Depuis la Bibliothèque Robert Desnos, un des lieux où le spectacle programmé par le Théâtre Public de Montreuil est porté en itinérance, une jeune comédienne nous transporte dans les coulisses d’une création. Elsa Revcolevschi revient de Pologne et ramène avec elle un héritage familial fragmenté, des souvenirs parcellaires, une langue yiddish perdue. Nécessairement, l’histoire qu’elle convoque au plateau résonne avec une triste actualité. Résurgence du fascisme, essor de l’antisémitisme, génocide des Gazaouis…
Un travail historique de l’intime

Tout part du travail de la Société de l’Histoire d’Elbeuf en Normandie. À la parution de leur article, ils reçoivent le courrier d’une certaine Germaine Guillotin. Elle est en mesure de compléter le peu d’informations qu’ils ont regroupées au sujet de son amie Sarah Rotmentz, déportée dans le camp de Drancy avant d’être assassinée dans un camp de concentration en mars 1943. Alors que la mémoire vivante des camps tend à s’amoindrir, vieillissement des témoins oblige, Germaine et Sarah 1943 s’attèle à rendre tangible la dimension de la Shoah. L’horreur est quotidienne et s’immisce dans le détail d’un courrier.
Dans cette courte pièce, Eva Doumbia s’empare de la relation épistolaire des deux jeunes femmes dans les années 1940. Elles sont amies, l’une est juive, l’autre ne l’est pas. De ces échanges, transparaissent autant les préoccupations anodines qu’une incertitude plus existentielle. Arrachée à sa petite ville normande, Sarah tâche de condenser le maximum d’informations dans l’espace restreint qui lui est imparti.
Millefeuille historique
Sur chacun des murs, la compagnie a placardé quelques photos des deux jeunes filles. Présente au plateau, Eva Doumbia met en miroir sa propre correspondance avec Elsa Revcolevschi qui porte le récit, aux côtés d’Orlène Dabadie. Les interprètes se cherchent des ressemblances avec ces clichés épinglés dans la pièce. Quatre-vingts ans les séparent et pourtant, l’Histoire résonne un bref instant.
Dans cette forme dépouillée qui assume la mise en spectacle, les tâtonnements dans l’interprétation et la recherche incomplète, le public est invité à investir les silences de cette relation épistolaire dont il ne reste qu’une moitié (les réponses de Germaine ont été perdues). Loin de verser dans le lyrisme malavisé, Germaine et Sarah 1943 s’attarde au contraire sur l’horreur banale dont la familiarité dérange. Un récit dont la simplicité de la forme ne trahit par la densité historique en jeu.
Germaine et Sarah 1943 d’Eva Doumbia
En itinérance avec le Théâtre Public de Montreuil
Du 12 au 23 janvier 2026
Durée 1h15.
Matériaux textuels : Archives dont la correspondance de Sarah Romentz et Germaine Guillotin, les articles de la Société d’Histoire d’Elbeuf
Conception, mise en scène et textes additionnels Eva Doumbia
Création musicale Lionel Elian
Avec Orlène Dabadie et Elsa Revcolevschi