et la scénographe Zoé Pautet, primée pour la meilleure création d’éléments scéniques dans La Guerre n’a pas un visage de femme, fait surgir un appartement soviétique où les témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch retrouvent, plus de quatre ans après l’invasion de l’Ukraine, une saisissante actualité. Lorraine Wiss reçoit le Prix du meilleur livre pour Scènes féministes. Histoire d’un théâtre militant dans les années 1970, rappelant combien ces combats ont transformé les scènes et les imaginaires. L’exil, enfin, trouve un visage dans celui de Mina Kavani, révélation de l’année pour Ma maison est noire. À travers son parcours et les mots de la poétesse iranienne Forough Farrokhzad, c’est la puissance de la création face à la censure qui s’exprime avec une force rare.

Quant à Jacques Osinski, trois ans après sa très remarquée Fin de partie, remporte à nouveau le Prix Laurent-Terzieff avec En attendant Godot. Fidèle à Beckett comme à lui-même, il confirme une maîtrise rare de cet univers où l’attente devient matière dramatique à part entière. Dramane Dembélé, Adama Diop, Jessica Martin-Maresco et Mathilde Tirard reçoivent quant à eux le Prix de la meilleure création musicale pour L’Apocalypse d’Adam et Aimée, rappelant que le son n’accompagne pas le théâtre, il le constitue. De Pasolini à Lorca, de la Palestine à l’Iran, d’Annie Ernaux à Svetlana Alexievitch, ce palmarès raconte un monde traversé de conflits, de résistances et d’espoirs. Lorsque les certitudes vacillent, l’art demeure l’un des derniers lieux où la complexité du réel peut se déployer librement. Plus que jamais, il mérite d’être défendu.

Édito d’Olivier Frégaville-Gratian d’Amore en tant que vice-président théâtre du Syndicat professionnel de la Critique Théâtre, Musique et Danse

Théâtre

Grand Prix — Meilleur spectacle théâtral de l’année
Pétrole, D’après Pier Paolo Pasolini, mise en scène de Sylvain Creuzevault

Prix Georges-Lerminier — Meilleur spectacle créé en province.
La Maison de Bernarda Alba, de Federico García Lorca, mise en scène de Thibaud Croisy, Création à La Filature Scène nationale Muhlouse

Prix de la meilleure création d’une pièce en langue française.
Œdipe Roi, d’Eddy d’Aranjo

Prix du meilleur spectacle théâtral étranger.
Yes Daddy, de Bashar Murkus et Khulood Basel

Prix Laurent-Terzieff — Meilleur spectacle théâtre privé.
En attendant Godot, de Samuel Beckett, mise en scène de Jacques Osinski

Prix de la meilleure comédienne.
Suzanne de Baecque dans Mémoire de fille, d’Annie Ernaux
Adaptation et mise en scène de Veronika Bachfischer, Sarah Kohm & Elisa Lero

Prix du meilleur comédien.
Sharif Andoura dans Pétrole, d’après Pier Paolo Pasolini — Mise en scène de Sylvain Creuzevault

Prix Jean-Jacques-Lerrant — Révélation théâtrale de l’année.
Mina Kavani dans Ma Maison est noire, d’après les textes de Forough Farrokhzad

Prix de la meilleure création d’éléments scéniques.
Julie Deliquet & Zoé Pautet pour La Guerre n’a pas un visage de femmes, d’après Svetlana Alexievitch, mise en scène de Julie Deliquet

Prix du meilleur compositeur de musique de scène
Dramane Dembélé, Jessica Martin-Maresco, Adama Diop et Mathilde Tirard pou L’Apocalypse d’Adam et Aimée, d’Adama Diop

Prix du meilleur livre sur le théâtre
Scènes féministes. Histoire d’un théâtre militant dans les années 1970, de Lorraine Wiss, ENS Éditions, Lyon, 2026


Danse

Grand Prix — Meilleur spectacle de l’année
À l’ombre d’un vaste détail, hors tempête., de Christian Rizzo

Meilleur spectacle répertoire ou recréation
May B, de Maguy Marin — Création 1981

Meilleure compagnie
Shechter II

Meilleur interprète
Héloïse Jocqueviel & Nitzan Ressler dans Delay the Sadness, de Sharon Eyal — compagnie S-E-D

Révélation chorégraphique
Armin Hokmi pour Of the Heart — An Etude

Meilleure performance chorégraphique
Sati Veyrunes pour et dans Motor Unit

Personnalité chorégraphique de l’année
Amala Dianor

Meilleur livre
Les Archives de la danse, de Laurent Sebillotte — Éditions du CND

Meilleur film
Germaine Acogny, l’essence de la danse, de Greta-Marie Becker
 Shellac Films


Musique

Grand Prix — Meilleur spectacle musical de l’année
Iphigénie en Tauride, de Christoph Willibald Gluck, mise en scène de Wajdi Mouawad et direction musicale de Louis Langrée & Théotime Langlois de Swarte

Prix Claude-Rostand — Meilleure coproduction lyrique régionale et européenne.
La Calisto, de Francesco Cavalli, mise en scène de Jetske Mijnssen et direction musicale de Sébastien Daucé
Coproduction : Aix-en-Provence, Angers-Nantes Opéra, Rennes, Théâtre des Champs-Élysées, Caen, Opéra Grand Avignon, Théâtre de la Ville de Luxembourg, ensemble Correspondances

Prix de la meilleure scénographie.
Le Roi d’Ys, d’Édouard Lalo, mise en scène et scénographie d’Olivier Py & de Pierre-André Weitz

Prix de la création musicale (hors opéra).
Whiteout, d’Eva Reiter — Ensemble Multilatérale, Festival Présences

Prix de la personnalité musicale de l’année.
Stanislas de Barbeyrac, Ténor

Prix de la révélation musicale de l’année (Lyrique).
Julien Henric, Ténor

Prix de la révélation musicale de l’année (instrumental).
Alexander Malofeev, pianiste

Mention spéciale
Ludovic Tézier, Baryton

Prix de la meilleure initiative pour la diffusion musicale (ex aequo)
Opéra de Rennes
Directeur : Matthieu Rietzler

Fabrice di Falco & Julien Leleu
Association les Contres Courants

Prix du meilleur livre sur la musique
Robinson Crusoé, Numéro de reprise de publication de l’Avant-Scène Opéra

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